Tour des Annapurnas en famille : 1ère partie, de Bagarchap à Kagbeni
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General

activities

frequentation: crowded

condition_rating: excellent

quality: medium

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Location

Rating

T2 

heights

elevation min/max : 2222 m / 5192 m

height_diff: +6196 m / -5625 m

length_total: 111.466 km

participants

BertrandSemelet, lapinou, Agnès, Cécile (14a), Patricia, Roswitha, Moritz

route_description

Bagarchap - Pisang - Manang - Thorong La - Kagbeni

weather and conditions


Conditions exceptionnelles, grand beau limpide tout les matins, après-midi parfois brumeux ou avec cumulus mais juste une petite averse en 8 jours le soir à Kagbeni et quelques coups de tonnerre à Manang. Températures idéales pour marcher, 0° le matin, 15° à 18° durant la journée (sauf le jour du col, évidemment, mais le thermomètre n'est jamais descendu en dessous de -5°). Vent thermique marqué chaque après-midi, assez fort coté Kali Gandaki.


Sentiers larges et faciles, balisage là ou c'est nécessaire, pas de neige à part 2 ou 3 micro névés vers le Thorong La (j'ai tout fait en trail-runners).

access_comment

180km de route puis 50km de piste de KTM à Bagarchap, compter environ 10 à 12h (dont au moins 6h de piste épouvantable...)

personal comments

Le Tour des Annapurnas a certes perdu de sa sauvagerie avec la construction des pistes (jusqu'à Manang versant Marsyangdi, jusqu'à Muktinah versant Kali Gandaki) mais n'en reste pas moins l'un des treks les plus spectaculaires de l'Himalaya. De nombreux sentiers alternatifs ont désormais été tracés pour éviter la piste dont le trafic reste de toutes façons encore faible, au moins sur le versant oriental. Pour les voyageurs limités dans le temps, l'avantage des pistes est de permettre de réduire l'approche et le retour afin de faire "tenir" le circuit en 2 semaines depuis l'Europe...au prix d'insupportables parties de marteau-piqueur dans des jeeps ne dépassant guère le 10kmh !

Voyage effectué en mode famille élargie avec Cécile (14a), Arnaud (11a), Papa et maman (plus d'un siècle à eux deux déjà...), Tata Patricia et Roswitha (médecin d'expédition) sous la houlette de notre ami Moritz Steinhilber, sans doute l'un des Européens connaissant le mieux le Népal dont il a déjà trekké dans l'intégralité des 75 districts ! C'était notre 2ème voyage familial là-bas après Helambu - Gosainkund en 2014. Nous sommes plus que jamais convaincus que le Népal est la destination rêvée pour des enfants marcheurs, et d'autant plus étonnés de n'avoir croisé quasiment aucune famille tant cette fois-ci que la fois précédente...Arnaud est donc persuadé d'avoir été le seul enfant de 11 ans à avoir franchi les 5416m du Thorong cette saison...

[u]Vendredi 8/4[/u]

Arrivée à Kathmandou (via Mascate) en milieu d'après-midi après un enchainement - entamé la veille à 23h - de vols en retard et de moments de stress...mais les bagages ont miraculeusement suivi, et nous parvenons à acheter les permis de trek juste avant la fermeture des bureaux. Louée soit l'aide de notre camarade et guide Moritz qui vit une partie de l'année sur place et avait prè-organisé le voyage (jeeps, porteurs & co) pour nous. Inutile de se demander dans quelles poches part la somme rondelette qu'il faut débourser pour acheter à la fois le permis vert (TIMS - supposément un moyen de localiser les randonneurs en cas de disparition..) et le permis jaune (PN de l'Annapurna)...

Nous logeons comme il y a 2 ans dans le coeur historique de Durbar Square, celui ayant le plus souffert du tremblement de terre. Certes la plupart des pagodes sont encore debout, mais les tas de gravats de celles qui ne le sont plus n'ont manifestement pas connu le moindre coup de pelle au cours de l'année écoulée malgré les milliards promis par la communauté internationale pour la reconstruction du pays.

