Chute de 40 mètres dans la descente des Rouies
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Information

activities
event_type: person_fall

elevation: 2650

nb_participants: 4

nb_impacted: 1

rescue: yes

severity: more_than_3m

author: MeuhMeuh

quality: great

participants

Location

Licence

description

A la descente des Rouies (versant Bérarde), j'ai glissé sur de la neige dure puis sauté une barre rocheuse de 40 mètres de haut.

J'ai publié un témoignage dans Montagnes Magazine, reproduit ci-dessous.

"Lundi 30 avril 2018, descente des Rouies : mes skis se sont dérobés, je file à toute allure vers une rupture de pente... Au-delà, c'est l'inconnu...

Jusqu'à cette fameuse journée qui restera longtemps gravée dans ma mémoire et celle de mes proches, j'étais de ceux qui trouvaient le port du casque très souvent superflu en ski de rando. Je ne le prenais que pour les sorties en pente raide ou sur les courses très alpines, et encore il restait parfois accroché sur le sac. Je partageais peu ou prou les arguments les plus couramment avancés : "Le casque, ça tient trop chaud à la montée, et c'est un poids supplémentaire. De toute façon, en ski de rando, le risque principal, c'est l'avalanche"
" On ne risque pas de collision avec d'autres skieurs et on va beaucoup moins vite qu'en station, on prend de la marge"." Ça fait trente ans que je fais du ski sans casque et je suis toujours là!" " On se sent tellement plus libre quand on skie cheveux au vent !"

Et il faut bien constater qu'un grand nombre de pratiquants ne portent pas de casque, en dehors des compétitions.

Pourtant, on sait tous qu'on peut recevoir une pierre sur la tête, percuter un arbre, glisser en neige dure, se faire surprendre par les conditions ou ces satanés fils de clôtures cachés sous la neige... Sans parler du risque le plus évident : tomber la tête la première sur un rocher... Mais on oublie peu à peu tous ces risques, au fur et à mesure des sorties qui se concluent par un "tout s'est bien passé aujourd'hui".

Mais revenons à ce 30 avril 2018. J'avais décidé d'aller fêter mon anniversaire (38 ans) à La Bérarde avec trois amis skieurs très expérimentés. En partant de Lyon la veille, le programme n'était pas encore arrêté, des couloirs en pente raide étaient envisagés, j'ai donc glissé le casque dans mes bagages. Et puis un mois auparavant, j'avais fait une chute sur la tête qui m'avait bien sonné, ce qui m'avait rappelé que le port du casque en ski de rando, ce n'était peut-être pas si bête.

Finalement, la météo et les conditions sont annoncées délicates, on se décide pour les Rouies par le Glacier du Chardon, une course longue mais facile pour notre groupe. Je me dis que le casque ne sera pas nécessaire, et pourtant, bizarrement, je l'attache au sac : après tout, il ne pèse que 165 grammes !

A la montée, on choisit une variante par le Passage de l'Ane, on en profite pour jeter un rapide coup d'œil en contrebas : c'est par là qu'on devra redescendre. Après l'interminable traversée du Plateau des Rouies pris dans les nuages, on dépose les skis et les sacs au pied de la courte pente raide qui défend l'accès au point cuminant. Je décroche le casque du sac pour qu'il ne se remplisse pas de neige et l'enfile sur mon crâne. Un dernier effort, et nous voici au sommet pour la traditionnelle poignée de main et une photo façon "Monochrome de Whiteman".

On attaque la descente. Vingt centimètres de poudreuse permettent de faire quelques virages malgré la faible visibilité. On y voit progressivement de mieux en mieux mais la poudreuse se fait plus rare, le manteau neigeux a subi plusieurs cycles de gel/dégel (voire sans doute un peu de pluie), il faut zigzaguer entre les zones de neige dure.

Vers 2750 m, je me retrouve en travers d'une pente gelée inclinée à 25/30° environ. Sans aucun grip, je tiens à peine debout. Impossible pour moi de quitter le sac pour mettre mes crampons. J'examine mes possibilités :

  • Devant, le passage semble impraticable.
  • En-dessous de moi, une trentaine de mètres de pente de 30 à 35°, manifestement en neige dure, puis une rupture de pente : impossible de savoir ce qui se trouve au-delà.
  • Derrière moi, à une quinzaine de mètres, un couloir semble s'ouvrir, j'aperçois mes camarades qui s'y engouffrent en dérapant. Je remarque que le casque de Thibault, qui ouvre le chemin, est solidement attaché sur son sac.

Le salut est donc derrière moi, je me concentre pour réaliser mon plus beau virage sauté, en espérant que les carres fassent leur travail. A la réception, mes skis se dérobent, je glisse, je prends rapidement de la vitesse, impossible de me freiner.

