Charmant Som : Couloir NW en boucle
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Information

activities
event_type: avalanche

elevation: 1620

nb_participants: 4

nb_impacted: 1

rescue: yes

avalanche_level: level_2

avalanche_slope: slope_30_35

severity: more_than_3m

author: Thierry

quality: medium

participants

Location

Licence

description

Récit

Je pars seul du lieu dit des Cottaves à 8h03.
Au bout de 200m de dénivelé je double un groupe et je m’emploie à la trace dans 20 à 30cm de neige fraîche (voir le BERA) mais ayant déjà une bonne cohésion jusqu'en haut de la clairière à 1690m.
Là me rattrape un groupe de 4 personnes (2 hommes et 2 femmes). Le premier, un homme d’un certain âge (c’est lui qui décèdera, il était âgé de 62 ans) mais ayant une très bonne condition physique, me relaie à la trace jusqu’au sommet. On perce la couverture nuageuse à 1750m. Nous arrivons au sommet à 9h47.

Pendant la fin de l’ascension nous discutons de la suite de l’itinéraire qu’il envisageait et il voulait aller dans la combe W et je lui dis que je suis d’accord pour les accompagner car bien sûr je n’avais pas l’intention d’y aller seul.
Pendant que j’enlève mes peaux et que ses amis aussi, il va repérer l’entrée du couloir d’accès à la combe et juger des conditions, il remonte et dit que c’est OK qu’ils vont descendre par là.
Entre temps un autre groupe de 2 personnes arrivent (un skieur + un surfeur). Le plafond nuageux est en train d’évoluer au sommet nous sommes au soleil mais 50m en contrebas la combe est dans les nuages. Je prends donc la décision de ne pas partir de suite avec le groupe de 4 et je leur dit que j’attends une éclaircie plus propice pour m’y engager et j’attends donc les 2 personnes qui sont arrivés après nous au sommet.

Une timide éclaircie fait que nous quittons le sommet à 10h01 je suis donc le 5ième a rentré dans le couloir qui commence par un passage exposé entre deux barres. Je reviens très rapidement sur le groupe de 4 mais à ce moment je ne vois que les 2 derniers car nous sommes dans le nuage et on progresse les uns après les autres avec prudence.
Avec le surfeur qui me suit on discute des conditions nivologiques : beaucoup moins de neige que dans le versant de montée par contre un bon plan de glissement dessous pour les 10 à 15cm de fraîche (il avait plu à cette altitude le lundi), pas de signe alarmant de fissures au début mais très vite si.
J’arrive à la fin du passage expo et commence à enchainer quelques virages dans la partie à 30° et je vois sur la rive gauche une cassure de 10cm à 1800m (voir la carte) et je m’aperçois que l’on skie sur une coulée toute récente. Je double les 2 femmes du groupe qui étaient arrêtées sur la rive droite et je m’arrête en dessous d'elles. Elles repartent pour rejoindre le second homme du groupe qui est quelques mètres en dessous de moi.
A ce moment là on est sous la couche de nuages et on a le visuel jusqu’à l’entrée de la forêt et je ne vois pas leur leader et je leur demande où il est, et c’est là qu’ils réalisent qu’il n’est pas là.

Il est donc dessous, on passe tous nos ARVA en réception. A 10h16 pas de signal ni pour ceux qui sont en contre bas de moi ni pour le surfeur et le skieur au dessus de moi. Le surfeur descend vers le dépôt et accroche un signal dans une petite compression du terrain. Nous le rejoignons à 1620m, certains montent les pelles et une personne une sonde. Un couple arrive, je leur demande d’appeler les secours. Heureusement la fille a un vieux téléphone Nokia qui a une très bonne sensibilité par rapport aux smartphones qui ne passent pas dans cette combe encaissée.
Le pelletage va bon train nous sommes 6 ou 7. En moins de 3min nous trouvons le corps de la victime enseveli sous 1,5m de neige. J’estime que la coulée a fait environ 200m de dénivelé. Il est face dirigée vers le sol et tête vers l’aval, on le retourne et on découvre une personne inconsciente, visage tout bleu par contre pas de neige dans la bouche ni le nez.
On entame donc directement le massage cardiaque il est 10h25. Entre temps arrive un groupe parmi lequel figure un médecin urgentiste qui dirigera le massage. On place une paire de skis sous son dos pour avoir un plan dur, sa tête est mise sur son sac dos et tenue par une personne. On masse par binôme et on se relaie toutes les 1 à 2 minutes. En effet c’est très physique de masser, une personne seule n’aurait pas pu tenir le rythme. On sera 4 à 5 binômes à se relayer pendant 1h jusqu’à l’arrivée des secouristes.

