Pointe de la Porte d'Église : Versant N de l'Épaule W - depuis Gleyzin
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Information

activities
event_type: avalanche

elevation: 2270

nb_participants: 4

nb_impacted: 1

avalanche_level: level_1

avalanche_slope: slope_40_45

severity: severity_no

author: José Picheral

quality: medium

participants

Location

Licence

description

Il fait très froid, un vent glacial n'incite pas à la pause et à ouvrir la carte, on monte au jugé vers l'objectif dans un relief formé de vallonnements successifs... Pour sortir d'un de ces vallons on se retrouve à devoir franchir un dorsale par une pente d'environ 30m de dénivelé à 30-35° de moyenne (localement plus) située sous le vent. Il y a de grosses accumulations dans le fond du vallon, la pente est recouverte de neige fraiche difficile d'évaluer sa nature du bas.
Avant d'attaquer la première traversée pour affronter cette petite pente, on prend des distances, une fois dans la pente, elle me semble saine (5-10cm de neige fraiche à faible cohésion et mes skis portes sur la sous-couche dure) par contre sous la crête de la dorsale la neige change de nature : on distingue nettement une accumulation de neige. J'hésite un instant avant de m'engager sur l'accumulation : j'évalue la trajectoire de l'avalanche en cas de déclenchement, la position du reste du groupe ainsi que l'alternative consistant à modifier la trace pour contourner cette plaque. Et finalement je pose un ski sur l'accumulation le charge, et ca craque...
Je suis très rapidement déséquilibré, je descends relativement lentement (la pente est autour de 30°-35°) la tête avant, pas grand chose à faire, je gesticule autant que possible pour garder la tête dehors, ca s’arrête, je suis allongé sur le ventre, la tête vers le bas, j'ai la tête et les épaules dehors ainsi qu'un bras de libres mais les 30-40cm qui me recouvrent m’immobilisent. Guillaume aura vite fait de me dégager en quelques coups de pelles. Seul cela aurait été une autre affaire !
Bref tout se finit bien, on continue jusqu'au col, en évitant soigneusement les accumulations...

La plaque se trouvait vers 2250m, elle était formée de neige récente accumulée derrière une bosse en exposition NW. Il avait neigé 3 à 5cm par vent fort et température froide. La cassure était de 40cm max sur 100m de large, j'estime que l'accumulation mesurait 5m (peut-être 10m?) en hauteur. La pente max était localement de 43° au point le plus raide. Le plan de glissement se trouvait entre 2 croutes de glace (la première croute de 1 à 2cm d'épaisseur est partie avec la plaque).
Dans la zone de dépôt, on a pu relever jusqu'à 1m d'épaisseur. Devant la zone de dépôt formée de blocs on pouvait remarquer la zone de dépôt de la neige sans cohésion poussée par l'avalanche.

Du point de vue de Guillaume, à l'extérieur

J'étais le dernier dans la trace, et franchement je n'aurais pas imaginé que ça puisse partir. Même si de nombreuses accumulations dues au vent observées jusque là me faisaient douter du niveau de risque annoncé par Météo France (qui reste un risque global sur un massif...).
Quand j'ai vu la plaque se déclencher sous les skis de José, curieusement, j'ai gardé la tête froide : j'ai suivi des yeux la ligne de fracture, pour m'assurer que j'étais à l'abri, je me suis assuré que devant, Padrig et Anne-Soisig n'étaient pas non plus sur le trajet de la plaque. En fait l'avalanche glissait lentement, José se débattait comme au ralenti. Je savais qu'elle n'irait pas bien loin, puisque le fond du vallonnement était en cuvette. Je suivais toujours la tâche rouge (de l'importance d'avoir des vêtements voyants) de José qui glissait, signe qu'il n'était pas (encore) passé dessous. Puis, tout cela s'est arrêté, j'ai vu une main dépassé et faire coucou je suis là. J'avais la main sur mon DVA, au cas où, mais pas eu besoin. En fait, j'étais super serein. J'ai vaguement pensé à ses skis neufs que l'on allait devoir probablement chercher pendant des plombes. Bref. Je me suis rapidement approché de lui, le haut de son corps dépassait, j'ai sorti la pelle pour dégager le reste. Il avait encore les skis aux pieds. Seul un bâton de perdu, retrouvé en creusant un peu aux alentours.

Le dépôt n'était pas très épais (environ 80cm au maximum), mais la largeur de la ligne de fracture était impressionnante, plus de 100m, à vue de nez. L'avalanche a coulé sur 30 à 50m.

