Pointe de la Porte d'Église : Versant N de l'Épaule W - depuis Gleyzin
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Pointe de la Porte d'Église : Versant N de l'Épaule W - depuis Gleyzin
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Elevation profile

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Licence

General

activities

frequentation: quiet

condition_rating: awful

quality: medium

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Rating

3.1
PD+

heights

elevation min/max : 1056 m / 2629 m

elevation_access: 1090 m

height_diff: +1590 m / -1590 m

length_total: 8.929 km

Access

access_condition: snowy

hut_status: open_non_guarded

snow

elevation_up_snow: 1090 m

elevation_down_snow: 1090 m

weather and conditions


Mer de nuage, beau au dessus très froid avec vent modéré


Enneigement

Jusqu'au refuge de l’Oule :

5 cm de neige fraiche agréable à skier sur fond dur.
Chemin bien enneigé mis à part 2-3 cailloux. On chausse/déchausse deux virages après le parking (100m linéaire)

Au dessus du refuge

Dans les fonds de vallon abrités 3 à 5 cm de neige légère généralement sur fond dur.
Sur tous les versants exposés aux vents du N et E, toutes la neige récente a été transportée : on trouve des accumulations parfois significatives, ailleurs vieille croute plus ou moins portante parfois vitrifiée (principalement à l'approche des cols.

Stabilité

J'ai déclenché une petite plaque vers 2250m de neige récente accumulée derrière une bosse, 40cm à la cassure sur 100m de large en exposition NW, pente max (très) localement à 43°, le plan de glissement se trouvait entre 2 croûtes de glace (la première croûte 1à2 cm d'épaisseur est partie avec la plaque). Voir détail de l'incident dans les commentaires ci-dessous.

access_comment

Route de Gleyzin enneigée, ca passe limite sans pneu neige avec la pad-mobile

hut_comment

Refuge fort agréable. Attention il n'y a pas beaucoup de couverture (10 à 15)

personal comments

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Ce n’est pas la sortie du siècle ! Neige globalement bien pourrie, grand froid, une avalanche...
En même temps quelle idée d'aller en versant N par grand froid ! Ca nous apprendra à improviser à la dernière minute...
Mis a part ça, quasi solitude dans le vallon mis à part un groupe de 4 skieurs qui a doublé à la montée et un groupe de 18 glaciairistes fort sympa qui ont dormi au refuge avec nous. Et puis aussi des paysages magnifiques avec une mer de nuage.

Le lendemain, ce fut plus tranquille pour un petit Tour du Charmet de l'Aiguille par les cols du Gleyzin et de Comberousse

Quelques photos par ici

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L'avalanche

Il fait très froid, un vent glacial n'incite pas à la pause et à ouvrir la carte, on monte au jugé vers l'objectif dans un relief formé de vallonnements successifs... Pour sortir d'un de ces vallons on se retrouve à devoir franchir un dorsale par une pente d'environ 30m de dénivelé à 30-35° de moyenne (localement plus) située sous le vent. Il y a de grosses accumulations dans le fond du vallon, la pente est recouverte de neige fraiche difficile d'évaluer sa nature du bas.
Avant d'attaquer la première traversée pour affronter cette petite pente, on prend des distances, une fois dans la pente, elle me semble saine (5-10 cm de neige fraiche à faible cohésion et mes skis portes sur la sous-couche dure) par contre sous la crête de la dorsale la neige change de nature : on distingue nettement une accumulation de neige. J'hésite un instant avant de m'engager sur l'accumulation : j'évalue la trajectoire de l'avalanche en cas de déclenchement, la position du reste du groupe ainsi que l'alternative consistant à modifier la trace pour contourner cette plaque. Et finalement je pose un ski sur l'accumulation le charge, et ca craque...
Je suis très rapidement déséquilibré, je descends relativement lentement (la pente est autour de 30°-35°) la tête avant, pas grand chose à faire, je gesticule autant que possible pour garder la tête dehors, ca s’arrête, je suis allongé sur le ventre, la tête vers le bas, j'ai la tête et les épaules dehors ainsi qu'un bras de libres mais les 30-40 cm qui me recouvrent m’immobilisent. Guillaume aura vite fait de me dégager en quelques coups de pelles. Seul cela aurait été une autre affaire !
Bref tout se finit bien, on continue jusqu'au col, en évitant soigneusement les accumulations...

