Brèche Puiseux  : Traversée W > E → Épuisement
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Information

activities
event_type: physical_failure

elevation: 2800

nb_participants: 2

nb_impacted: 1

rescue: yes

severity: severity_no

author: Martin Gerbaux

quality: medium

participants

jbz

Location

Licence

description

Départ benne N°11, arrivée vers 9h30 au sommet de l'aiguille du midi. Le temps est pour l'instant au beau, des lenticulaires se forment néanmoins sur les hauts sommets. Nous descendons tranquillement la vallée blanche, la neige est un peu croutée à certains endroits, nous rejoignons la salle à manger et traversons vers 2400m pour rejoindre le début de la trace de montée.
Nous mangeons un peu en mettant les peaux, il est 11h quand nous attaquons la montée.
Ma mère monte plutôt doucement, afin de l'économiser au maximum je prends son sac (ce n'était pas forcément bon signe). Pendant notre progression plutôt lente le temps se charge un peu, un plafond apparaît mais stagne au-dessus de la brèche, rien de très menaçant pour l'instant. Nous arrivons à 14h à la brèche, effectivement nous avons déjà pris un peu de retard sur le timing, mais le plafond nuageux ayant limité l'impact du soleil dans le couloir, la neige n’est que peu ou pas transformée et des randonneurs sont à mi-chemin dans le couloir.
Bien qu'un peu fatiguée, ma mère n'émets pas d'objection à se lancer dans le couloir, en même temps nous sommes à 800m de dénivelé sur les 1060m du parcours, une dernière mobilisation pour ces 250m et nous sommes rendus ;o)