En effet les secours (2 CRS + un médecin du SAMU) ont tardé à arriver à cause des conditions météorologiques défavorables à la dépose sur le lieu de l’accident en hélicoptère. La combe étant sous la couverture nuageuse, l’hélicoptère a donc déposé les secouristes 100m de dénivelé en contre bas dans la forêt et nous ont rejoint en raquettes à 11h35.
Les secouristes prennent le relai, le médecin urgentiste continuera de les assister, mise en place du défibrillateur piqûre d’adrénaline mais rien n’y fait le coeur ne repart pas. L’hélicoptère arrive à venir sur le lieu pour déposer la perche en remontant la combe à 5m du sol et il repart. Les secouristes préparent la victime pour l’évacuation. Pendant ce temps là on rassemble tout le matériel pour pouvoir le tenir lorsque l’hélicoptère va revenir. Il arrive et se positionne en stationnaire à 2m au dessus de nous (ce sont de sacrés pilotes) mieux vaut être au sol et avoir mis son masque, fermer les vestes car c’est un véritable ouragan qui s’abat sur nous. On en ressortira déguisé en bonhomme de neige.
Il est 12h00 passé et l’hélicoptère file vers le CHU de Grenoble, les 2 CRS resteront avec nous et seront récupérés à la rotation suivante avec les 3 autres membres du groupe. Les autres personnes qui ont participé au secours rejoindront leur point de départ à skis dans une lourde ambiance. Les secouristes nous ont demandé d’appeler le centre de secours du Versoud une fois que nous serons arrivés aux voitures. La victime a été déclarée morte par asphyxie dans l’hélicoptère.

Voilà la fin de week-end se passe sans qu’il n’y ai pas une seule minute pendant laquelle je n’ai pas pensé à cet accident.

Analyse de l’accident

Le leader du groupe déclenche lui-même l’avalanche de plaque dans le brouillard, le second ne le voit pas partir et ne l’entend pas. Ce qui fait que l’on a du perdre environ 2 à 5 minutes entre le moment du déclenchement et le moment de la prise de conscience qu’il est sous la neige, plus les 9 minutes de recherche plus pelletage ; la victime a du rester entre 10 et 15 minutes ensevelie. Il était surement décédé quand on l’a sorti.

Ce qui a bien fonctionné
  • La recherche ARVA et le pelletage malgré que les gens qui ont participé ne se connaissaient pas il n’y a pas eu de panique et tout le monde était compétent dans le rôle qu’il a joué.

  • Déclenchement des secours (coordonnées GPS ont peu être transmises)

  • La phase de massage cardiaque car elle a été menée par le médecin urgentiste qui a su aussi remotiver les troupes tout au long de l’heure. D’ailleurs on voyait que l’on massait bien car le visage de la victime reprenait un tain normal. En fait on arrivait à refaire circuler le sang qui était encore fluide mais son cœur lui ne repartait.

Leçons à retenir
  • Dans le brouillard, avoir le visuel sur la personne qui est devant ou derrière vous

  • S’équiper d’un sac à dos airbag. Car je suis persuadé vu la configuration du terrain que si la personne en avait eu un elle serait en vie aujourd’hui. Pour ma part cette accident m’a décidé à en acheter un, ce que j’ai fait.

Autres témoignages de cet accident

  • Compte rendu sur Skitour avec quelques photos des lieux, par une personne qui est arrivé sur les lieux bien après moi. Les infos sont justes.

BERA pour la Chartreuse et pour le samedi 28 février 2015

Estimation du risque

Au-dessus de 1800 m : Risque marqué. En-dessous : Risque limité.

Déclenchement skieurs : Petites plaques friables vers les sommets
Départs spontanés : Si éclaircie, quelques coulées en pentes S.

Stabilité du manteau neigeux

Quelques plaques friables vers les sommets.
Samedi, à l'approche des crêtes et sommets, on se méfiera de la neige fraîche soufflée. Dans une pente suffisamment raide, le passage d'un skieur ou randonneur peut favoriser un départ de plaque friable, d'apparence poudreuse. Vigilance accrue en face N, car une petite plaque de surface pourrait entrainer d'anciennes couches poudreuses ou une plaque fragile plus enfouie.
L'activité spontanée s'annonce faible ou limitée à de petites coulées de fraîche (15cm environ), lors d'éclaircies.

Qualité de la neige

L'enneigement est bon, skiable dès 800 à 1200m.
Vendredi il est tombé 10 à 20cm de poudreuse en moyenne, au maximum 25cm sur l'W du massif.
En forêt froide, ski plus agréable avec des sous-couches meubles, pulvérulentes.
En altitude, la sous-couche est très variable, soufflée, souvent durcie. La fraîche a parfois été transportée près des sommets.

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