Tadrarate : l'Axe du Mal, épisode 2. Eloge de la solidarité berbère.

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Henri B, Lulu002

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Après une grosse rincée hier et des rafales de vent impressionnantes, ciel toujours voilé à l'aube.
Mais le proverbe improvisé s'est vérifié : quand le berbère passe son après-midi à étendre son fourrage sur les toits pour le faire sécher, demain il fera beau !

timing

Longtemps… Mais tellement pas longtemps en même temps !

personal comments

"Vous réessayez demain ?" nous questionnent les compagnons de gîte après notre saucée à R3.
"We don't try, we do it !"

C'est une certitude, nous rêvons d'y retourner, tout s'organise parfaitement puisque les cordes sont restées au chaud dans la grotte, que nous restons reposés et débordons d'envie, yapluka.

"Le pire qu'il pourrait nous arriver, c'est de devoir redescendre parce qu'on n'a pas assez de jus", qu'il annonce gaiement.
Celle-là, je vais l'afficher dans ma chambre d'hôpital ! ;-)
Et voilà, je n'ai pu m'empêcher de livrer la conclusion avant les événements… Et pourtant quels événements !

Mercredi 10 mai 2017

Nous avons vécu, ce jour, au fond du Maroc, dans les montagnes berbères, une journée Extra-ordinaire.
La possibilité de voir à l’œuvre tout le meilleur des habitants de Taghia : leur force, leur altruisme, leur énergie, leur « Etre », simplement.
Une journée qui restera gravée comme LA manifestation des concepts de solidarité, de Vraies priorités, d’une simplicité évidente et pourtant tellement introuvable…
La Rencontre et le partage avec des Gaillards, des Bonshommes, mes Sauveurs.
Une journée qui ne me fera Jamais regretter cette blessure, parce que des journées comme celle-ci, c’est juste Inespéré dans une vie.

Commençons par le commencement, même si suis trop émotionnée pour être concise !

Approche connue et reconnue : après l’A/R avant-hier en repérage de la descente, et le but météo hier, contents de savoir que c’est notre dernier parcours. Si nous avions su que nous allions la redécouvrir dans le sens retour, encore une fois, mais tellement différemment…
Vite enquillée en marchant légers, les cordes étant restées dans la grotte, toujours aussi agréable en commençant avant l’aube.

L1, L2 et L3 : pour les détails, voire l’épisode 1 !
En ajoutant que dans L1, je découvre l’intérêt de « travailler » une longueur : té, quand tu sais de quel côté partir, c’est moins dur quand même ! (serait-ce les prémices d’une douce conversion à la couenne ?)
Et pour L3, il ne m’avait pas menti : grandiose de finesse, de précision, de lecture, sur un caillou exceptionnel ! ça ne s’enchaîne même pas en second, mais c’est juste trop classe, alors suis bien motivée pour oser la suite, histoire de partager un peu le taf, profitons qu’il y a encore du 6…

L4 : Une lunule, un spit, et puis de la finesse pour rejoindre le suivant. Les prises sont claires, les pieds finauds finauds, les placements vont être de rigueur. Sauf que je n’suis pas assez détendue, je ne me sens pas assez précise, donc je lui annonce que je vais m’la coller histoire de délasser tout ça et de repartir sereine.

L’incompréhension du jour : un vol sécure dans l’absolu, un assurage niquel, mais le pied droit qui tape, la douleur, la peur d’avoir mal, le mal d’avoir peur d’avoir mal, etc…
Redescente au relai, je récupère et le laisse poursuivre !
Sauf que non, je ne récupère pas. La douleur reste vive, et, en soulevant le pantalon, déborde un bout de péroné… Beurk !
Ni une ni deux, descente rapido pendant que c’est chaud, débute alors la journée « impro » !

Les rappels, on n’y pense pas comme ça, mais c’est ’achement plus facile avec deux jambes valides !
Si, si, sans la droite, ça nécessite des capacités de gainage, de gestion de la vitesse, de retenue des hurlements dès que le pied effleure la paroi… Il faut donc manquer d’une jambe pour se souvenir à quel point elle est utile, au final !

Arrivée au pied de la paroi. Effondrement au pied de la paroi, plutôt. La douleur est beaucoup trop vive pour envisager quoi que soit… Je m’allonge, et la machine Henri se met en route. Il concourra aujourd’hui dans la catégorie « mobilisation rapide et organisation des secours, gestion de sa propre fatigue, soutien psychique », et gagnera la palme !
Il part donc en courant au village chercher de l’aide. Le voyant s’éloigner, je me dis que je n’aimerais pas être à sa place… Avant de réaliser que la mienne n’est pas forcément super enviable non plus !
Il est 10h24, je me conditionne à passer de longues heures seule : nous savons que la plupart des grimpeurs sont partis grimper, que le village est loin et les habitants occupés, que le réseau téléphonique a décidé de ne pas passer aujourd’hui…

Passionnante rencontre avec moi-même.
Recherche d’éloignement des pensées négatives. Appel à mes proches, pleurs. Chant à haute voix : fou la faculté de bien-être que procure la berceuse à soi-même ! Réflexions sur la suite, réalisation que finalement, peut-être que je peux vivre sans l’escalade. Mais aussi que je pourrais mourir ici. Et que la journée va être longue. Le froid s’installe à l’ombre avec l’état de choc, observation attentive de l’avancée du soleil sur cette grandiose paroi qui me domine.