Comme toujours au Népal, il faut d'abord réapprendre à se passer de courant (il y en a un peu en cours d'après-midi puis de minuit à 5h du matin à l'heure ou tout le monde dort). On reprend donc l'habitude de ne jamais quitter sa frontale malgré les quelques ampoules anémiques alimentées par panneaux solaires et qui permettent à la ville de pas plonger dans le noir absolu. Pour le reste Kathmandou n'a pas trop changé, toujours aussi sale, polluée, chaotique, bruyante - bref personne ne proteste quand j'annonce un départ à 6h30 le lendemain matin (soit 2h45 à l'heure européenne...). L'idée est de dormir dès que possible à 2000m pour entamer la production de globules rouges et de commencer à marcher dès le dimanche. Nous changeons chacun un petit paquet d'Euros contre environ 1 kg de liasses de roupies avant d'avaler le 1er Daal Bhat d'une longue série et de nous allonger pour quelques heures sur les matelas douteux du Sugat Hotel (8 EUR la nuit la chambre double...).

[u]Samedi 9/4[/u]

Kathmandou (1350m) - Bagarchap / Danyagu (2200m) : 10h de route

220 kms de route entre Kathmadou et Bagarchap, le prix à payer pour avoir le droit de marcher. Les 175 permiers kms goudronnés, à la moyenne supersonique de 35kmh, donnent un instant l'illusion de parvenir à destination avant la nuit, mais les 45km de piste qui s'ensuivent nous rappellent rapidement à l'ordre. "Besi Sahar - Bagarchap : 5 to 6 hours" annonce le chauffeur de la jeep à son assistance incrédule. Une simple division aboutit au constat qu'on irait guère moins vite à pied. Les 10 premiers kms jusqu'au déjeûner à Bhulbule prennent pourtant moins d'une heure - mais la moyenne chute rapidement par la suite. Je finis par craquer : "je descend et j'y vais en courant, je remonterai quand vous m'aurez rattrapé". Bon courir est un grand mot, je trottine sur le plat et marche dans les montées...il faudra pourtant 3h45 et pas loin de 25km à la jeep pour me récupérer à la tombée de la nuit à quelques encablures du but. Pas facile ensuite de dénicher le lodge réservé à la lueur des phares...Inutile de dire qu'une journée pareille donnerait le goût de la marche aux plus indécrottables sédentaires !

[u]Dimanche 10/04[/u]

Bagarchap / Danagyu (2200m) - Chame (2700m) : 12.5km / +700m / -200m / 5h net de marche

La moitié de l'étape se déroule sur la piste mais après l'avoir expérimentée sur 4 roues la veille la parcourir à pied est un vrai bonheur (il n'y a de toutes façons quasiment aucun trafic). Il fait beau, ni chaud ni froid, les portions de sentier alternatifs sont bien balisées et souvent bucoliques, les haut sommets commencent à apparaître au loin...bref la vie est belle. Seul bémol : nous découvrons que nous partageons cette étape (et celles à venir, évidemment) avec un group de 32 (!) Israéliens...sans doute charmants individuellement (excepté ceux qui sortent de 3 ans de lavage de cerveau militaire) mais quand même pas outrageusement sympathiques en troupeau.

Capitale du district de Marsyangdi, Chame est un gros bourg somme toute agréable avec toutes les commodités qu'on peut attendre d'un chef-lieu : des lodges à foison avec un "dinner menu" aguicheur, des petites échoppes folkloriques (mention spéciale pour la "Indian Bakery" avec ses boules frites à la composition indéterminée)...et même un coiffeur ! Inutile de dire que je saute sur l'occasion : 200 roupies (1.7 Euros, j'arrondirai à 2...) pour une coupe sportive bien agréable quand on sait que le prochain shampoing n'aura peut-être lieu qu'à Pokhara dans une dizaine de jours. Chaque lodge vante son Wifi mais sitôt payé les 100 Roupies pour obtenir le code le courant a déjà disparu (et les panneaux solaires n'alimentent que les ampoules...). De toutes manières, comme notre expert Arnaud en fera l'expérience, "même avec du courant il faut 15mn pour charger une page" !

[u]Lundi 11/04[/u]

Chame (2700m) - Upper Pisang (3300m) : 16km / +800m / -170m / 5h net de marche

Etape de transition à travers une vallée toujours aussi encaissée mais commençant enfin à s'ouvrir vers les hauts sommets glaciaires du massif. 1/3 de sentiers pour 2/3 de piste mais ce sera plus ou moins la dernière fois. Lunch au lodge de Dhikur Pokhari ou nous mettrons moins d'une heure pour nous faire servir 5 plats différents, record battu...le proprio a dû faire un stage d'été au MacDo de Kathmandou ! Le ciel de l'après-midi se voile très fortement mais ce genre de ciel vaporeux, s'il limite les ambitions photographiques, se semble jamais déboucher sur de véritables orages comme dans les Alpes.

