Sano Chekigo - Traversée Rolwaling / Khumbu : J8 -J14 Ascension
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Les étapes précédentes sont ici

Jeudi 23 octobre: Na (4200m) - camp de base (4900m) 5h à 7h

Nous revenons sur nos pas de la veille, à la recherche du fameux sentier en traversée qui nous évitera de redescendre jusqu'à Beding pour remonter au camp de base. Nanard et Chéri-chéri ont perdu: ils ont certes trouvé un raccourci mais celui-ci descend jusqu'au village. Un peu plus loin, Kumar attend, assis sur un bloc, un sourire paisible sur le coin des lèvres. Il a déniché l'itinéraire; une sente quasiment invisible d'une trentaine de centimètres de large, camouflée par de hautes herbes (4050m).

L'itinéraire met à mal ma technique. Je franchis un torrent gelé en baskets, à quatre pattes. Plus tenue par le sac à dos par Chéri-chéri et par la main par Kumar que par mon orgueil. S'ensuit une lente - donc longue - remontée dans une steppe roussie entre des dalles rocheuses, puis dans un pierrier glissant. Les nuages remontent du fond de la vallée. Je vais de cairns en cairns, soigneusement confectionnés par Bikram, sans trop anticiper, poursuivie par le brouillard. Subitement, au sommet d'une croupe rocailleuse, sourdent les tentes du camp de base, à l'aplomb d'une barre rocheuse. "Subitement"... tout est relatif ; ça fait 7h que je marche.

Le froid nous saisit. Nanard et moi avons des airs de Pieds Nickelés avec nos vêtements en duvet sur mesure. Le résultat du sur mesure est intimement lié au degré d'alcoolémie lors de la prise de mesures. Et les vins chauds offerts par l'office du tourisme de La Grave pendant les Rencontres Expé Himalaya ont parfois quelque effet fâcheux de ce point de vue. Nanard a un pantalon en duvet feu de plancher. Avoir chaud aux burnes ou aux pieds, il faut choisir. Ce qui ne l'empêche pas de se foutre allègrement de ma gueule dans mon costume de Bibendum gonflée à l'oie pyrénéenne. Avoir une Roro sexy ou une Roro chaude, il faut choisir. Et contrairement aux apparences, outre que les deux ne sont pas équivalents, Nanard aura toujours une Roro qui râle. Mais quand Nanard, comme tous les soirs, adapte Le port de la mer de glace en solo théâtral - question bouffe et alcool, nous ne sommes pas loin de faire concurrence à l'auteur - Roro roucoule.

Avarie matérielle : aucune, grâce au froid qui, fort heureusement, a gelé le contenant des boites à pipi, me prévenant ainsi de toute maladresse.

Vendredi 24 octobre : Resting day, camp de base

Je suis très vexée des quolibets de mes camarades. Aussi, pour leur prouver que je suis plus sexy que madame Bibendum, je m'épile les mollets au soleil et tente de les amadouer en accrochant mes sous-vêtements lessivés à toutes les ficelles qui trainent.

Nous discutons des scénarios d'ascension. Chéri-chéri propose que, dans la face, nous nous encordions sur un seul brin en double et que nous progressions par des longueurs de 25m afin de limiter la fatigue du leader et l'attente dans le froid des seconds. Nous en sommes d'accord. [Dites, il s'encorde où Bikram? Bikram il s'encorde pas; on l'a oublié mais trois ans plus tard personne ne s'en était encore aperçu].

Bikram, Kumar et Samir sont partis effectuer une dépose de matériel à C1. Leur périple s'étire plus que prévu. Ils nous racontent avoir voulu tracer tout droit et s'être heurté à une grande crevasse dont le contournement fut fort long. Le col était très venté. Kumar décrète qu'il se repose demain. Bikram a les yeux d'un yak albinos. Samir a la la tête comme un chapati et les pieds façon cornet miko, mais il rigole toujours. Nous révisons nos scénarios. Aucun de ceux prévus ne se dessine et nous passons au plan Z.

Chaises musicales du matériel : j'ai donnée ma doudoune sans manche sur mesure à Chéri-chéri, qui m'a donné sa doudoune sans manche pas sur mesure, que j'ai donnée à Samir.