J'arrive à la fameuse rupture de pente. Elle masquait en fait une barre rocheuse de quarante mètres de hauteur... Je m'envole. Bizarrement, je ne pense à rien de particulier, je me dis simplement : "c'est fini, je vais mourir". Apres un premier impact très violent, plusieurs chocs se succèdent. Je finis par m'immobiliser, mon casque s'est brisé en plusieurs morceaux alors que ma tête semble intacte : je suis conscient !

Rapidement, Thibault me rejoint puis file chercher du secours, le réseau téléphonique ne couvrant pas la zone. Le froid et les douleurs s'emparent de mon corps. Après deux heures d'attente, réconforté et réchauffé par mes amis David et Antoine , je suis évacué en hélicoptère par le PGHM de Briançon.

Polytraumatisé, je souffre de multiples contusions, de deux pneumothorax, de nombreuses fractures... et en particulier d'une fracture du crâne et des sinus qui aurait pû me coûter la vie, précisément dans la zone où le casque a subi le plus de dégâts. Les médecins sont unanimes : sans casque, je serais mort sur le coup.

Après deux semaines d'hospitalisation au CHU de Grenoble, j'ai pu regagner mon domicile, où je récupère peu à peu de mes blessures . Par miracle, je devrais pouvoir m'en sortir sans véritable séquelle.

place

Sous le Pas de l'Ane, à la jonction entre Glacier des Rouies et Glacier du Chardon.

route_study

Consultation des topos Olizane, skitour et camptocamp avant la sortie. Pendant la course, consultation Iphigénie sur smartphone.

conditions study

La météo annonce beau temps le matin, qui se couvre en cours de journée, ce qui s'est confirmé. Fortes chaleurs les jours précédents. Quelques centimètres de neige fraîche tombée dans la nuit.

training

Habitué à des sorties longues et difficiles. Plusieurs dizaines de milliers de mètres de dénivelé dans la saison.
23 jours plus tôt, entorse du genou suite à une chute en ski de rando. Plus de douleur et bonne stabilité du genou le jour de la course.

motivations

Envie de profiter d'un long week-end pour réaliser du ski de rando sur des hauts sommets, avec un départ en altitude pour éviter de trop longs portages. Les Rouies sont choisies car considérées comme une course facile que l'on pourra réalisée malgré la météo mitigée annoncée.

group_management

Pas de leader clairement identifié dans le groupe.

Discussion à la montée vers 2500 m pour décider si on passe par le Pas de l'Ane ou par la Voie Normale (montée jusque vers 2800 m sur le Glacier du Chardon). Choix d'emprunter le Pas de l'Ane à la montée.

Pas de partage sur le choix de l'itinéraire de descente.

risk

Le début de la descente a été réalisée avec une visibilité très limitée. Baisse d'attention vers 2800 m avec le retour d'une bonne visibilité e après avoir récupéré un des participants qui avait choisi de s'arrêter vers 3100 m.

time_management

Pas d'influence de la gestion du temps sur l'accident. Pas de fortes chaleurs et exposition favorable.

safety

Un des participants a passé le passage raide à ski, mais il a chassé la neige fraîche qui était déposée sur la glace. Les 2 suivants se sont retrouvés en difficulté et ont tiré un rappel sur abalakov.

increase_impact

J'utilisais mes skis "cailloux" mal entretenu, mon autre paire de ski était au SAV (fixations arrachées un mois plus tôt).

reduce_impact

L'expérience du groupe a évité le sur accident (pose d'un relais sur abalakov) et a permis un déclenchement "rapide" des secours.
Le port du casque a limité l'importance du traumatisme crânien.

modifications

Port du casque systématique à la descente en ski de randonnée.

other_comments

Blessures : pneumothorax gauche, hémothorax droit, traumatisme crânien, 11 fractures (vertèbres, côtes, poignet, crâne, sinus).

Voici les principales causes qui ressortent suite à une analyse réalisée à froid par le groupe, sans hiérarchie mais souvent très liées entre elles :
- l'utilisation de ma 2ème paire de skis (mes "skis cailloux", mon autre paire étant au SAV), peu entretenus et avec des carres mal affûtées ;
- une visibilité moyenne ;
- des sections en neige dure voire en glace ;
- un peu de fatigue, liée au manque de pratique des dernières semaines ;
- un choix d'itinéraire de descente différent de celui de la montée (alors que la sagesse aurait dicté de choisir le même itinéraire à la montée et à la descente, compte-tenu des conditions et de la météo du jour) ;
- une erreur d'itinéraire dans la descente (il aurait fallu tirer à droite) ;
- un manque de préparation de la course ;
- l'absence de leader désigné ;
- le fait que nous considérions tous les Rouies comme une course facile ;
- un relâchement de l'attention du groupe (la visibilité était bien meilleure à l'endroit de l'accident que vers le sommet et le groupe s'était reconstitué) ;
- un manque de communication au sein du groupe.

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