Nous optons pour dormir dans le vieux village d'Upper Pisang, situé 100m au dessus du village moderne : c'est toujours ça de pris en terme de production de globules rouges, et permet de satisfaire Arnaud qui réclame tous les jours de rallonger l'étape (sans doute dans le but d'arriver plus vite à Pokhara pour retrouver du vrai Wifi...). Ce village a vraiment bien du charme avec une vue extraordinaire sur l'Annapurna II (7925m) juste en face et surtout une vrai vie locale que la présence de 7 lodges (!) ne semble guère perturber. Nous pouvons donc nous offrir le luxe de choisir le plus petit afin d'en occuper toutes les chambres et de ne pas avoir à supporter le voisinage [u]des Israéliens[/u] des autres trekkeurs.

L'approche du Nouvel An népalais donne lieu à un grand concours de tir à l'arc ayant réuni l'ensemble des habitants (plus précisément des hommes, les femmes trimant aux champ ou cuisinant pour les trekkeurs). Le roksi (alcool de millet local) coule à flot et mieux vaut faire un large détour derrière la cible...la visite d'un joli temple bouddhiste permet de rajouter encore 100m de D+ au compteur et de s'ouvrir l'appétit pour l'orgie quotidienne de Daal Bhat, momos, veg. spring rolls et autres classiques de la gastronomie locale (enfin celle des touristes, les Népalais mangent du Daal Bhat 3 fois par jour durant la quasi totalité de leur existence).

Glossaire pour les ignares : le Daal Bhat est le plat national du pays composé de riz, soupe aux lentilles, patates, légumes verts, raifort et galette frite. Complet, nourrissant, facile à digérer...et on peut se faire resservir une 2ème fois pour le même prix ! Son prix, chaque soir un peu plus élevé, reflète d'ailleurs assez fidèlement la hausse du coût de la vie parallèle à celle de l'altitude. Une sorte de "BigMac index" himalayen, si l'on veut. Les momos seront décrit dans la prochaine leçon.

[u]Mardi 12/04[/u]

Upper Pisang (3300m) - Braga (3470m) : 20.3km / +900m / -730m / 7h net de marche

Une des étapes reines du circuit, en balcon ondulant face aux faces nord des Annapurnas, de surcroît en quasi totalité sur de bons et beaux sentiers à la limite supérieure de la forêt. Bon avec plus de 7h de marche ça commence à se mériter un peu mais le panorama est objectivement exceptionnel, même pour un vétéran himalayen comme notre camarade et guide Moritz. L'identification des différents sommets (Annapurnas II, III et IV, Gangapurna, Tilicho Peak...) donne lieu à des discussions animées où Arnaud, régulièrement plongé dans la carte, n'est pas le dernier à donner un avis souvent tranché !

Le hameau de Ghyaru (3670m) tombe a pic pour la pause de 10 heures, les chortens bariolés de drapeaux de prière tibétains semblent avoir été construits pour le bonheur des touristes photographes : il n'y a même pas à se pencher pour immortaliser un cliché "nature-culture" de mantras gravés sur fond de parois glaciaires scintillantes...et il n'y a qu'à tendre la main pour déguster d'excellents beignets aux pommes tout chauds qu'une grand-mêre entreprenante s'en vient porter sous le nez de chaque nouvel arrivant ! Elle jettera d'ailleurs des regards attendris à Cécile et Arnaud en nous gratifiant de सुखी परीबार, famille heureuse...sur le coup j'étais surtout heureux (et fier !) d'avoir compris ce qu'elle me disait. Le mois de bachotage, écouteurs vissés sur les oreilles, afin de rafraîchir mes souvenirs de népalais n'avait donc pas été totalement vain.

Le suite du trajet donne lieu au 1er clash du séjour avec un groupe de rastas israéliens ayant décidé de faire entendre loin à la ronde le rap sortant des haut-parleurs fixés sur leurs sacs à dos. Bon au final nous les recroiserons le lendemain, désormais sans musique, et nous réviserons nos jugements un peu définitifs en discutant avec eux : 3 Palestiniens au comportement certes un peu décalé mais que nous trouverons au final presque attendrissants en les écoutant raconter leur quotidien de semi-apatride dans l'Israël actuel (ou il leur est interdit de se marier avec une autochtone sans être dispensés d'armée pour autant !).

