Arête N du Dôme du Goûter → Chute en crevasse
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Information

activities
event_type: crevasse_fall

elevation: 4050

nb_participants: 2

nb_impacted: 1

severity: severity_no

author: Martin Gerbaux

quality: medium

participants

Location

Licence

description

Sylvain

Vendredi

Devant le regel moyen annoncé, nous décidons avec Jonath d'avancer notre départ de Grenoble, afin de ne pas nous trouver sur le glacier quand il sera tout mou, et de traverser sous l'aiguille du Midi avant que n'arrivent les chutes de pierres et autres.
Dès la sortie de la benne nous doublons 2 groupes et lorsque nous chaussons, j'ai la surprise de constater qu'il ne semble y avoir personne devant nous. Du coup il faut refaire la trace dans la neige molle, c'est un peu pénible.
Arrivée sur glacier des Bossons: on sort la corde, le casque, et on restera ainsi jusqu'au refuge. Je me souviens d'avoir remarqué lors de ma descente du Mont-Blanc en 2005 qu'il y avait beaucoup de trous sur cette portion.
Super accueil du gardien qui nous confirme que nous sommes les premiers, il est pourtant déjà 12h30. Nous passons un peu de temps à regarder les cordées monter beaucoup plus tard, non encordées et collés à 1 mètre les uns des autres. Il nous avoue que les habitudes changent, qu'il hallucine un peu de voir les comportements de certains. Les derniers arriveront au refuge vers 20h00, 2h00 après le début du repas !!!

