Pas de demi-tour au quart de Tour (de la Meije) ! - Adèle Planchard / Promontoire / Aigle
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Pas de demi-tour au quart de Tour (de la Meije) ! - Adèle Planchard / Promontoire / Aigle
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General

activities

condition_rating: good

quality: medium

Rating

3.3
AD+

heights

elevation_max: 3578 m

elevation_access: 1677 m

height_diff: +2800 m / -2800 m

snow

elevation_up_snow: 1677 m

elevation_down_snow: 1677 m

glacier_rating: easy

participants

Rozenn, Pascal, Heidi (la brune)

weather and conditions


4 jours de grand beau.
Iso élevé mais bon regel.
Pleine lune.


Départ Mardi 27 avril / Retour le vendredi 30

Itinéraire idéalement tracé.
L'enneigement a permis de tout faire sans corde.
Descente à pied du col de la Casse Déserte par le couloir de droite, sous l'arête S de la grande Ruine.
Descente à pied de la Brèche de la Meije.
Traversée du torrent terminal sans aucune difficulté (la coulée d'avalanche est épaisse, non fendue, et le recouvre entièrement).

personal comments

"Jamais deux sans trois". Forts de cet adage, nous nous apprêtions à fêter notre troisième [but au Tour de la Meije]](http://www.camptocamp.org/outings/97957/fr/demi-tour-au-quart-de-tour-de-la-meije-grande-ruine-pointe-brevoort-versant-se) et meubler conséquemment nos quelques jours de congés en jouant les baby-sitters au refuge Adèle Planchard, désormais doté d'une charmante mouflette. Mais Chéri-chéri avait exhumé des tréfonds de notre mémoire commune un premier but, remontant à l'époque où je ne tournais toujours pas à gauche mais en pire. Nous n'avions cette première fois même pas réussi à quitter le gite de Villar d'Arène. Je ne m'en souvenais pas mais l'important était la mathématique : ça faisait donc trois. Déjà trois buts. S'en était donc fini des échecs.

Heidi, du haut de son chalet, avait senti le vent tourner. A tout hasard, comme ça, si jamais, d'aventure… elle nous avait fait part des dates auxquelles elle posait son tablier, qui coïncidaient avec celles où Chéri-chéri posait son complet-veston. Rendez-vous était pris pour 7h30 à Valfourche.

Les années passent, l'enneigement change, mais c'est plat, toujours aussi plat.

8h18. Je salue– de pas tout près, 'vais quand même pas perdre deux mètres cinquante de dénivelé durement gagnés - Heidi qui résiste à la congélation depuis presque une heure. Pascal a lui aussi commencé la cryogénisation. D'une certaine manière c'est tant mieux : les canyons qui montent à Adèle sont longs à atteindre mais ils chauffent vite. Je ne doute pas qu'ils me remercieront finalement de cette attention.

C'est plat, toujours aussi plat… Mais, bon… c'est beau. Le vallon est immaculé. Oui, c'est beau. Mais qu'est-ce que c'est plat… Même quand ça monte, c'est plat (une petite traversée de boules), plat (une petite traversée de boules), plat. Ah! Enfin le soleil. Enfin les canyons. Enfin le Bounty. Enfin la cale de montée. YES!

Je m'affale, skis aux pieds, dans l'une des chaises longues du refuge. Il n'y a pas position plus délicieuse pour déchausser. Je ne vois rien venir. Personne sur la trace de montée qui, au soleil, raye la pente. Finalement non. Chéri-chéri et Heidi ne vont peut-être pas me remercier. Peut-être que le processus congélation/décongélation à Valfourche a accéléré leur date de péremption… Moi j'étais tellement motivée par la mouflette. Non parce que c'est bien connu, tout le monde vous le dira, moi j'adore les enfants.