Repas de midi au beau village de Ngawal (potato curry and veg macaroni, pour changer) avant une longue après-midi poussiéreuse, à nouveau sur la piste pour les 4 derniers kms. Le tout sous un ciel de plus en plus brumeux et un vent de plus en plus violent - "c'est surement toute la merde de l'Inde du Nord qui remonte jusqu'ici" selon Moritz...On se console par une descente baffratoire à l'excellente "German Bakery" du village (cinamon rolls XXL + fromage de yak pour le picnic du lendemain). Avant de coloniser à nous 7 la totalité du charmant "Ice Lake Lodge", et ce pour 2 nuits puisque la balade du lendemain est en AR. En tous cas tout le monde a magnifiquement marché malgré la longueur de l'étape - pour une fois Arnaud n'a pas demandé de continuer !

[u]Mercredi 13/04[/u]

Braga (3470m) - Ice Lake (4640) - Bosse anonyme:(4860m) - Braga : 15.7km / +1375m / -1375m / 7h net de marche

Cette balade d'acclimatation jusqu'à un lac d'altitude est décrite par la littérature autorisée comme "most demanding" et autre "hardest day outing" de la région de Manang. Il s'agit d'une part de parfaire l'acclimatation pour ne pas arriver trop tôt au Thorong La, d'autre part d'accéder à l'un des plus beaux belvédères de la vallée, ce qui n'est pas peu dire. Le vieux village de Braga, l'un des plus pittoresques du circuit, est à moitié ruiné mais rappelle furieusement Tintin au Tibet avec ses toits plats couverts de bois, ses pitons rocheux prêts à s'abattre sur les maisons, et sa densité au mètre carré de chortens et drapeaux de prière.

Nos 3 porteurs, pourtant dispensés de travail aujourd'hui, ont tenu à nous accompagner...comme leur religion (église évangélique, chose éminamment exotique au Népal...) "leur interdit de boire et de jouer aux cartes, ils ont eu peur de trop s'ennuyer" nous explique Moritz. Le sentier - par ailleurs débonnaire - dessine ensuite une quantité infinie de lacets jusqu'au lac dans un cadre à couper le souffle (à tous les sens du terme, d'ailleurs). Le passage des 4000m (une 1ère pour Roswitha) est salué à sa juste valeur...4h20 de montée pour 1150m, score finalement honorable à cette altitude. Et 3 Daffalgan quand même, soyons honnêtes. Heureusement que la nuit à 4500m n'est que 3 jours plus tard.

Casse-croute à l'abri du vent frisquet dans les ruines d'une bergerie. C'est la 1ère et la dernière fois que nous ferons une entorse au régime resto matin, midi et soir - du coup Agnès a soigné les choses avec un picnic pur terroir version multiculturelle : pain local au sésame, fromage de yak, mais aussi saucisson bernois à la noisette et parmesan ramenés de la maison. Les éléments les plus motivés du groupe (Agnès et moi) proposent évidemment de rallonger la sauce en montant sur la petite butte dominant le lac, mais l'enthousiasme des troupes reste timide. Nous attaquons donc cette petite promenade digestive, sous un ciel menaçant et des rafales de plus en plus insistantes, à 4 avec Patricia et notre fidèle Purna, trop consciencieux pour laisser ses clients sans surveillance. L'espoir secret est évidemment de dépasser les 5000m, mais ce satané GPS refusera d'aller au delà des 4860m.

Retour accéléré au lodge sous un ciel d'encre avec même quelques coups de tonnerre et quelques gouttes. Sans omettre évidemment de ramener un sac d'escargots à la cannelle de la boulangerie, histoire d'accompagner le thé à la menthe + roksi de 17h. Je réussis même à prendre une douche artisanale au seau. La dernière avant pas mal de jours avouons le. Bon on reste loin des 19 jours sans se laver de l'expédition au Mera Peak 15 ans plus tôt. Bref on est comme tout le monde, on s'embourgeoise avec le passage des années.

