Barre des Écrins : Voie Gamma
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Information

activities
event_type: stone_fall

elevation: 3000

nb_participants: 2

severity: severity_no

author: Kryst0f

quality: medium

participants

Location

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description

Nous avons attaqué calmement dimanche matin. La stratégie prévue consistait à bivouaquer dimanche soir au pied du bastion et de sortir lundi. Nous avions une bonne météo jusqu'à mercredi.
Le socle passe sans difficultés particulières. Ca n’a rien d’exceptionnel avec des vires entrecoupées de pierriers comme souvent dans les Ecrins.

Je remonte la grosse cheminée et repère le gros dièdre blanc. Mais, je ne trouve rien de bien confortable pour bivouaquer. Il n'y a pas de chutes de pierre, mais la cheminée semble canalisée les pierres. A droite de la base de la cheminée, relativement à l’abri sous un petit éperon, il y a un petit emplacement permettant de s’asseoir à 2. Les difficultés du lendemain font rechercher un emplacement plus reposant. Ne trouvant rien d’autre, nous taillons deux emplacements de bivouacs, 10m plus bas, dans les pierriers des vires. Deux cordes fixes permettent de sécuriser. Le petit éperon protège un peu moins, mais nous n’avons entendu aucune chute de pierre depuis notre arrivée. Par ailleurs, les topos ne mentionnent pas trop de chutes de pierre. Le bivouac est très confortable avec de l’eau à 50m.

Le réveil est fixé pour 5h mais la Barre avance le réveil en nous envoyant une petite chute de glaçon à4h30. Le réveil est brutal sous l’impact. Heureusement, il ne s’agit que de neige fondue. Les seuls dégâts sont un duvet mouillé. Nous étions particulièrement vulnérable couché sur cette vire. Si c’était des pierres à la place de la neige fondue nous serions morts durant notre sommeil.
A 5h30, nous remontons le névé sur nos cordes fixes. Après 2-3 longueurs, nous arrivons sur une terrasse au pied de la partie raide. Il ne me reste plus qu’à passer aux choses sérieuses.
C’est raide, c’est compact et c’est à moi de démarrer. Avec le bruit de l’extra plat ne rentrant pas dans la fissure bouchée, mon mal de rimaye se réveille subitement. J’entends Paul crier et je vois sa chaussure basculer dans le vide. Nous évoquons l’éventualité de passer avec seulement 3 chaussures pour 2 personnes : Paul chaussant du 46, nous venons de gagner 1,2kg. La descente de la Barre avec un chausson à un pied n'étant pas des plus confortables, ne souhaitant pas appeler les secours à la sortie de la voie, et mon mal de rimaye s’étant calmé instantanément, je décidede redescendre. Nous retrouvons la chaussure 4 heures plus tard.
Juste après, un peu au-dessus du socle, nous entendons un bruit sourd qui enfle longuement. On se regarde. C’est quoi ? Les habituelles chutes de pierres du Coolidge ? Non, c’est bien plus long, plus fort et ça vient de la Barre. Nous percevons des impacts autour de nous. C’est pour nous. Paul a le temps de regarder vers le haut et aperçoit un nuage gros et gris descendant du sommet de la Barre. Je me protège comme je peux en basculant mon sac vers la tête. Encore heureux que je ne ferme jamais la ceinture ventrale autour de la taille. J’entends les impacts à côté de moi, je sens les impacts sur le sac et sur le casque light. Je regrette de ne pas avoir pris un casque plus robuste. Mais paradoxalement, j’étais relativement tranquille sous les impacts. J’avais fait ce que je pouvais pour m’abriter, c'est-à-dire presque rien. Je n’avais plus d'influence sur mon avenir et attendais le choc plus important mettant fin à ma vie. Toute la montagne donnait l’impression de tomber et j’étais calme. C'était assez logique : je ne maîtrisais plus rien et ne pouvais plus rien faire, il n'y avait donc pas de raison de stresser.

Le choc attendu n’est jamais arrivé, la montagne s’est calmée. Nous faisons l’inventaire. La corde est sectionné, mais les nombreux impacts autour de nous indiquent que c’est un moindre mal. Nous étions proches du socle et donc relativement éloignés du bastion. C’est donc bien du gros qui est descendu pour arriver jusqu’à nous. La vire de notre bivouac a du etre recouverte de tonnes de rocher. Nous imaginons également si Paul n’avait pas perdu sa chaussure. Je fais le l'humour en disant que la face est raide et que ce serait passé au dessus de nous. Les topos indiquaient « pas trop de chutes de pierres pour la première ». mais, j'avais oublié que les topos n’engagent que ceux qui y croient.

Nous finissons la descente en ayant une « conscience aigu de notre propre finitude » (propos repris La montagne Oublié de Paul Keller, Ed Guérin, 2005).

La rédaction de ce texte me donne l’occasion d’analyser notre rencontre avec le diable. Difficile de savoir si la chute de pierre a été aussi importante que nous en avons eut l’impression. Le fond du problème est ailleurs : j’avais sous - évalué ce risque. J’ai fait une erreur et j’ai eu beaucoup de chance. Le risque « chute de pierre » est le risque classique en montagne. Ne pas avoir évalué correctement ce risque, ne pas avoir adapté la stratégie en conséquence ont failli coûter cher. J'aurais du chercher des renseignements de première main sur l’état de la face et ne pas me suffire de quelques lignes dans deux topos. La stratégie avec bivouac a été dans la suite logique des erreurs. Le bivouac confortable au pied du bastion a été la cerise sur le gâteau. 4 heures sans chutes de pierres m’avaient suffi pour décider que l’endroit était sans danger pour 10h. C'est une erreur importante. Même si rien ne tombe, même si c’est inconfortable, il est indispensable de s’abriter au maximum pour bivouaquer. Sur cette vire, nous n’étions que deux inconscients jouant à la roulette russe. Le sommet de la Barre est orienté SE. Il était donc logique de ne pas voir de chute de pierre le soir et que les chutes de pierre reprennent au levé du soleil.

Il ne faut pas oublier les fondamentaux. La préparation d’une course dans une voie peu répétée ne s’effectue pas comme celle d’une classique. Si c’est exposé aux chutes de pierres, il faut courir pour minimiser l’exposition ou choisir une période réduisant les chutes de pierres. L'automne, avec le retour du froid, est probablement une meilleure période pour réaliser la Gamma. Il faut impérativement faire la première longueur avant le réchauffement des vires sommitales enneigées déclenchant les chutes de pierres.

Merci à Paul d’avoir perdu sa chaussure.

place

Barre des Écrins : Voie Gamma

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