Après quelques temps dans le couloir, ma mère commence à faire de brèves poses, qui ensuite se transforment en pause plus longues et plus fréquentes. A mi-chemin dans le couloir, je me rends compte que le temps est en train de défiler mais que nous n’avançons que très lentement, et la neige se met à tomber en abondance. Encore 100m et nous nous y serons , après réflexions, redescendre le couloir me parait plus technique et risqué que de déboucher pour redescendre par le glacier du Malet.
Malgré cela les derniers 100m se transformèrent en supplice pour ma mère qui montre des signes de fatigue flagrants, peu de réaction face à mes sollicitations voire à mes réprimandes (je perds un poil mon calme), de plus elle n’ancre quasiment pas ses piolets, je lui demande fréquemment si elle ne sent pas de signe d’évanouissement. Pour assurer pour deux dans l’éventualité de la glissade, j’ancre au plus profond mes pioches allant chercher la glace enfouie, cette grimpe devient sportive pour moi également.
Enfin nous arrivons au relais de la brèche, je me vache et assure aussitôt ma mère pour le passage plus raide et un peu glace de la fin, elle me rejoins. Je regarde mon alti, il est 17h, nous sommes à 3400m, il nous reste 2 rappels et 2400m de ski avant de rejoindre Cham…
J’explique notre situation mal engagée à ma mère, et réfléchi quant à la nécessité de dormir au bivouac qui se trouve près de nous. 2H, c’est le temps qu’il nous reste pour rejoindre la vallée ou aller au plus près de la vallée avant la nuit, c’est jouable ?!
Le choix est fait, on fonce, j’équipe le relais avec ma corde de 50m. On a pris la corde autant s’en servir pour limiter les risques, de plus je ne vois pas si la corde en place descend jusqu’au bas de la paroi, ce n’est pas le moment de rester pendu et de perdre des minutes précieuses. Le relais n’est pas très pratique, je suis pendu dedans et suis obligé de me hisser pour me dévacher, je m’assure que ma mère arrivera bien à s’équiper correctement et descend.
J’arrive à un relais, je vois que la corde en place rejoint bien la pente de neige, et clame à ma mère que je range la corde pour utiliser la corde fixe pour un gain de temps, de son côté elle pourra faire un rappel direct jusqu’à la pente de neige.
Je suis sur la pente de neige et commence à ranger le matos à tout allure, mais cela ne fera pas gagner de temps car je fus contraint d’attendre de longes minutes sans voir ma mère sortir de la vire.. je gueule comme je peux pour savoir si elle a un problème, pas de réponse….
Enfin je la vois débouler, ouff ! Je lui saute dessus pour la déséquiper et la mettre en mode ski en moins de 2, nous avons perdu 30mn dans ce rappel ! Elle m’explique qu’elle a passé un moment de stress pendue sur sa vache avec toutes les difficultés de se hisser pour pouvoir se dévacher car plus de force du tout.
Nous voilà sur les skis, nous avons 2400m à descendre en 1h30, la visibilité est mauvaise et il a neigé près de 20cm pendant notre ascension du couloir ! Je pars en avant pour économiser le temps de la recherche d’itinéraire, je croise quelques crevasses mais aperçois les traces des précédents randonneurs.
Je me retourne et je vois que ma mère n’a pas avancé et est sur les fesses, elle se relève, puis fait 10m et retombe, et retombe, on a un sérieux problème. Elle n’a plus de guiboles, mais plus rien…
Je perds vraiment mon calme, tant pis si je gueule et si je lui gueule dessus il faut que sa sorte et je que je fasse sortir d’elle une quelconque force pour pouvoir descendre au plus bas, nous sommes à 3000m, mes gants sont gelés, la température descend, il neige fort et le vent est env. de 40km/h…
Réaliste, j’explique à ma mère que nous allons devoir passer la nuit dans cet environnement et qu’il fallait que nous descendions au plus bas, nos chance de survie n’étaient pas garantie… (il a fait -10° à cette altitude cette nuit-là)
Le jour baisse, je regarde mon téléphone qui n’a jamais de réseau habituellement (SFR) et miracle je vois 3G !? puis plus de réseau.. Il faut que je prévienne le PGHM de notre situation et demande des conseils pour la suite. J’essaie d’appeler, coupure réseau, je réessaie, ça marche ! j’explique la situation, notre position exacte, mon interlocuteur me demande si je vois la vallée : « oui je la vois », effectivement nous étions passés sous le nuage. Il me répond de rejoindre la vallée au plus vite, je raccroche. Nous descendons à la vitesse que ma mère le peut, manquant de la perdre d’ailleurs à un moment, je la retrouve tout de même. Nous descendons jusqu’au point 2800m, la nuit est à mi-chemin et la lumière diminue à cet endroit nous sommes au-dessus des barres rocheuses, mince ! Je déchausse et cours voir à droite pour repérer la descente, je vois une ligne de sérac que nous devions contourner, nous sommes passé trop à gauche, ce n’était pas le moment de se planter
J’appelle le PGHM afin de leur donner notre position, puis fait un point avec ma mère afin de voir si nous pouvons trouver un « bon » emplacement pour faire au moins une pause, voir passer la nuit.. Puis le téléphone sonne, « l’EC 145 va tenter de vous cueillir » , on se sent déjà mieux mais je suis peu confiant sur le fait qu’il puisse nous récupérer aisément, plafond, vent, pénombre, c’est mal engagé.
Nous entendons l’hélico qui passe au-dessus de nous mais dans le nuage, tourne, puis s’éloigne. Dommage, je me tourne vers ma mère et en conclus que cette fois notre sort était fixé, nous étions seul dans le massif, au pieds des grandes Jorasses...Je rappelle une dernière fois le PG, il me dit que l’hélico ne parvient pas à trouver une entré pour passer sous le stratus dans notre vallée, je raccroche.
Un bruit vient de la vallée cette fois-ci, et je vois l’hélico qui avance lentement et longe la paroi à l’opposé, bien qu’en vert fluo, ils ne me voient pas, ma mère cherche sa frontale, la trouve et l’allume (là elle a gérée comme une chef !), l’hélico tourne et va en notre direction, puis arrive près de nous. Pensant être hélitreuillé, j’avais mis mes skis sur le sac et le sac sur le dos, mais le PG me demande de me coucher, l’hélico se colle à la pente posant l’avant des deux patins et restant en stationnaire pendant notre extraction, j’envoie mon sac, puis saute dans l’hélico, ils attrapent ma mère et la lancent à l’intérieur de l’hélico (procédure militaire oblige), on décolle, je reconnais Jeff Mercier, un peu euphorique je lui demande « t’es Jeff mercier », il répond « ouai t’es qui ? » Je lui réponds « je suis personne » la honte me gagne. Ils nous expliquent que nous n’avons pas à nous inquiéter, que nous ne sommes aucunement en tort (ce n’était pas mon avis) et que nous avions bien fait de les appeler. Nous avons bien discuté avec eux, Dry tooling, réquisition crash aérien , ils ont été super avec nous et nous ont même raccompagné à la voiture.
Cette sortie qui devait en mettre plein les yeux, s’est transformée en une aventure plus que périlleuse, et dans l’urgence de la situation tous les choix que nous avons dû faire étaient lourds de conséquence. Un premier constat fait pour ma part est que je n’ai aucune expérience de bivouacs d’urgence extérieurs, il est clair qu’il est parfois impossible de rejoindre un abri de secours, un refuge, pour des raisons, techniques, de fatigue, de blessure. En conséquences, je suis en train de faire un plan pour me préparer à ce genre de situation, matériel vital, technique de mise à l’abri, exercices réels, avec les itinéraires que nous faisons parfois ce risque est plus que présent.
Après discussions avec ma mère, il est clair que l’altitude a joué son rôle dans l’ascension jusqu’à 3400m, malgré le fait qu’elle soit habituée à ce genre de dénivelé, n’étant pas acclimatée ces 1060m sont équivalent à du 1600m voire plus au plancher des vaches. Enfin je n’ai pas pris en considération que les quelques 3800m de descente à ski pouvaient entamer les jambes et que ce cumul d’efforts était surdimensionné face à ses capacités physiques. Encore une leçon pour ma part, car je suis fréquement amené à m’engager dans des itinéraires physiques en altitude sans connaître vraiment la forme physique du moment de mes partenaires.
Enfin, nous sommes contents de cette issue heureuse, je pense que nous avons eu beaucoup de chance dans notre malheur. Je remercie énormément le PGHM, ces gars sont des pros et font un métier dingue, c’était leur 8ème secours de la journée ! J’ai appris qu’ils sont sorti encore une fois vers 21h ce soir-là.

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