Avantage du confort des lodges : la leçon de népalais quotidenne avec Moritz et Nabin est quand même plus pratique autour d'une table qu'accroupis sous une tente. Il s'agit de passer en revue chacun des 500 mots de mon carnet de vocabulaire pour savoir si le Népalais de la rue parle vraiment comme ça ou si le vocable n'existe plus que dans les vieux dictionnaires. Cela donne lieu parfois à des débats assez byzantins...

  • (moi) : आदर, c'est bien l'honneur, hein ?
  • (Moritz) : oui, mais c'est d'origine persane, la plupart des gens ne saura pas ce que ça veut dire
  • (Nabin) : हजुर (oui monsieur)
  • (moi) : oui quoi, c'est comme ça qu'on dit ou non ?
  • (Nabin) : हजुर (oui monsieur)
  • (Moritz) : ach, Bertrand, vergiss mal das...prochain mot ?

[u]Jeudi 14/04[/u]

Braga (3470m) - Manang (3540) - Yak Kharka :(4050m) : 12.6km / +630m / -50m / 4h50 net de marche

La piste s'arrête - pour l'instant - à Manang, le pendant local de Namche Bazar en pays sherpa. Innombrables lodges et échoppes, une poignée de boulangeries (german, what else)...et même 2 cinémas (!). Bref le patelin est plutôt sympa quoique fourmillant bien sûr de gringos. C'est aussi le point de départ de la vallée de Tilicho, une variante plus sauvage du Tour classique des Annapurnas mais qui demande de camper et même de transporter un bout de corde pour franchir un col un peu scabreux. L'équipe de Maurice Herzog y avait connu sa 1ère grosse désillusion sur place en réalisant que, au contraire de ce que laissaient penser les vagues cartes de l'époque, une immense barrière à 7000m séparait le fond de la vallée du sommet principal de l'Annapurna...

Nos désillusions à nous sont certes moins importantes, mais assombrissent quand même l'humeur du moment. D'abord les prévisions météo, glanées par Moritz auprès d'une collègue de Kathmandou via SMS, ne sont guère encourageantes : le grand beau nous ayant accompagné depuis le départ devrait faire place à un climat bien plus instable, évidemment au moment crucial du passage du col. Enfin et surtout Cécile est tombée malade. Une bonne gastro qui la voit arriver au lodge suivant 1h après nous, tordue de douleur au bras d'Agnès et en larmes. Pas terrible pour une 1ère nuit à 4000m.

A part ça l'environnement est de plus en plus aride, la vallée étant désormais totalement abritée de l'humidité du sud par le massif des Annapurnas qui arrête une bonne partie de la mousson. Sauf quand celle-ci refuse d'obtempérer et que la colère de Shiva franchit les sommets comme lors de la tempête de 2014 (1m50 de neige en 10 heures, 50 morts...). Le chemin ondule sur la rive gauche, il est toujours large et excellent, ce serait un terrain rêvé pour le trail s'il n'était pas situé à 4000m...nous serons quand même doublés par un jeune couple suisse-allemand en VTT ! C'est beau d'être jeune. Bon c'est vrai qu'ils avaient aussi des porteurs.

Yak Kharka = prairie des yaks en népali. Le coté sympa, c'est qu'il y en a effectivement partout et qu'on se régale à les photographier, de préférence sur fond de chorten ou de haut sommet enneigé. Le bémol c'est que le lodge spartiate que Moritz nous a dégotté afin d'être seuls est chauffé exclusivement à la bouse séchée produite localement. Autant savoir que comme combustible on a depuis inventé beaucoup mieux. Bref c'est en doudoune et regroupés à 30cm d'un poêle tiédasse que nous dégustons (façon de parler, c'est quand même pas terrible) le roksi (chaud) de 17h et le Daal Baht de 19h avant d'aller nous mettre sous les couvertures. Cécile refuse d'avaler quoique ce soit et son état commence a me nouer sérieusement le ventre à moi aussi, à l'avant-veille du passage du col à 5400m.

[u]Vendredi 15/04[/u]

Yak Kharka :(4050m) - Thorong Phedi (4540m) : 8km / +600m / -100m / 3h50 net de marche

C'est l'étape la plus courte du circuit afin de ne pas brûler les étapes de l'acclimatation. Le sentier continue à onduler dans cette interminable vallée désséchée, seuls quelques tea-shops occasionnels rompent un peu la monotonie. Cécile va un peu mieux mais ne mange toujours quasiment rien...les bonnes surprises de la 1/2 journée (nous arrivons vers midi) se limiteront donc à la météo (toujours grand beau malgré les prévisions) et au confort étonnant du grand lodge de Thorong Phedi : double vitrage, température presque agréable, musique et TV (indiennes les deux...), cuisine débitant en continu des plats tout à fait goûteux, il y a même une guitare...