Données objectives

Voir sur la [url=http://www.camptocamp.org/map?zoom=10&lat=45.30743&lon=6.13465&layerNodes=outings&bgLayer=ign_map]carte [/url]la localisation de l'avalanche : c'est le petit triangle au centre de la carte, le trait vers le bas entre 2270m et 2250m c'est la trajectoire sur laquelle j'ai été emporté.
La plaque se trouvait vers 2250m, elle était formée de neige récente accumulée derrière une bosse en exposition NW. Il avait neigé 3 à 5cm par vent fort et température froide. La cassure était de 40 cm max sur 100m de large, j'estime que l'accumulation mesurait 5m (peut-être 10m?) en hauteur. La pente max était localement de 43° au point le plus raide. Le plan de glissement se trouvait entre 2 croutes de glace (la première croute de 1 à 2 cm d'épaisseur est partie avec la plaque).
Dans la zone de dépôt, on a pu relever jusqu'à 1 m d'épaisseur. Devant la zone de dépôt formée de blocs on pouvait remarquer la zone de dépôt de la neige sans cohésion poussée par l'avalanche.
Le BRA du 38 annonçait :
[i]Au-dessus de 2400m environ : RISQUE LIMITE, NIVEAU 2,
Plus bas que 2400m environ : RISQUE FAIBLE, NIVEAU 1.
[...]
Il n'est tombé que 2/3 cm de fraîche de Belledonne au Vercors.
[...]
Vers les sommets des plus hauts massifs, avec le vent de Nord à Est, de petites plaques superficielles se sont récemment formées. Celles-ci peuvent céder au passage d'une personne. Elles seront de faible ampleur mais peuvent bousculer un skieur. Attention aux passages exposés. Pour information, dans les pentes froides de haute montagne, au delà de 2400m environ, des plaques dures sont encore présentes. Elles pourraient se rompre par forte surcharge (skieurs groupés) dans les ruptures de pentes raides. A ces altitudes, subsistent des sous-couches fragiles.[/i]

Analyse

Les erreurs ?

  • petite erreur d'itinéraire qui nous a amené à affronter cette pente. Ceci est du à un manque de préparation de l’itinéraire et une navigation à vue (grand froid et vent n'incitant pas aux poses et lecture de carte) -> Vues les conditions, ce n'était pas vraiment un problème à mon avis.
  • mauvaise évaluation du volume de neige mobilisable : je ne m'attendais pas à déclencher une coulée d'une telle ampleur -> C'est la principale erreur qui m'a amené à ne pas étudier une alternative plus sure.
  • mauvaise évaluation de la stabilité : en montant nous avions pourtant plusieurs fois parlé de ces accumulations que nous observions, le fait que le BRA soient relativement optimiste m'a probablement un peu trop rassuré.
  • dans le choix de la trace, a posteriori j'aurais facilement pu éviter la plaque qui plus est en passant sur des pentes moins raides, mais j'étais pressé de sortir sur la bosse -> c'est l'erreur principale liée aux erreurs d'analyse précédentes.

Du point de vue risque

Rien de très grave ne pouvait vraisemblablement arriver, mais un petit traumatisme ou un ensevelissement complet n'étaient pas complètement à exclure. Ceci en raison de 3 facteurs principaux :
a) l’ampleur limitée de l'avalanche,
b) l'absence d'exposition (barres rocheuses, longue pente, arbres...)
c) la prise de distance de sécurité,
Si un seul de ces 3 points n'avaient pas été présents les conséquences auraient pues être grave. La question qui se pose évidement, c'est qu'aurais-je fais dans ce cas là ? J'ai tendance à penser que j'aurais aborder le problème différemment, mais ça reste des suppositions.