En fait, j'ai une analyse de la situation un peu différente de celle de José : nous traversions là une des plus vastes accumulations rencontrées jusqu'alors (accumulation due au vent qui a raclé partout ailleurs (de loin, les croupes dégarnies, et en général vitrifiées n'avaient pas la même couleur que les accumulations dans les combes) les quelques pauvres centimètres de neige tombé la veille). Je pense effectivement que la plaque faisait la taille de l'accumulation, donc la taille de la pente (d'ailleurs toute la pente est partie !). José n'a déclenché son glissement qu'en arrivant dans une pente plus raide (35° ou plus). À cet endroit le gradient de pente était important, passant de 35° à plus de 40° en l'espace de quelques mètres. La plaque n'est partie, à mon avis, que parce que la couche fragile avait été entamée, son affaissement s'est propagé sur quelques mètres aux alentours, et comme la pente était plus forte là que auparavant (dans la même trace sur la même plaque) la cohésion interne de la plaque (pourtant relativement importante : neige en grains fins compacte avec cohésion de frittage typique des « congères ») n'était plus suffisante pour soutenir la composante longitudinale de son poids. Je ne pense pas que la couche fragile n'ait eu une largeur de seulement 5 à 10m, détachant une « petite » plaque qui aurait fait chasse-neige sur le bas. Car 30m plus bas, le plan de glissement était encore très nettement visible. Et 50m plus bas, passait la trace de montée qui « pataugeait » déjà dans l'accumulation. Maintenant, difficile de dire si la couche fragile (juste au-dessus d'une croûte de regel) était uniforme au sein de cette accumulation, mais je suppose qu'il n'y pas de raison d'imaginer le contraire.

route_study

petite erreur d'itinéraire qui nous a amené à affronter cette pente. Ceci est du à un manque de préparation de l’itinéraire et une navigation à vue (grand froid et vent n'incitant pas aux poses et lecture de carte) -> Vues les conditions, ce n'était apriori pas vraiment un problème à mon avis.

dans le choix de la trace, a posteriori j'aurais facilement pu éviter la plaque qui plus est en passant sur des pentes moins raides, mais j'étais pressé de sortir sur la bosse -> c'est l'erreur principale liée aux erreurs d'analyse précédentes.

conditions study

mauvaise évaluation du volume de neige mobilisable : je ne m'attendais pas à déclencher une coulée d'une telle ampleur -> C'est la principale erreur qui m'a amené à ne pas étudier une alternative plus sure.

mauvaise évaluation de la stabilité : en montant nous avions pourtant plusieurs fois parlé de ces accumulations que nous observions, le fait que le BRA soient relativement optimiste m'a probablement un peu trop rassuré.

training

largement adapté à une course peu ambitieuse

motivations

pas d'acharnement particulier, il s'agissait d'occuper l’après-midi avant de rentrer au refuge.

group_management

nous etions deux encadrants breveté habitués à sortir ensemble et à communiquer et deux autres skieurs autonomes.

risk

mauvaise évaluation du volume de neige mobilisable : je ne m'attendais pas à déclencher une coulée d'une telle ampleur -> C'est la principale erreur qui m'a amené à ne pas étudier une alternative plus sure.

mauvaise évaluation de la stabilité : en montant nous avions pourtant plusieurs fois parlé de ces accumulations que nous observions, le fait que le BRA soient relativement optimiste m'a probablement un peu trop rassuré.

time_management

nous étions dans le timing

safety

les DVA étaient alumés aprés verification au départ.

reduce_impact

Rien de très grave ne pouvait vraisemblablement arriver, mais un petit traumatisme ou un ensevelissement complet n'étaient pas complètement à exclure. Ceci en raison de 3 facteurs principaux :
a) l’ampleur limitée de l'avalanche,
b) l'absence d'exposition (barres rocheuses, longue pente, arbres...)
c) la prise de distance de sécurité,
Si un seul de ces 3 points n'avaient pas été présents les conséquences auraient pues être grave. La question qui se pose évidement, c'est qu'aurais-je fais dans ce cas là ? J'ai tendance à penser que j'aurais aborder le problème différemment, mais ça reste des suppositions.

modifications

beaucoup plus de méfiance vis à vis des petites accumulations

mes conclusions :

Il faut garder en tête que même par risque 1, il est possible de déclencher des plaques et que l'analyse sur le terrain doit absolument compléter le BRA.

3 à 5cm de neige fraiche suffisent à former des plaques.

On était dans un cas très favorable où les plaques étaient facilement identifiables (c'est rarement le cas!), malgré (ou à cause ?) de cela je n'en ai pas suffisamment tenu compte dans mon choix de la trace.

other_comments

pas de conséquence physique

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