Emmitouflée et couverte de lunettes de soleil bancales, la mouflette sieste sous une petite tente rouge, arrimée par des piolets dans la neige, sur fond de barre des Ecrins. Qui à 5 mois peut prétendre avoir un sommeil plus aérien? Seb (le légionnaire aux Smarties qui n'a jamais eu le temps de voir le paysage du Tour de la Meije) joue les soubrettes en tablier, dévoilant ses mollets velus à qui veut. Sylvie veille. T'ention, hein. On déchausse pas n'importe où, hein. Y'a une mouflette qui dort, hein. Il n'y a pas que les suisses allemands qui ne saisissent pas immédiatement ses propos…

Pendant que la mouflette dort, Diesel complète l'animation de la Ménagerie Planchard. Diesel, c'est un peu "mettez un tigre dans votre moteur", comme disait la pub. Sauf que, géographie oblige, c'est un chat. Mais pour le reste, oui, il est capable de faire plusieurs centaines de kilomètres en dormant près du moteur. Sans laisser de poils en plus. Diesel fait de l'escalade, Diesel fait de la voltige. Diesel fait aussi le chien. Et Diesel fait tout ça avant qu'on ait éclusé la bière, le génépi et la verveine. Après… on dort.

Le lendemain matin il fait beau. C'est suffisamment exceptionnel pour un Tour de la Meije, du moins nous concernant, pour que ce soit souligné. Au petit matin, la Ménagerie Planchard vient nous dire "au revoir" – et non pas "à tout à l'heure", ce qui pour un Tour de la Meije, du moins nous concernant, est également suffisamment exceptionnel pour que ce soit souligné. Avec la lucidité des gens de là-haut, ils ajoutent : "cette fois, si vous butez, faudra envisager d'arrêter le ski". Ca tombe bien, c'est ce que je m'étais dis lors de mon dernier tourne à gauche.

Une heure plus tard, nous avons franchi le col des Neiges. Bon, ça y est. On peut faire demi-tour maintenant, on a été plus loin que la dernière fois.

Une heure plus tard, nous avons franchi le col de la Casse Déserte. Il semblerait que les conditions ne soient pas favorables à un but. Mais sait-on jamais…

Nous empruntons à pied le couloir de droite. J'essaie de mettre du piment dans cet itinéraire qui se déroule sans anicroche en ne parvenant pas à rechausser mes skis. Mes inserts sont gelés. Mais Chéri-chéri a le couteau pointu en bandoulière. Raté.

Y'a même pas de crevasse. Encore raté.

Ah, tiens ça se raidit… Zut, ça passe bien en dérapage.

Et là, en bas, ça se complique, non?

Ouhla! Mais ça débouche sur quoi ce petit canyon?

Faudrait pas que le pont de neige s'affaisse sur l'eau.

Ah oui! Ca fait au moins 20mn qu'on louvoie dans les barres. C'est bon, ça!

Ah, ça passe à gauche? Z'êtes sûrs? Ce serait dommage de réussir, hein…

Et merde. On a fini la descente. On remet les peaux. On est bien parti pour dormir au Promontoire ce soir.

Quoique… avec la chaleur… l'insolation…

Les températures sont estivales. Le Promontoire en ligne de mire. Mais mieux vaut éviter de lever la tête. Ca fatigue et ça déprime. Je ne regrette pas d'avoir de si beaux skis, même si je ne sais pas m'en servir. Les autres doivent terriblement s'emmerder à regarder leurs spatules. Ne pas regarder devant. Avancer un pied, une respiration. Avancer l'autre pied, une respiration. Avancer un pied, prendre une gorgée d'eau. Bordel ! Ca perturbe la respiration de boire. Un pied, une respiration. C'est vachement technique l'hydratation. Un pied, une respiration. Il faut ralentir pendant la gorgée d'eau. Un pied, une respiration. En même temps si je ne bois pas je ne ralentis pas. Un pied, une respiration. Un pied, une respiration. Un pied, une respiration. Un pied, une respiration. Ca ralentit. Un pied, une respiration. J'ai soif. Un pied, une respiration. Moralité, faut boire. Un pied, une respiration. De toute façon, dans tous les cas (un pied, une respiration) ça te ralentit. Un pied, une respiration. Un pied, une respiration. Un pied, une respiration.
C'est chiant à lire, hein?
Et ben c'est tout chiant pareil à monter!!!
2h30 non stop à te dire que tu préfèrerais pas être à la plage mais quand même en maillot de bain.
D'ailleurs, je suis passée en monokini dès l'arrivée au Promontoire avec lessive à la neige. J'ai pas attendu Heidi pour la bière. Il en restait presque plus au refuge. Fallait pas traîner. Ca tombait bien, elle préférait un Perrier.