11h20
Cachée entre ma doudoune, ma couverture de survie et mon bonnet, j’entends une voix. Hallucination ? Berger croisé hier dans le coin ?
Inespéré, arrive alors mon premier sauveur : Alejandro ! Les joies de la turista : un seul grimpeur n’est pas parti en falaise ce jour, le bidou détraqué. Et, qui plus est, il a eu la bonne idée de venir se balader dans le canyon ! Alerté par Henri, tandis que celui-ci poursuivra sa course vers le village, Alex viendra en courant me rejoindre, mobilisant au passage ses 3 potes embarqués dans une envolée à l’Oujdad.
Grand moment de bien-être : je ne suis plus seule, et c’est bon !!!
Alex a la bonne idée d'être pompier, il me confectionne une attelle de fortune avec les fringues, les bouts de cordelette, et, top du top, le dos du sac à dos ! Immobilisation efficace, effectuée en douceur et avec une énergie formidable : Alejandro aura aujourd’hui la palme du sourire retrouvé, du 1er homme venu me sortir de la détresse de ma solitude, des encouragements incessants pour la team que nous formons !

12h30
Ruben nous rejoint, bientôt suivi par Juanma et son compère. Emue de les savoir redescendus de « la dernière liberté », juste pour moi, pour me venir en aide, sans hésitations ni déception visible. Ils auront la palme de l’énergie espagnole et de la volonté de me soutenir encore et encore, malgré leur apparente fatigue, leur « prendre soin » sera évident et parfait.
Ils ont trouvé une pelle et un gros rondin de bois sur la route, vers le refuge : commence alors la confection d’un brancard de fortune.
Le soleil pointe son nez, ils veulent commencer la descente rapidement avant que je ne souffre de la chaleur. Les quatre espagnols, compagnons de gîte et de soirées, improvisent alors le « porté de Lulu ». Le brancard était une super idée, mais la descente est trop raide, le terrain trop friable. Je tente la technique « luge » : sur les fesses, l’un devant dégage le terrain, un autre me soutient la jambe, les deux autres sécurisent le dos et les appuis des mains… La journée s’annonce VRAIMENT longue !!!!

13h15
Trois habitants du village nous rejoignent ! Henri nous apprendra qu’il a d’abord croisé le fils de Youssef qui est allé chercher du secours, et que Youssef informé a également mobilisé ses troupes.
Ils ne semblent pas novices en matière de secours, les gaillards : ils me prennent sur le dos, l’un après l’autre, pour parcourir la section du canyon pas si évidente.
Plus nous avançons, plus la team grossit : chaque berbère, berger, grimpeur, hôte, habitant de Taghia croisé et alerté par Henri, a lâché ce qu’il était en train de faire pour venir donner son coup de main !
Ils sont bluffant d’organisation, d’attention à moi, de réflexion sur le meilleur fonctionnement tout en restant dans l’action… Ils ont une énergie rare : si ma confiance reposait instinctivement dans mes « européens » connus, ceux-ci ne peuvent que me confier à contrecœur aux berbères, épuisés d’un tel sac à dos… Et les warriors se révèleront juste hyper fiables !!! Un pas sûr (malgré les tongs ou les chaussures fatiguées !), un rythme impressionnant (je ne pense pas marcher aussi vite, même sans sac !) : trimballée de dos en dos, je m’efforce d’être un sac le plus léger possible, ne pouvant malgré tout pas m’empêcher de lâcher des cris dès que le pied effleure un rocher. La technique progresse : pendant que l’un m’a sur le dos, deux devant lui indiquent le meilleur chemin, un à droite me soutient la jambe, deux derrière soutiennent mon dos et l’équilibre de la « mule ».
C’est long, très long, mais tellement bon de les sentir aussi forts, aussi sereins, aussi attentifs.