Moritz, resté un peu sur sa faim, profite du soleil pour un AR express au col (!) afin de reconnaitre les conditions (excellentes : quasiment plus de neige). Le couple de VTTistes est également là, Matthias pousse même la galanterie jusqu'à effectuer la dépose du vélo de sa copine au "High Camp" 350m plus haut - il n'est évidemment plus question de pédaler entre Thorong Phedi et le Thorong La. "Tu aurais fait ça pour moi, chéri ?" me demande Agnès...humm, pas sûr en fait !

Tout le monde ne profite pas de l'après-midi de farniente de la même façon, par contre : sitôt répandue la nouvelle de la présence d'un médecin, Roswitha voit affluer sur elle toute une cohorte de trekkeurs affectés de divers bobos...l'un d'entre eux a même réussi à se luxer un doigt en réglant son baton...Cécile parvient à avaler un peu de riz et à retrouver un vague sourire, un guide népalais tient du coup à nous prendre en photo comme emblème d'une "happy family" - happy on verra ça demain soir.

[u]Samedi 16/04[/u]

Thorong Phedi (4540m) - Thorong La (5416m) - Muktinath (3700m) : 16.5km / +960m / -1760m / 7h50 net de marche

La journée commence tôt. Et mal. Il est environ 1h du matin quand Cécile débarque dans notre chambre, à nouveau en larmes. La gastro semble terminée mais elle se plaint maintenant d'une violente migraine. Le trek commence à sentir sérieusement le roussi. Difficile d'oser monter à plus de 5000m dans ces conditions. En violation de la Convention de Genève, je déclare donc la guerre chimique totale : Ibuprofène + aspirine + paracétamol + diamox, le tout à bonne dose. Il y en aura bien un dans le tas pour faire de l'effet. J'ai déjà testé sur moi ce cocktail détonnant avec un certain succès...elle part se recoucher et ne se plaindra plus jamais de maux de crâne durant le reste du circuit. Elle franchira même le col sans le moindre souci. Il y a des moments ou il faut savoir composer avec l'éthique.

Nouveau réveil - pour de bon celui-là - à 4h45 et départ à 6h. Autant dire que nous sommes les derniers ! Toujours du grand beau temps avec juste en dessous de 0° au départ, nous sommes vraiment vernis. Heureusement qu'Arnaud avait scrupuleusement fait tourner chaque moulin à prière ! Le paysage minéral évoque un peu l'Atacama avec des moraines orangées jaillissant d'une lumière crue, le souffle est certes court mais le chemin débonnaire, il suffit simplement de trouver un rythme suffisamment lent pour ne pas devoir s'arrêter. Bref tout le monde arrive en haut 4h après le départ, sans souci particulier.

Le vent pinçant oblige quand même à sortir les doudounes pour l'incontournable photo de groupe devant le panneau du col affichant fièrement ses 5416m, à moitié noyé sous un océan de drapeaux de prière. Il y a même une buvette (!), sombre et glacée, servant le thé le plus cher du massif, mais dont les murs permettent de s'abriter du vent. Roswitha doit quand même se fendre d'une rapide consultation (et lâcher quelques comprimés) auprès d'une randonneuse hollandaise en train de démarrer un oedème cérébral - malade au lodge, elle avait quand même tenu à forcer le passage du col en louant une mule...no comment.

C'est avec un certain soulagement que nous entamons la longue descente, le plus dur est désormais derrière nous et plus rien ne devrait nous empêcher d'arriver à Pokhara dans 5 jours. Arnaud trépigne déjà à l'idée de retrouver un vrai Wifi. Moritz n'ose pas le décourager en lui expliquant qu'il n'y a pas plus de courant là-bas qu'à Kathmandou...Pour le reste c'est l'ordinaire des descentes himalayennes, la température remonte progressivement en même temps que les prix du "Thulo Pot" (grand thermos) de masala-tea diminuent, le pas se fait plus alerte, les couches de vêtement tombent les unes après les autres...