Du point de vue analyse de la situation :

  • Il faut garder en tête que même par risque 1, il est possible de déclencher des plaques et que l'analyse sur le terrain doit absolument compléter le BRA.
  • 3 à 5 cm de neige fraiche suffisent à former des plaques.
  • On était dans un cas très favorable où les plaques étaient facilement identifiables (c'est rarement le cas!), malgré (ou à cause ?) de cela je n'en ai pas suffisamment tenu compte dans mon choix de la trace.
Vue générale de l'avalanche depuis le bas.
Vue générale de l'avalanche depuis le bas.
L'avalanche vue depuis la trace.
L'avalanche vue depuis la trace.
Détail de la fracture depuis au-dessus. On note la présence de sastrugi indiquant le sens du vent et donc la zone de dépôt sous la rupture de pente.
Détail de la fracture depuis au-dessus. On note la présence de sastrugi indiquant le sens du vent et donc la zone de dépôt sous la rupture de pente.

Du point de vue de Guillaume, à l'extérieur

En direct !

J'étais le dernier dans la trace, et franchement je n'aurais pas imaginé que ça puisse partir. Même si de nombreuses accumulations dues au vent observées jusque là me faisaient douter du niveau de risque annoncé par Météo France (qui reste un risque global sur un massif...).
Quand j'ai vu la plaque se déclencher sous les skis de José, curieusement, j'ai gardé la tête froide : j'ai suivi des yeux la ligne de fracture, pour m'assurer que j'étais à l'abri, je me suis assuré que devant, Padrig et Anne-Soisig n'étaient pas non plus sur le trajet de la plaque. En fait l'avalanche glissait lentement, José se débattait comme au ralenti. Je savais qu'elle n'irait pas bien loin, puisque le fond du vallonnement était en cuvette. Je suivais toujours la tâche rouge (de l'importance d'avoir des vêtements voyants) de José qui glissait, signe qu'il n'était pas (encore) passé dessous. Puis, tout cela s'est arrêté, j'ai vu une main dépassé et faire coucou je suis là. J'avais la main sur mon DVA, au cas où, mais pas eu besoin. En fait, j'étais super serein. J'ai vaguement pensé à ses skis neufs que l'on allait devoir probablement chercher pendant des plombes. Bref. Je me suis rapidement approché de lui, le haut de son corps dépassait, j'ai sorti la pelle pour dégager le reste. Il avait encore les skis aux pieds. Seul un bâton de perdu, retrouvé en creusant un peu aux alentours.

Le dépôt n'était pas très épais (environ 80 cm au maximum), mais la largeur de la ligne de fracture était impressionnante, plus de 100 m, à vue de nez. L'avalanche a coulé sur 30 à 50 m.

Analyse a posteriori

En fait, j'ai une analyse de la situation un peu différente de celle de José : nous traversions là une des plus vastes accumulations rencontrées jusqu'alors (accumulation due au vent qui a raclé partout ailleurs (de loin, les croupes dégarnies, et en général vitrifiées n'avaient pas la même couleur que les accumulations dans les combes) les quelques pauvres centimètres de neige tombé la veille). Je pense effectivement que la plaque faisait la taille de l'accumulation, donc la taille de la pente (d'ailleurs toute la pente est partie !). José n'a déclenché son glissement qu'en arrivant dans une pente plus raide (35° ou plus). À cet endroit le gradient de pente était important, passant de 35° à plus de 40° en l'espace de quelques mètres. La plaque n'est partie, à mon avis, que parce que la couche fragile avait été entamée, son affaissement s'est propagé sur quelques mètres aux alentours, et comme la pente était plus forte là que auparavant (dans la même trace sur la même plaque) la cohésion interne de la plaque (pourtant relativement importante : neige en grains fins compacte avec cohésion de frittage typique des « congères ») n'était plus suffisante pour soutenir la composante longitudinale de son poids. Je ne pense pas que la couche fragile n'ait eu une largeur de seulement 5 à 10 m, détachant une « petite » plaque qui aurait fait chasse-neige sur le bas. Car 30 m plus bas, le plan de glissement était encore très nettement visible. Et 50 m plus bas, passait la trace de montée qui « pataugeait » déjà dans l'accumulation. Maintenant, difficile de dire si la couche fragile (juste au-dessus d'une croûte de regel) était uniforme au sein de cette accumulation, mais je suppose qu'il n'y pas de raison d'imaginer le contraire.

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