14h
Après une pause bien méritée où le contenu de leur sac a révélé du pain à gogo, des vaches qui rit et du coca, nous passons aux choses sérieuses.
Le passage berbère, avec deux sections bien intenses cette année sans les pierres recouvrant les arbres, sera franchi aussi « facilement » que le reste ! Si moi, pauvre mortelle, j’ai besoin de me vacher et de me servir de mes deux mains pour franchir ce passage, d’habitude, eux le parcourent paisiblement malgré la charge, sécurisants et organisés comme jamais (et toujours en tongs pour certains !!!).
La suite déroule, malgré la fatigue qui s’installe chez chacun d’entre nous. Lulu épuisée de les serrer fort et de lutter contre la douleur, sauveurs épuisés de ce relai infernal, de ce terrain jamais facile.

16h15
Arrivée au village. Enfin.
Un brancard de confection locale m’attend, je m’allonge et ils vont m’installer à l’ombre. C’est le temps de la mobilisation des tous les autres habitants du village : Youssef et son père offrent le thé, la collation à toute l’équipe. Les enfants viennent m’entourer, emplis de leur douce fraîcheur. Deux dames s’approchent, une caresse sur la main, une poignée d’eau sur le front : comment se plaindre, entourée d’une telle famille ?

16h45
Henri a bouclé les bagages en 4ème vitesse, l’urgence est le soin. Chaque phrase écrite m’émeut, celle-ci n’échappe pas à la règle : je lui avais vivement suggéré de me laisser entre les mains des secours de mes assurances, pendant qu’il poursuivrait son séjour grimpant… Mais nous vivrons cette épreuve Ensemble, jusqu’au Bout.
Les gaillards reviennent un peu rassasiés : ils ont compris que la mule me provoquerait de douloureux chocs, ils se dévouent donc naturellement pour m’accompagner jusqu’à Zaouiat.
6 porteurs, qui 4 à 4 soutiennent ce brancard sur leur cou. Pourtant au soleil, je suis congelée sous ma couverture. Toujours attentifs à chaque détail, ils me mettent la tête en avant dans les montées, les pieds en avant dans les descentes. Un peu shootée par les antalgiques enfin avalés au village, totalement en hypoglycémie de toute cette énergie et ces épreuves, je divague.

19h
Zaouiat !
Arrêt, soulagement, fin de ces 6h de portage à dos d’hommes, d’Hommes, de Messieurs !!!
Ils ont organisé la venue d’une ambulance qui m’attend déjà : un véhicule aménagé pour pouvoir s’y allonger, quoi… Une pause au « centre d’accouchement » de Zaouiat semble s’imposer, je me laisse porter mais ai encore la force de refuser une auscultation (interdit de toucher à mon attèle salvatrice !!!) et la pose d’un cathéter (dur de maintenir des conditions d’hygiène potables, ici…).

22h
Urgences d’Azilal.
Retour au monde Réel.
J’ai passé la journée avec des Personnes, des Êtres, je redécouvre des Gens. Des gens qui, comme chez nous, te regardent souffrir de loin. Te laissent galérer à te mobiliser pour apaiser la douleur. Te laissent vomir par terre sans interrompre leur conversation.
Chance du soir : un traumatologue aussi professionnel qu’humain est présent, il sera notre bouffée d’oxygène de la soirée ! Valorisant le super boulot fait dans la confection de l’attèle, il diagnostiquera après des radios une fracture du plateau tibial. Une opération s’imposera mais rien d’urgent, l’apaisement s’installe.

1h30
Le doc ayant compris que notre combat avec les assurances est compliqué, il nous offre une chambre.
6 lits plus ou moins tâchés de sang, une couche de crasse impressionnante, des toilettes dans lesquelles il est impossible de pénétrer, des chats qui baladent, les rats ne doivent pas être loin…

Jeudi 11 mai 2017

7h
Après une courte nuit, Henri tente de nous trouver à boire, de récupérer l’attèle prescrite.
Les pharmacies locales ne font pas cela, nous attendons. Sensation que nous pourrions rester longtemps ici, sans voir personne, sans manger, sans boire, loin de tout dans cette atmosphère si glauque…

10h
Le médecin de l’assurance ayant enfin réussi à joindre le doc local, transfert organisé vers Marrakech dans une clinique, nous rêvons encore d’un retour en France dans la journée.

15h45
Après un trajet en ambulance mouvementé, la jambe dans une attèle en grillage et le chauffeur évitant de peu les chevaux, arrivée dans une clinique de luxe. Ouf. Propreté, suite de luxe, équipe soignante professionnelle, douce et attentive. Nouvelles radios, scanner, attèle et béquilles permettant enfin un minimum d’autonomie…