Samedi 25 octobre : Deposit, retour au camp de base

"Left, left!" s'écrie Bikram, s'apercevant que mes compagnons sont passés du mauvais côté du shorten. Nous quittons le camp en ordre dispersé. Je louvoie dans le pierrier paumatoire entre les cairns des uns des autres. Les uns n'ayant pas pris le même itinéraire que les autres, ma progression est terriblement efficace - nonobstant son caractère déjà naturellement très efficace. 1h30 pour faire 200m de dénivelé avec une charge de 8kg; je suis en pleine forme. Je dépose mon sac à l'attaque du glacier et me dore au soleil pendant que Nanard et Chéri-chéri rectifient un peu la trace sur le glacier. Hier, nos amis népalais ont joué aux autrichiens: dré dans le pentu, qui s'avère être également la zone du glacier la plus fracturée alors qu'une pente douce et sans chaos se présente sur la droite.

Nous redescendons au camp de base après cette dépose de matériel. La tente est une fournaise au soleil mais le fond de la vallée est envahi de nuages. Depuis hier, la barre nuageuse sur l'horizon est de plus en plus dense. Aurons nous les joies du brouillard pour monter à C1? Pas de panique, le scénario B, volume 3 chapitre 12 a été envisagé. Nanard a décroché un gracieux sponsoring de rubalise par la DDE et Bikram a ramassé des tiges de bambou pendant le trek pour jalonner l'itinéraire.

A notre retour nous discutons avec Brikram de l'intelligence toute relative de sa trace; en français pour ne pas remettre en question son autorité sur le reste de l'équipe qui nous entoure. Bikram ne voit aucun problème : le moyen le plus adapté de relier deux points est la ligne droite, même si elle descend au fond d'une crevasse.

Dimanche 26 octobre : Camp de base (4900m) - C1 (5585m) 7h

Bikram a allumé un petit feu de fleurs et d'herbes séchées pour la Puja. Nous faisons trois fois le tour du chorten que Tek a reconstruit hier, les drapeaux fixés dans l'alignement du Chekigo. Un petit Om, puis Bikram demande pardon pour notre incursion en ces lieux sacrés. Nous jetons des grains de riz et en gardons quelques uns dans notre poche. Bouddha a survécu avec moins que ça. Et nous pourrons toujours les rajouter dans nos lyophs, me dis-je. Ce n'est pas que je ne pense qu'à bouffer (quoique) mais la Puja (à jeun, comme le veut la tradition) ça creuse.

Tu sais Bkiram, vu le rythme auquel vous marchez il est inutile que vous partiez avant nous. Oui, oui, me répond-t-il. Sur quoi, Bikram, Kumar et Samir quittent en premier le camp. Chéri-chéri monte à vide jusqu'à l'attaque du glacier. Samir lui porte son sac et m'a proposé de prendre également le mien. Tu m'as bien regardé?! Oui et c'est sans doute la raison de sa proposition. Je découvre que la contrepartie de l'orgueil est la solitude : je me retrouve rapidement seule dans ce dédale qui me semble plus éprouvant que la veille. Pierre qui roule, Rozenn qui glisse.

Je suis d'humeur... Tu tires la gueule ma Roro [Nanard, souriant]. Je suis d'humeur maussade. J'en ai marre d'être tout le temps la dernière. Allez ma Roro, passe devant [Nanard, toujours souriant]. Evidemment, mon rythme est insupportable pour Nanard et Chéri-Chéri qui font du fractionné à un bout de la corde lorsque je fais de l'endurance à l'autre bout.

Je parviens épuisée au camp et m'effondre dans la tente, incapable de faire quoi que ce soit et surtout pas cette tâche si réjouissante de faire fondre la neige pendant des heures. Chéri-chéri s'en charge. Nous organisons la tente un peu étroite. A chaque temps mort je m'effondre. Les magrets de canard séchés me revigorent. Nanard nous fait passer son jambon sec, tellement mou que nous finissons par le déchiqueter à la scie. Je perce mon lyoph en le remuant avec une fourchette : j'ai bien fait de prendre un plat en sauce. Extinction des feux au dessus d'une mer de nuage.

Lundi 27 octobre : But!

Mêmes acteurs mais changement de rôles. Chéri-chéri a mal au crâne. Il se sent patraque et est inquiet d'avoir pissé trois gouttes cette nuit - et encore j'y ai mis du mien, ma boite à pipi était pleine. Je m'acquitte de la corvée de flotte. La tente et les duvets sont constellés de givre. Les gourdes pourtant rangées dans les chaussons ont gelé. Le soleil tarde à venir nous réchauffer.

Nanard et Bikram sont partis un peu plus tôt. Nous remontons leur trace en direction du col où s'ouvre l'époustouflante perspective d'un Tibet minéral et enneigé, de longues langues glaciaires dégueulant dans des lacs. Nous les rejoignons sur un replat, avant que l'arête ne s'effile et se redresse. Là j'y crains décrète mon Nanard-de-poche-de-compèt-à-manivelle pour nous signifier sa décision d'en rester là. Mon Nanard me fait mal au Bescherelle mais tout n'est pas faux.

