Piatra altarului - Oltár-kő

1156 m

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elevation: 1156 m

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Lorsque l'on descend depuis Lacu Roșu (gyilkostó) l'étonnante route 12C en direction des gorges de la Bicaz et de Piatra Neamț, un grand promontoire, planté là tel un monument, nous interpelle : c'est la Piatra Altarului (en hongrois Oltár-kő, parfois orthographié Oltárkő, en Français la "Pierre de l'Autel"). Sentinelle installée à la confluence de deux torrents et ainsi surveillant l'entrée de la gorge principale de la Bicaz, ce sommet n'est pas accessible par sentier, il offre aux grimpeurs en revanche des beaux itinéraires de grimpe en grande voie.

L'ascension de la Piatra Altarului, histoire et légende

L'Oltárkö est le seul sommet des Gorges de la Bicaz - et un des rares dans ce cas en Roumanie - qui n'est pas accessible autrement que par les moyens offerts par l'escalade. Ajoutons-y son positionnement "stratégique" (les gorges de la Bicaz constituaient jusqu'en 1918 une des frontières orientales de l'empire austro-hongrois, sous administration hongroise) et on comprendra que ce pic a été au centre d'enjeux qui retracent bien les soubresauts de l'histoire contemporaine de la Transylvanie. En faisant l'historique, il nous faut parfois même remuer le couteau dans des plaies qui ne sont pas encore refermées de nos jours. Cet historique se fonde sur la base de récits pas toujours très concordants. Ferenc Wild, l'auteur de topos sur l'alpinisme dans les Gorges de la Bicaz, a dû lui-même se livrer à un minutieux travail d'archiviste avant de trouver quelques articles qui lui ont permis d'établir cette chronologie, quelques dates sont incertaines.

Dans les années trente, la Transylvanie a été depuis peu annexée à la Roumanie, cette annexion est encore très mal vécue de nos jours par les communautés hongroises ainsi séparées de leur pays. Dans un milieu alpin roumain naissant mais suivant de près les progrès de l'escalade européenne, on s'intéresse à ces défis d'ascension que l'on trouve localement. Toujours dans les années trente, un bruit court : des grimpeurs venus d'Europe de l'Ouest tenteraient des ascensions dans les gorges de la Bicaz avant de s'engager sur des projets plus ambitieux dans les Alpes. Quelques tentatives ont lieu sur la Piatra Altarului mais aucune n'aboutit.

C'est en 1934 qu'une cordée de Sași (population d'origine saxone installée en Transylvanie depuis le Moyen-âge) de la ville de Brașov parvient au sommet. Erwinn Csallner et Waldemar Goldschmidt trouvent le point de faiblesse en face Nord-Est - la moins haute - en ayant tout de même recours au pitonnage sur son passage le plus délicat. L'expérimenté Waldemar Goldschmidt achève ainsi d'un trait magistral sa vie de grimpeur, faite de belles escalades dans bien des montagnes de l'Europe Centrale, et même des Alpes ; Erwinn Csallner, lui, ouvre la sienne (on lui devra après-guerre des voies sur le Suhardul Mic - Kis Cohard, dont certaines sont devenues des classiques comme la "voie des Gentianes"). C'est ainsi qu'il conduira l'année suivante quelques cordées sur la Oltár-kő, un drapeau roumain y est planté au sommet. Lors d'une descente, une corde se coince. Si cette corde s'est avérée utile pour certains répétiteurs, elle jouera ensuite un rôle involontaire qui forgera la légende d'un personnage local : Zoltan Keresztes.

Modeste mais courageux paysan Sicule (Székely, du nom d'une tribu hongroise établie en Transylvanie depuis le moyen-âge) originaire du village de Joseni (Gyergyóalfalu), Zoltan Keresztes est embauché aux travaux d'aménagement de la route franchissant la gorge au moment où se réalisent les premières ascensions. Il fait alors le pari à ses camarades de travail que lui aussi, il y parviendra. Selon Wild Ferenc, sa réalisation a lieu "quelques mois après la première des grimpeurs de Brașov". Repérant lui aussi la voie d'ascension, il la suit de près, mais écoutant son intuition de paysan, il contourne les passages les plus délicats en grimpant aux arbres et en s'accrochant aux hautes herbes à l'aide d'un ustensile de ramassage de baies sauvages. La légende veut qu'il n'aurait pas fait usage de la corde laissée là par ses prédécesseurs…