Samedi

Tout le monde va au Mont-Blanc à part nous: réveil à 1h30 pour eux, nous en profitons :-(, scènes surréalistes de sans-gêne dans le dortoir alors que nous essayons de dormir encore 1 heure ... bref, lever 2h30, tout le monde est parti, le refuge est calme, c'est le luxe.
Départ à 3h30: on veut volontairement laisser le gros de la troupe devant, entre autres pour qu'ils refassent une bonne trace. On part à ski non encordés, en restant bien sur la trace. Le regel est mauvais, mais s'améliore un peu en montant.
On arrive à la partie plus raide, on sort crampons et casque, la trace est excellente, nous nous sommes déjà bien rapprochés de nos prédécesseurs. Il y a quelques passages ou la glace n'est pas loin, mes crampons alu tiennent moyennement, mais avec le piolet ça va. On ressort les skis après cette partie raide, et on rattrape définitivement ceux partis 1 heure plus tôt, alors que nous ne sommes vraiment pas allés vite. La météo est moyenne: vent avec de grosses rafales, nuages, parfois un peu de brouillard, mais des coins de ciel bleu apparaissent et le temps semble s'améliorer.
A 4000m tout le monde fait une pause sur le bon replat. Comme nous personne n'est encordé, à part une personne qui tient ses 2 seconds très courts. Nous sommes quasi les seuls à avoir un casque. La météo est toujours pas terrible. La suite semble débonnaire, ça se couche, et même si quasiment tout le monde semble décidé à faire demi tour, nous continuons avec un groupe de 3. Nous pensons que le Dome est jouable et que le temps sera meilleur pour la descente. Du coup je me retrouve en tête, la trace est effacée par le vent, je monte au mieux.
Et puis c'est la cata ... un pas comme les autres, le sol qui se dérobe. Bien sur je comprends de suite que je tombe dans une crevasse. Je gueule. Ça tape dans tous les sens, j'ai l'impression d’être dans un flipper géant ou dans une machine à laver. Ça me semble interminable. J'ai l'impression de disparaitre dans les entrailles de la terre. C'est sur je vais y passer, ou au mieux me retrouver hyper profond, coincé, dans le noir. Je suis terrifié. Puis tout s’arrête. Il fait jour. Putaing, je suis vivant !!! Ça me parait incroyable. Je suis un peu sonné, mais je reprends vite mes esprits. Allez, maintenant je passe en mode survie. Je checke les bras, les jambes: tout bouge, j'ai pas de grosses douleurs. Le poignet gauche saigne. Ouf, il bouge aussi. J'ai mal au dos, mais ça j'ai l'habitude ;-) Bon, je suis posé sur un bouchon de neige/glace, la crevasse fait un bon mètre de large. Vite je sors une broche, je la visse, je me vache dessus. Au moins je ne descendrai pas plus bas. Maintenant état des lieux plus poussé: je suis à califourchon sur le bouchon. A gauche la crevasse continue sur une petit dizaine de mètre, à droite c'est bouché par de la neige. Un ski, mes bâtons, mon piolet sont à cet endroit. J'ai le sac à dos sur le ventre, le dessus en bas: il est passé par dessus ma tête. J'ai encore mon ski gauche au pied. Je regarde en haut: je ne vois pas le ciel, la crevasse fait quelques virages. Je suis profond: une quinzaine de mètres. Je me dis que ça va être chaud pour m'envoyer la corde. Je vide mes gants de leur neige, je me réchauffe les doigts, je veille à ne pas perdre de chaleur, ne sachant pas quand je vais sortir de ce trou. J'ai mal au dos et super envie de pisser, ce que je fais. Je gueule pour rassurer Jonath ... je comprends qu'il m'entend, mais mal. Je me demande comment il va pouvoir me faire parvenir la corde, ça me fait flipper, je me retourne ... putaing, elle est là. Ouf, maintenant j'en suis sur, je suis sauvé !
J'attache soigneusement les skis et les bâtons en bout de corde: on les remontera + tard.
Un mousqueton + ropeman sur le baudard, d'autres pour faire une pédale, je suis sur de mes manips, j'ai confiance en moi pour remonter. J'ai aussi confiance dans le fait que Jonath a fait un relais en neige solide. J'essaie de remonter, il faut quelques mouvements avant que la corde ne se tende. Puis c'est parti. Mais c'est dur: j'ai la jambe fébrile, j'ai du mal à pousser tout mon poids dessus. Je prends le piolet, le plante dans les bord un peu surplombants, ça m'aidera énormément. Content d'avoir un ergo en bas de manche et une lame acier ! Je remonte petit à petit, c'est exténuant ... on est à plus de 4000m. Je m'élève petit à petit, je suis super essoufflé. Je trouve des points d'aide sur les cotés, cool ! Je continue, j'ai l'impression que ça dure longtemps. J'arrive sur la lèvre de la crevasse, reste à sortir complètement. Je vois Jonath, les 3 autres mecs. Ils doivent être soulagés, mais j'imagine la tête que je dois faire ! Le dernier pas est difficile, j'angoisse de retomber. Ils me jettent une boucle de corde, je la passe dans le baudard, ils me tirent, je rampe, pousse avec la jambe sur le bord opposé ... je suis sorti ... ouf !!!
Jonath tire la corde: les skis et les bâtons sont là, cool. Maintenant on se casse vite fait, il fait toujours mauvais. Entre temps Jonath a appelé le PG: ils ne peuvent pas venir (vent + nuages) mais au moins savent qu'on est là.
Je suis fatigué, un peu fébrile, j'ai mal dans le bas du dos, mais je sais que ça va aller.
On commence à ski, encordés, je suis flippé à l'idée de retomber dans un trou.
On arrive sur la première partie raide, on mets les crampons, désescalade, Jonath me mouline, me rejoints. On met les skis, quelques virages, 2ièmes partie raide, remoulinette. Maintenant y a plus qu'à descendre en ski, mais encordés à tout prix. La neige est lourde, c'est physique. On trouve quand même le moyen de redoubler des gens qui ont fait demi-tour avant nous, malgré tout le temps passé à me sortir du trou ! Je suis toujours hyper essoufflé, mais on finit par arriver au refuge ... soulagement.
J'explique au gardien (un grand merci à lui !), il appelle le PG, gère tout, me les passe au téléphone. J'ai le poignet gauche bien enflé, mais il bouge. L'hélico nous récupère 5 minutes après sur le toit du refuge, direction la DZ puis l’hôpital de Sallanches (en voiture) pour 24h d'observations. Au final je n'ai quasiment rien ... tout le monde (infirmières, docteur, moi) s'accorde à dire que j'ai eu beaucoup de chance !
Niveau timing il s'est passé environ 3h entre la chute et le retour au refuge.
Je n'ai pas trop regardé l'heure pour savoir combien de temps s'est déroulé entre la chute et le retour à la surface.

Mes conclusions avec le recul:
- nous n'avons pas le sentiment d'avoir commis d'imprudence. De tous ceux qui étaient présents ce jour là nous sommes ceux qui nous sommes le plus encordés. La crevasse était invisible, en diagonale. Je ne suis visiblement pas le seul à être déjà passé dedans. Pour info, je suis tombé à l'altitude 4050m.
- Je n'ai pas eu de chance de tomber dedans, mais j'en ai eu énormément lors de la chute et de la réception.
- Heureusement j'avais le casque: il est HS. J'ai bien tapé la tête sur les bords. Sans lui je n'ose imaginer le résultat.
- Il faut connaitre par cœur les manips de secours. Je les ai mises en place sans hésitations, en étant sur de mes choix. Ça me semble primordial.
- Il faut du bon matos: ropeman ou tibloc, bon piolet, broches. Ça a aussi fait la différence.
- Bravo si vous avez lu jusque là ;-) J'espère que mon expérience pourra servir à d'autres. C'est comme cela que je conçois un site communautaire comme C2C.