Et l'appétit revient (bon il n'était jamais vraiment parti...). Déjeuner tardif mais conséquent à Chawari Phedi (4150m) où nous retrouvons nos porteurs. Inutile de préciser que les 3 marchent sans difficulté à notre rythme avec ces petites charges de 25kg. Les portages privés (livraisons) ou commerciaux (pour des agences moins regardantes que Moritz) dépassent parfois les 40kg...1h30 de marche plus loin nous débarquons à Mukhtinath, haut lieu de pélerinage hindou, et terminus de la piste carrossable sur le versant occidental du col.

Excepté son joli temple, le patelin n'est qu'un ramassis poussiéreux et désordonné de blocs de béton inachevés faisant office soit d'hotels soit d'échoppes de bondieuseries hindouistes ou tibétaines. S'y loger n'est pas bien compliqué, le jeu consiste à nouveau à identifier le plus petit établissement encore vide pour le coloniser en intégralité à nous 7. Le "Moonland" sera sans doute le plus miteux du séjour mais, o miracle, une brève fenêtre conjuguée de Wifi et de courant permettra de rassurer nos proches. Cécile avalera tout un plat de momos ce soir. Bref la vie est belle. Fier de ma poussinette sur ce coup là, le Thorong La après 2 jours de quasi-jeune, et sans la moindre plainte, il fallait le faire !

[u]Dimanche 17/04[/u]

Muktinath (3700m) - Dzong - Kagbeni (2850m) : 12.7km / +130m / -1000m / 4h net de marche

Nous sommes désormais au Mustang. Le paysage semi-désertique est devenu minéral et austère, on se croirait au Ladakh ou au Zanskar. Le vent thermique se lève avec une régularité d'horloge sur les coups de 10h pour remonter violemment la profonde vallée de la Kali Gandaki. Pas de chance, nous on doit la descendre durant 70 kms. En d'autres termes on l'a dans la figure. Bon on fera l'essentiel en jeep le lendemain, donc chacun visse sa casquette sur sa tête et marche stoïquement dans les rafales de poussière en rêvant de l'étape du soir. Le phénomène est lié au caractère très encaissé de la Kali Gandaki, incroyable coup de sabre séparant les massifs de l'Annapurna et du Daulaghiri dont les sommets dominent le lit du torrent de près de 6000m : l'air chaud de la plaine indienne est appelé vers les hauts plateaux glacés du Tibet et force le passage à travers ce boyau étroit.

Nous faisons un petit crochet par le joli village de Dzong pour limiter la marche sur la piste mais on est forcés de l'emprunter ensuite jusqu'à l'arrivée. Cela dit le trafic est quasi inexistant, tout au plus quelques jeeps bourrées de pélerins indiens bien nourris (jamais moins de 10 individus par véhicule, rarement moins de 100kg par individu...allez j'en rajoute un peu !). L'arrivée à Kabeni est une véritable délivrance : c'est peut-être le plus beau village du circuit, une oasis posée au fond d'une large vallée alluviale, un lacis de ruelles étroites qui coupent le vent, de jolis maisons, plein de petites boutiques dont un café patisserie servant de véritables expressos (les 1ers depuis Kathmandou) et de succulents beignets aux pommes.

Et bien sûr des moulins à prière à ne plus savoir qu'en faire. Seul anomalie : nous avons beau compter et recompter, la place centrale en compte 110 alignés au lieu des 108 attendus (chiffre sacré du nombre de réincarnations nécessaires pour le nirvana, ou quelque chose comme ça). Est-ce pour ça que la 1ère - petite - averse du séjour tombera le soir même ?

L'après-midi s'écoule d'abord à se dépoussiérer : lessive, rasage, douche au seau d'eau...puis les effectifs se séparent dans le strict respect du théorème de Bourdieu : les dames du groupe partent compléter leur collection d'artisanat pseudo tibétain pendant que Moritz et moi tentons de négocier, non sans mal, la jeep du lendemain matin pour Jomsom. C'est finalement notre logeuse qui nous dénichera un véhicule pour 3600 roupies (30 Euros) les 10 permiers kms. A nous de nous débrouiller ensuite pour les 60kms suivants en aval de Jomsom...Nous écluserons une bouteille de calva artisanal à 6 pour fêter ce nouveau succès.

La suite au prochain épisode !

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