En 1940, suite aux arbitrages de Vienne - en fait un re-découpage exigé par l'Allemagne Nazie - le Nord et l'Est de la Transylvanie sont rétrocédés à la Hongrie. La Roumanie, rentrée dans le rang, aura des compensations par ailleurs. On parle de cette période comme du "petit temps hongrois". En 1941, Un ouvrier de la manufacture des tabacs de Budapest, Sandor Kreisz, monte alors y planter un drapeau hongrois. L'armée de Budapest ouvre en 1942 une nouvelle voie sur la même face mais aboutissant directement au sommet Nord, la "voie Honved". On remarque alors que le drapeau, outre d'être petit, n'est pas visible de partout depuis le bas, il vaudrait mieux le poser sur la terrasse, en contrebas du sommet Sud, mais visible partout depuis la route. Zoltan Keresztes entre alors de nouveau en jeu à l'été 1943, mais cette fois-ci, son exploit est savamment instrumentalisé. Une messe est dite au pied de la montagne à l'issue de laquelle on lui confie un nouveau drapeau. On le voit ensuite vêtu du costume traditionnel sicule, hélant derrière lui un sac contenant le drapeau, réaliser son ascension, poser le drapeau à l'endroit convenu et recevoir les félicitations des officiels présents, le tout est filmé et diffusé aux actualités cinématographiques.

Zoltan Keresztes a du avoir pour la Piatra Altarului une affection toute particulière : on ne lui connaît pas d'autre projet d'escalade. En revanche, il aurait réalisé ensuite de nouveau quatre autres ascensions, toujours seul et en usant des mêmes moyens rudimentaires, jusqu'à un âge assez avancé, avant de s'éteindre paisiblement dans sa maison de Joseni en 1993. Aujourd'hui encore, il est reconnu comme le véritable héros de l'ascension de l'Oltarkő.

Après-guerre, les drapeaux laissent la place aux symboles. La Transylvanie est rendue à la Roumanie mais une éphémère "collectivité autonome magyare" est créée, la ville de Brașov est provisoirement rebaptisée Orașul Stalin. Le changement de régime va imposer la descente du drapeau. En 1954, pour le dixième anniversaire du régime, on y monte une étoile rouge de sept mètres d'envergure, fabriquée dans une aciérie de la ville de Târgu Mureș (Marosvásárhely) . Elle y restera jusqu'à la chute du régime communiste. C'est en 1995 qu'une équipe de secouristes en montagne de Gheorgheni (Gyergyoszentmiklos) y monte en un temps record la croix (gréco-catholique) que l'on y voit actuellement. Nouveau régime, retour aux pratiques religieuses ? Sans doute mais pas seulement, l'idée était aussi de rappeler et d'affirmer que la Piatra se situe au confins du Székelyföld (le pays Sicule).

Au pied de la croix, on trouve une boite dans laquelle est installé un cahier, invitant les ascensionnistes à raconter leur voie, invitation au partage qui fait quelque peu oublier les veines querelles…

Les voies d'ascension

Elles sont plus ou moins valorisées de nos jours, certaines sont abandonnées.

Face Nord-Est
-Traseul Clasic/Klasszikus út (D), c'est la voie originale, ouverte en 1934. Elle ne sert plus aujourd'hui qu'à la descente.
-Traseul Honvezilor/Honvédek út (D), ouverte en 1942 par l'armée Hongroise. Jugée dépourvue d'intérêt, elle est totalement abandonnée de nos jours.

Face Ouest
- Fisura Petriu/Petriu Repedés (D+), a peu près abandonnée, ouverte en 1948, l'ouvreur Puiu Petriu a tragiquement disparu lors de la première, elle n'a été achevée qu'en 1953.
-Pilierul Nord Vestic/Északnyugati-Pillér (TD), belle voie sauvage, située à l'écart des routes et des sentiers, peu fréquentée, ouverte en 1978.
-Umbra muchei/Az él árnyéka (TD+) Voie moderne ouverte en 1987, tangente à la face Sud-Est, exigeante et relativement bien équipée.

Face Sud-Est
C'est la face la plus fréquentée. Ce qui n'est pas étonnant si on considère que c'est cette face qui s'offre au visiteur et qui, de fait, frappe les esprits…
-Creasta estica/Keleti gerinc (D) ouverte en 1952, c'est désormais la voie classique d'ascension, on lui connaît aujourd'hui quelques variantes.
-Traseul vânătorilor de munte/ Hegyivadászok út (D+/TD-) autre voie classique ouverte en 1965 évoluant elle sur la partie la plus à l'Ouest de la face.
-Traseul Requiem/Rekviem út (TD+) voie moderne ouverte en 1993, évoluant en pleine face et bien équipée.

Précisions, topos et infos disponibles sur le site Roclimbs ainsi que sur le site de la Salvamont Harghita
L'historique est tiré de deux articles (en Hongrois) de Ferenc Wild, dont le principal est issu du topo "alpinisme rocheux dans les Cheile Bicaz".

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