Jonath

On décide de monter jusqu'au Dôme en se disant que la visibilité changeante va s'améliorer, et il ne reste plus qu'une pente débonnaire de 300m.
Tout le monde renonce, sauf 3 slovaques qui partaient pour le Mont-Blanc et nous pour le Dôme.
On double les Slovaques, et d'un coup j'entend "Oh putain!..", et plus personne, juste un trou dans la neige.
Pic de stress.
Il est peut-être 2m plus bas. Peut-être pas. Faut aller voir.
Oui, mais si il est loin faut pas tomber aussi.
Merde, elle est dans quel sens sens la crevasse ? Vu comme il est tombé, en diagonale, le terrain est difficile à lire. Faut aller vite, il s'est peut-être fait mal. Faut s'assurer… ah oui, faire un corps mort… les skis. La neige est dure, creuser avec la panne du piolet pour les caler assez profond. Demander aux slovaques si un peu se caler dessus pour bien les ancrer.
Ils me demandent ce qu'ils peuvent faire, si ça m'est déjà arrivé. Je dis que non, et que juste ils peuvent rester sur les skis pour les ancrer.
J'approche du bord avec peurs, celle de tomber et celle de ce que je vais trouver. En même temps c'est pas le moment de pinailler. Je vois rien, je hurle pour couvrir le vent, plusieurs fois, et là j'entend une réponse.
C'est bon, il a pas perdu connaissance. On essaie de se parler, je comprends mal à cause du vent. Je fais descendre la corde avec un mousqueton pour la lester et pour qu'il puisse la clipper sur lui. Je sais pas si il a pu se sécuriser. J’entends un truc genre "arrête ! arrête ! Je l'ai" puis il me demande de faire un relais, je dis que c'est bon. Je demande si je fais un mouflage, il me dit qu'il va remonter. Je demande si j'appel les secours, il me dit oui.
J'appel le PGHM, je décris l'accident, on me demande l'état de la victime, je sais pas, c'est lui qui m'a demandé d'appeler mais il remonte sur corde, je comprend très mal quand il parle. La météo ? "visi nulle, vent fort..." On me demande de rappeler lorsqu'il est sorti.
Je parle avec les slovaques, ils me disent qu'ils ont tout le matos mais qu’ils ne savent pas comment faire dans cette situation.
Je commence à le voir arriver, il lui reste deux mètres. Je lance une boucle de corde, et je mets à contribution les slovaques pour le sortir. La panique dans le regard et dans la voix "je veux pas retomber..!" en rampant pour s'extraire du piège.
" Ça va ?
-j'ai le ventre à l'air, faut que je me couvre pour pas me refroidir "
Je rappel le PGHM. J'explique qu'a priori ça va, qu'on va redescendre par nos propre moyen par l'arrête nord.
On redescend, Sylvain est fébrile et moralement HS. On s'encorde pour descendre à ski. Au passage le plus raide on déchausse, je le mouline à l'épaule assuré sur un corps mort.
Je le rejoins, je pose une broche même manip. Je rechausse je le rejoins.
On recommence encore une fois. Il rechausse. On double quelques cordées en train de descendre.
On ski encordé jusqu'au refuge, c'est vraiment chiant, mais il préfère ça. J'insiste pas.
Arrivée sous le refuge, "On monte manger un morceau et on vois pour redescendre ?
- Ouai, on va voir, on peut laisser les skis là. "
On explique ce qui s'est passé aux gardiens, on demande si c'est complet pour le soir,
il dit qu'on trouvera de la place, qu'il ne faut pas nous en faire.
Il rappel le PGHM, pour donner des nouvelles. Coup de bol le dragon est pas loin et pas en inter,
il nous récupère 5mn plus tard sur le toit. Le gardien était parti en courant chercher nos skis, il revient avec 3 paires, mais ce n’est pas les bonnes... Il me fait signe de l’appeler.
Il a tapé un bon sprint avec trois paires de ski au retour, belle perf, un grand merci.

place

Georef approximatif.

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