Il a beaucoup neigé cet automne. Des crevasses que Bikram avait vu béantes en 2004 sont cette années bouchées. La face est elle aussi très différente : les ice flutes sont peu marqués, des zones en glace sont visibles, laissant penser que la pente dépasse les 60°, maximum que nous nous étions fixés. Mais surtout, ce manteau neigeux ne s'est manifestement pas stabilisé. De nombreuses pentes sont plaquées dans diverses orientations. Déjà la veille, dans le raidillon précédent le camp, l'instinct plus que la lucidité m'avait fait râler dans ma torpeur : "trace de merde dans une neige de merde!". Neige plaquée sur 10cm posée sur une neige sans cohésion. Ce matin, un départ ancien spontané est nettement visible dans la face. Les clignotants sont au rouge mais difficile d'en rester là. J'avance en traversée, versant tibétain. Les shadoks pompent et Roro creuse : une plaque d'une dizaine de centimètres recouvre du sucre glace sur une épaisseur indéterminée mais conséquente. Adjugé.

Nous redescendons vers le col pour outrepasser les autorisations légales et faire une petite incursion au Tibet. Nous avons désormais le temps pour nous promener... Je m'engage dans la pente quand tout à coup Chéri-chéri me rejoint sur une plaque dure. Woumpfffffffff. Je me retourne, le piolet fermement agrippé (il est parfois des réflexes bien futiles, on se demande quelle serait son utilité dans une avalanche). Ca part ? Ca part pas..? Ca part pas. Nous sommes confortés dans notre choix de renoncer. Nous remontons nous poser le cul au col et jouir visuellement du paysage, seule activité véritablement raisonnable avec la sieste au soleil du camp. Nous décidons de rester dormir en altitude afin de profiter de notre paisible ilot flottant au dessus de la mer de nuages.

Bikram ne comprend pas grand chose à la situation et avoue avoir entendu des Woumpfffffffff à plusieurs reprises lorsqu'il traçait la veille. Je tente un résumé de Oui-oui à la neige en réalisant une coupe du manteau. C'est [oui, oui] mais finalement la poupée (quoi, j'ai pas le droit de me rincer l'oeil?) fait[non, non, non, non, non, non ] : Bikram est convaincu qu'il n'y a aucun danger, pour preuve il est passé deux fois dans la trace et il n'y a eu aucun problème.

Avarie matériel : tant que je gagne, je joue ; j'ai à nouveau percé mon lyoph avec ma fourchette.

Mardi 28 octobre : C1-camp de base

Nuit a été très ventée. La neige fouettait avec violence la paroi de la tente. Trop préoccupée par la solidité de notre abri pour dormir, j'ai réveillé Chéri-chéri - autant partager les insomnies. Toit et double-toit ont-il bien été solidarisés? Chéri-chéri a répondu positivement - un bon mensonge vaut mieux qu'une sortie nocturne dans le mauvais glacial - et s'est rendormi. Dans sa tente, Nanard se posait un peu les mêmes questions que moi. Quelle quantité de neige est transportée par le vent? Quels sont les risques pour notre camp sous une pente plaquée, au pied duquel j'ai intelligemment fait un trou pour ma cuisante démonstration de Oui-oui à la neige.

Le sommeil de Chéri-chéri ne lui a pas assuré une polyvalence particulièrement marquée au réveil : ce matin, téter son tube de lait concentré et faire fondre de la neige sont deux actions qu'il peine à réaliser simultanément, faisant tomber à plusieurs reprises la casserole en équilibre instable au-dessus d'un réchaud inefficace au possible.

Chéri-chéri et moi quittons le camp en dernier. Nous sommes tristes. Renoncer est difficile. Nous louvoyons sur le glacier pour étirer le temps sur la montagne. Au pied du glacier, Kumar nous attend avec une théière encore bouillante de Lemon Juice. Une fois rentrés au camp, nous sentons une sourde tension peser. Notre échec est-il celui de Bikram que le reste de l'équipe imagine peut-être être notre chef...? A-t-il perdu en crédibilité?

Mercredi 29 octobre : Camp de base (4900m) - Na (4200m) - 4h

Nous sommes de retour au lodge de Na devant lequel sèchent des radis rappés sur de grandes bâches et, un peu plus bas, des bouses de yak. J'éponge ma déception dans le Jurançon et le foie gras de mon anniversaire

Suite et fin : http://www.camptocamp.org/outings/313824/fr/sano-chekigo-traversee-rolwaling-khumbu-j15-j20-na-lukla-par-le-trashi-lapsa

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