Double presque-accident dans le couloir du Goûter
{{ '2018-06-27' | amDateFormat:"dddd Do MMMM YYYY" }}

Information

activities
event_type: person_fall

elevation: 3350

nb_participants: 2

nb_impacted: 1

severity: severity_no

author: Nicolas H.

quality: fine

Location

Licence

description

Retour tardif sur un presque-accident.

27 juin, échec un peu vexant dans la voie normale du Mont Blanc, soleil radieux mais demi-tour au-dessus de la cabane Vallot à cause du vent qui a trop forci. Un certain nombre de cordées auront pourtant réussi, mais ça secoue trop pour ma compagne et moi (et encore, nous n'avons pas atteint l'arête des Bosses). Et puis l'isotherme 0°C a beau se trouver vers un très confortable 4300 m, cela commence à faire bien froid dans ce vent, surtout à notre allure ralentie et peu propice au réchauffement.

A la descente fastidieuse mais vigilante de l'arête sous le Goûter, toujours autant facile que pourrie et exposée, la tenue bien allégée pour ne pas ajouter à la fatigue l'abrutissement par la chaleur croissante (mais casque sur la tête et non sur le sac comme certains), c'est déjà le milieu d'après-midi et nous voyons ou entendons régulièrement partir des cailloux dans le couloir, déclenchant de grandes clameurs plus bas au niveau de sa traversée.

Plus tard, nous entendons un hélicoptère qui va et vient puis stationne, sans le voir dans les nuées qui sont montées ; pas de doute, il y a eu un accident. Arrivant à la traversée, nous trouvons deux groupes d'est-européens choqués et bloqués, certains s'étant suffisamment repris pour sortir réchaud ou cape de pluie en vue de rester là un bon moment. A l'écart, le gros sac de la victime, abandonné sangles sectionnées par les sauveteurs. Forcément moins secoués que les témoins (dont la prostration collective est tout de même frappante), nous décidons vite de ne pas attendre le dégel - ou plutôt le regel, qui risque de ne même pas revenir ce soir. Je reprends crampons et piolet mais laisse ma compagne et nos sacs pour aller d'abord reconnaître la traversée et surtout le sillon qui semble avoir pas mal évolué depuis la montée : neige évidemment très ramollie, mais de la glace a été dégagée par la fonte et par le passage.

Arrivé à la moitié de la traversée en surveillant le haut du couloir, je vois un des autres gars, enhardi, s'élancer en courant sur une trace secondaire, une vingtaine de mètres au-dessus, moins marquée et non pas horizontale mais plongeant dans la pente de surcroît plus raide. Il trébuche, culbute, perd le bâton qu'il a pour seul outil, se retrouve à plat ventre à filer les pieds en avant et les mains crochetées dans la neige. Dans les mêmes quelques instants, j'ai le temps de mollement me dire : mais qu'est-ce qu'il fait ce con ? / ben tiens c'était fatal / je fais peut-être une connerie, en tout cas je me retrouve à courir sur quelques mètres et agripper la main du type au moment où il coupe la trace - secousse, pas trop forte, peut-être se serait-il arrêté tout seul, en tout cas il a la mine décomposée de celui qui ne l'aurait pas fait.

Incident banal, conclusion bénigne et anecdotique, et le plus important (pourtant banal lui aussi) n'est pas là :
(1° Redescendre tôt ?... oui bien sûr, mais parfois plus facile à dire qu'à faire, surtout par une chaude journée ou ce "tôt"… cesse tellement tôt)
2° Les "canonnades" peuvent être terrifiantes, et pour ce qui est d'esquiver les cailloux, le passage de la théorie à la pratique peut tenir de Matrix. Mais tout de même : les pierres ne sont pas animées d'une intention maligne et ce n'est pas non plus un sniper qui nous guette dans la pente. RIEN NE SERT DE COURIR sinon à se casser la figure en essayant quand même de surveiller le haut - ou bien à aller couper la trajectoire d'une pierre qu'on n'aura pas vu arriver en sprintant droit devant soi.
3° Même pour cinquante mètres et même sur neige ramollie, ne pas avoir la paresse de ne pas reprendre crampons et piolet. C'est mieux que rien et de la glace peut toujours rester ou avoir été dégagée par la fonte du jour (sans même parler ici du "facteur exogène" que je n'avais absolument pas envisagé). Et l'on n'a pas de raison de se prendre les pieds dans ses crampons… du moment qu'on ne se presse pas trop (on y revient).

place

Saint-Gervais, couloir du Goûter

conditions study

Temps chaud, c'était en plus l'après-midi (mais il n'y avait peut-être même pas eu de regel la nuit précédente), le risque de chute de pierres était une évidence - mais comme toujours, peu ou prou.

group_management

Pas à proprement parler : le "presque-accidenté" ne faisait pas partie de mon groupe - c'est la façon dont il s'y est "invité" qui m'a pris au dépourvu !

risk

Vigilance de ma part, forcément, mais ni plus ni moins que s'il n'y avait pas eu d'accident juste avant. Je pensais aux pierres mais pas du tout en revanche aux chutes de bonshommes, qu'il peut de surcroît être plus cornélien (si tant est qu'on ait le temps d'y réfléchir) de chercher à juste esquiver...

increase_impact

Peut-être l'accident qui venait de se produire, et qui aura pu ajouter à l'irrationalité des comportements - depuis la prostration initiale jusqu'à la subite et stupide course à travers le couloir en m'ayant vu traverser.

reduce_impact

Peut-être le fait de ne pas avoir négligé de remettre mes crampons (dont j'aurais peut-être pu en revanche me passer pour seulement traverser posément et "tout seul" comme j'étais parti pour le faire).

modifications

J'ai en premier lieu été simplement conforté dans l'idée :
- de ne jamais confondre vitesse et précipitation,
- et que parmi les pires accidents, ceux dont on peut trainer un remord toute sa vie, il y a ceux qui sont dus au fait d'avoir négligé de (re)sortir crampons et piolet, fût-ce pour seulement 50 m de traversée quasi-horizontale d'un couloir ou d'un névé même pas gelés.

Le véritable enseignement aura été de davantage réaliser qu'ON NE SE MEFIE JAMAIS TROP D'AUTRUI, surtout sur un itinéraire comme celui-ci, où l'on peut décidément croiser n'importe qui. Les chutes de pierres, on y pense évidemment. Se trouver sur la trajectoire d'un quidam, on y pense moins que dans une de ces faces nord glaciaires où je n'irai jamais. Et l'on pense encore moins à ce que cela peut déclencher de réflexe, trop instantané pour être qualifié d'altruiste mais pouvant en revanche s'avérer mal inspiré pour soi-même en plus de risquer d'être vain (un accidenté plus un suraccidenté au lieu d'un seul inconscient).

Associated routes

Associated articles

Comments

No thread yet?

Log in to post the first comment

No thread yet?

Log in to post the first comment

{{::post['created_at'] | amUtc | amLocal | amTimeAgo}}
  • en
  • it
  • es
  • eu
  • ca
  • de