Il y a plus de bruit ici qu'à la Ménagerie Planchard. Nous somnolons à peine une demi-heure avant que ça se mette à discuter aillechiotte, ouebmel et autre vista. Le sourire gras, le glandu qui ne fait pas honneur à sa profession explique à Heidi que tout ce boucan est dans son intérêt: si elle se repose trop elle risque de ne pas dormir ce soir. A peine les geeks alpins sortis et le calme retrouvé, que nos suisses allemands envahissent, à quatre, le dortoir. Le Tour de la Meije est en train de prendre une variante ethnographique avec suivi longitudinal du boulet de refuge…

Réveil à 4h pour ceux qui descendent directement le glacier de l'homme après la traversée. Réveil à 5h pour ceux qui dorment à l'Aigle, en l'occurrence nos amis suisses et nous-mêmes. Pire que ponctuels, leur réveil sonne à 4h22. Mais Nathalie refuse de les servir. Ils sont en train de finir leur petit-déjeuner lorsque nous arrivons dans la salle- accessoirement en piquant de l'eau dans notre thermos, ce serait dommage de payer une bouteille. Ils sont en train de s'équiper lorsque nous terminons notre petit-déjeuner. Il faut dire que l'un a un sac conséquent. Et d'époque. Au moins une semaine d'autonomie… Ils sont toujours en train de s'équiper lorsque nous nous équipons. Nous flânons, avec l'envie d'être seuls dans cette avant dernière étape dont nous ne connaissons que le début.
Nous décidons de partir directement crampons aux pieds, pour éviter l'onglée probable dans le dépeautage en face nord. Du sommet de la Brèche, par une sente neigeuse qui, en un zigzag et deux petits pas délicats entre des rochers, nous amène sur le glacier. La corde restera au fond du sac durant ces quatre jours. Nous descendons jusque sous le Z, puis remettons les peaux pour louvoyer entre et sous les séracs. Ca a une sacrée gueule. Dépeautage pour rejoindre le Serret du Savon.

Ca y est. Heidi est au pied. Faut pas t'inquiéter Heidi, c'est à peine plus raide et plus long que la Brèche. Et puis regarde, Chéri-chéri va te faire rire pour te détendre. Il va faire tomber son ski. Oh, comme c'est rigolo le ski qui rebondit en direction des Vallons de la Meije. Bon, allez, maintenant on arrête, on va chercher le ski et puis on monte chercher le soleil.

La sortie de l'ombre est pure joie. Nous y sommes. Nous entrons désormais dans un paysage inconnu, qui s'est toujours dérobé à notre regard. Une petite traversée ascendante et le refuge de l'Aigle apparait, lui aussi sur son promontoire où des silhouettes se détachent en contre jour. Nous découvrons d'abord la patine de la tôle qui l'entoure, puis celle du bois qui le meuble, des vieux écrous qui soutiennent ses bas flancs. Les lumières sont splendides. Le calme d'un Ecrin. Nous nous régalons longuement du paysage, avant de somnoler à l'intérieur, la porte ouverte sur cette carte postale, bercés par les photos de drapeaux de prière et les rais du soleil. Qui a dit qu'on faisait du sport?

Nous jouissons de l'instant et celui-ci traine en longueur, jusqu'aux dernières lueurs fuchsia du jour. Et un peu plus encore dans la minuscule arrière boutique à comparer différentes macérations horticoles. La nuit est douce.

Le lendemain matin nos camarades de refuge partent dès 7h30. Le crissement de leurs skis en dérapage dans la pente marquée sous le refuge augure d'un mauvais choix. Nous montons en direction de la Tête des Corridors. Les nuages accrochent la Meije, tandis qu'autour le soleil brille encore. Promis, à 9h on fait demi-tour. 9h01, je m'arrête à quelques mètres de la rimaye.

Nous entamons 2000m de descente. La neige est ici encore un peu ferme mais elle devient une centaine de mètres plus bas idéalement transformée. Nous sommes seuls. Nous appartenons à l'immensité du glacier de l'Homme et ses imposantes constructions bancales. Nous n'avions jamais parcouru un relief aussi gracieusement torturé. Il s'arrondit, se ramollit. Nous aussi. Ca tombe bien. C'est fini.
Enfin, presque… car Heidi doit remonter dans sa Prairie.

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