Vendredi 12 mai 2017

Après avoir squatté le canap’ de ma suite de luxe, Henri va prendre l’air de Marrakech pendant que je commence le pire combat de l’aventure : celui avec les assurances !
Un vol semble jouable demain soir, samedi à 18h. Et puis il n’est plus dispo, il va falloir voir si on ne peut pas partir sur un Casa-Paris. 2h plus tard, celui-ci ne propose pas de rapatriement non plus, un autre espoir pour un autre vol… Espoir qui s’effondre bientôt, l’assistance qui s’était mise en branle découvre que mes garanties ne couvrent pas tout ce qu’ils ont lancé ! Sollicitation d’une autre assurance, qui prendra le relai dans la recherche de vols. De coup de fil en coup de fil, d’espoir déçu en espoir déçu, forte détresse humaine dominante.
Des interlocuteurs pédants : « Mais madame, vous êtes en vacances au Maroc, ils sont adorables les marocains » ( !)
Des médecins débectants : « Nous ne pouvons imaginer de vous laisser prendre une place assise dans n’importe quel avion ! C’est une question de responsabilité, nous savons ce qui est bon pour vous : les médecins marocains qui vous ont vue et approuvent l’idée n’y connaissent rien » ( !) .
Envie de leur raconter la journée de mercredi. Envie de leur parler de ces Hommes qui ne sont pas une seconde posé la question de la responsabilité. Qui ont laissé leurs priorités, leur travail, leur survie, pour me secourir, se mettant violemment en danger. Envie de leur parler de mes dents serrées pour oublier la douleur pendant de longues heures. Certitude qu’ils ne pourront l’entendre, du haut de leurs certitudes et de leurs protocoles.
Partage fort avec Henri, qui ne peut se résoudre à partir, de cette détresse face à l’inhumanité. Ou plutôt, face au fonctionnement « normal » (si, si, la norme c’est ce que fait le plus grand nombre, ce n’est pas la logique !) tellement désespérant.
Entre deux espoirs de vols, évasion en allant manger un bout sur la place Jemaa el fna, bain de foule bruyante et colorée, esprit ailleurs.
Retour rapide à la réalité au retour : aucun vol possible avant… Dimanche ! Il paraitrait qu’il me faut 4 sièges ( !), que les compagnies rechignent à les laisser en cette saison (« c’est les beaux jours madame, les gens voyagent »). Je n’ai pas l’énergie de stagner jusqu’en octobre ( !) dans cet hôpital, nous enclenchons la seconde.
Grande concertation téléphonique avec la famille soutenante, devise du soir : « tu payes mais tu rentres ! » Faut juste que je ne me fasse pas refouler à l’aéroport, menace formulée par le médecin de l’assurance à cause des béquilles et de l’attèle. Rien à battre, rien à perdre, à 23h est édité un certif' du doc de l’hôpital qui approuve la position assise, à minuit un Ryanair matinal est toujours dispo, ça passe ou ça casse !

Samedi 13 mai 2017

4h20
Départ matinal pour l’aéroport, après cette très courte nuit, entrecoupée d’un rêve magnifique. Les gaillards de Taghia venaient me chercher en « brancard à porteur » devant la clinique ! Superbe symbole : ils ont déjà tellement marqué ce parcours, ils ont été les piliers de ce sauvetage, ils m’accompagneront jusqu’au bout…

5h10
Passage épique des contrôles de sécurité, béquilles subtilisées et nécessité d’enlever l’attèle, debout, sur un pied. Là, fille, t’as intérêt à être équilibrée et souple, sinon ils ne t’embarqueront jamais ! Pfiou ça fait sans me ramasser !

5h20
Tampon de sortie du Maroc dans le passeport, il ne peut (presque !) plus rien m’arriver d’affreux, maintenant !

6h20
Embarquement.
Discussions des hôtesses… « Madame, ti peux monter les escaliers tout seul et ti peux t’asseoir normal ? » Un peu, que je peux !!!!
Yalaaaaaaah c’est le retour à la maison !!!!

14h15

Accueil d’Henri qui touche à son tour le sol français. Grande émotion, encore. Jusqu’au bout il a été avec moi. Il a vécu avec moi, il a souffert avec moi, il a vibré avec moi.
Je ne pourrai jamais trouver les mots pour remercier tous ceux qui ont fait, de ce cauchemar, une épopée inoubliable.

19h
Besoin de coucher des mots à chaud.
Vibrations à revivre ces évènements.
Sensation de ne pas être juste dans ces mots.
Impossibilité de nommer ces émotions.
Force du partage, envie de rendre un peu de tout cet Amour qui m’a été donné.
Premier jet donc, ici pourquoi pas… Avant d’organiser la suite de ma vie, de nos vies, avec un rdv chez le chirurgien lundi pour une longue immobilisation : le temps de penser, de chercher, de créer les conditions d’un retour. Retour matériel : mobilisation des grimpeurs pour des dons de matos à ces Dieux du secours ? Retour physique également, forcément.
Ensemble.

Épisode 3 de l’Axe du mal, avec Henri, à suivre, donc !

Et photos de l'épopée bientôt en ligne, et récit aux émotions moins vives sûrement…

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