Crête de la Mourelle : Arête NNE puis arête S
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General

activities

quality: medium

Rating

AD     II 

heights

elevation_max: 2679 m

elevation_access: 2184 m

height_diff_up: 500 m

participants

Rozenn, Pascal

timing

Approche depuis le refugede la Glère : 2h en marchant tranquillement
Voie: 4h30 (première partie (attaque/sommet): 2h30; seconde partie (sommet/ Le flambeau, tentative comprise): 2h

personal comments

[Lui, avant]

Ami grimpeur. C’est décidé, tu te mets à l’alpinisme. Cette année, à raison d’une séance bihebdomadaire en salle, tu as eu l’occasion de côtoyer - à une distance raisonnable car les périmètres, quoique invisibles, sont bien délimités - quelque éphèbe aux mains calleuses qui débute son entraînement par un 6c en dévers. Du coin de l’œil et du bout de la salle, tu as secrètement jalousé cette gestuelle féline et assurée, tandis que les spasmes de ton mollet t’envahissent avant même d’être entré en phase d’aérobie lactique. A force de régularité, l’un des membres de cette tribu (celui dans la bande qui semble être préposé à l’assurage ; qui, conformément à une stratégie d’entraînement méthodiquement élaborée t’as-t-il expliqué, ne tente que trois voies par séance, ânonne beaucoup et, malheureux daltonien à la volonté d’autant plus admirable, ne distingue pas les prises bleues des les prises vertes) ; celui là, donc, t’as même fait l’honneur de conseils avisés. Tu regrettes de n’avoir jamais réussi à entrapercevoir sa copine Lolotte, qu’il interpelle souvent dans ton dos au moment où tu grimpes. Mais au diable la mystérieuse Charlotte et tes ardeurs séductrices, tu es là pour progresser - d’ailleurs, tu n’en doutes pas, ce sera ensuite beaucoup plus aisé d’emballer Charlotte. Et ton opiniâtreté a finalement payé. A la veille de l’été, tu enchaînes désormais les 4c en tête, à vue et pas seulement sur structure artificielle. Après travail tu passes même du 5b si les précédents ascensionnistes n’ont pas trop patiné les prises de leur sueur. Et, tu en es convaincu, d’ici la rentrée tu parviendras enfin à enchainer en moulinette cette maudite 6a que tu tentes depuis plusieurs séances. Autant dire que dans le 4, tu as de la marge.

Tes rêves d’alpiniste c’étaient dévoilés au comptoir du bar de la salle d’escalade, sur le papier d’un ancien exemplaire de Montagnes Magazine, poisseux de magnésie liquide séchée ; un numéro hors-série consacré au IV sup que tu feuilletais assidûment à chaque fin de séance. La revue avait cependant été dérobée avant que tu n’aies pu la connaître par cœur. Fort heureusement, dans sa politique éditoriale dynamique et soucieuse des attentes de ses lecteurs, Montagnes Magazine avait décidé de lancer une réédition, pour quelques centimes d’euro de plus, quelques informations de moins et une nouvelle couverture. Tu y avais cherché un objectif réalisable, mais comment faire le tri parmi toutes ces courses d’un niveau IV sup..? La photo illustrant la traversée des Aiguilles du Diable t’avait enjoué. Tu y avais toutefois renoncé en estimant qu’il n’était pas raisonnable de cumuler les difficultés : tu apprendrais à te servir de crampons et d’un piolet l’an prochain. Tu t’étais donc rabattu sur des courses sans approche glaciaire et, contenant ta fougue, tu avais sagement arrêté ton choix sur une « course d'arête ludique à l'engagement peu important ». Les crêtes de la Mourelle. Il ne restait plus qu’un point de détail à régler. Trouver un partenaire.

Ta liste de connaissances éclusée, tu avais posté une annonce sur un forum communautaire. Des vagues d’espoir étaient venues s’échouer sur la plage de ta déception : aucun contact n’avait abouti. La fin des congés pointait à quatre jours. Le temps passait sans tuer le désir. Alors, comme d’autres l’avaient fait avant toi, tu étais allé l’assouvir auprès de mains expertes. Tu t’étais présenté au Bureau des Guides de Luz Saint-Sauveur. Un guide sifflotant t’avait accueilli et donné rendez-vous deux jours plus tard au refuge de la Glère. En quittant le Bureau, tu avais vu des photos de la course, épinglées au mur : friends et coinceurs au baudrier, un pré-ado gravissait sereinement en tête la Dalle du Colonel. Pris d’un doute sur le niveau de la course, tu t’étais demandé si finalement, quitte à prendre un guide, tu n’aurais pas dû carrément opter pour la traversée des Aiguilles du Diable…

[Moi, Pendant]

Les sifflotements du guide qui assure son client depuis le sommet du gendarme précédent, ne parviennent pas à mes oreilles. Il n’y a personne. Tout est vide. Y compris moi. C’est (encore) la fin du monde ; preuve que les choses ne sont jamais définitives. Au pied de la Dalle du Colonel et dans les affres, je suis livide clair. Proche de la transparence. L’esquisse du grand écart qu’il va me falloir faire pour atteindre, depuis le bord de la plateforme, le départ de la fissure, m’a mis la tête dans le cul : en dessous de moi, le « spit pour relayer en haut » et le ciel en contrebas. C’est tout gazeux. Donc impossible. Les prémisses de la dalle s’évanouissent dans un surplomb et moi de même. Du moins j’aimerais bien. Ca règlerait temporairement la situation. J'ignore cependant comment m’y prendre. Je pourrais faire comme les autruches. Sans la plume dans le cul si possible - quoique la gravité de la situation pourrait me faire passer outre. En mettant la tête dans mon sac à dos, non seulement je ne verrais plus rien mais avec la chaleur je devrais parvenir à perdre connaissance. Sauf que là je suis plutôt en hyper ventilation que l’inverse.

  • « Plus près ! Rapproche ton pied du bord de la plateforme! »

Je réduis mon champ de vision, passablement embué, à la pointe avant de mes chaussures. Avec une conviction inexistante et en regardant à l’extrême opposé d ma cible, je déplace mon pied droit de quelques centimètres du bord de la dalle et tâtonne dans le vide de l’autre jambe. Je n’atteins évidemment pas la fissure et reviens sans grande surprise dans ma position de départ, pensant avoir démontré l’impossibilité de la chose.

  • « Plus près ! Mets-toi vraiment au bord. Sur la pointe du pied ! »

Au bord. C’est bien là tout le problème.

  • « C’est la seule solution », ajoute Chéri-chéri

Le pied droit sur l’extrémité de la plateforme, la main droite sur le bord extérieur de la dalle, je bascule le pied gauche dans le vide et le remonte progressivement en grand écart le long de la paroi jusqu’à venir rencontrer la fissure à l’intérieur de laquelle, en grosses, je ne peux le caler. L’idée qu’il s’agit d’une demi-victoire parvient à peine à juguler celle qu’il s’agit d’un point de non retour. Quoiqu’il en soit, une seule et unique conclusion s’impose à mon cerveau, au grand dam de l’éthique de l’escalade : m’agripper à la corde, seule prise évidente, pour parachever mon rétablissement. Et fuir. La tension de l’assurage me console à peine. Je grimpe sans écouter les conseils de Chéri-chéri, en fermant à moitié les yeux, concentrée sur un unique objectif : être plus rapide que l’angoisse. A peine le temps de concéder intérieurement l’élégance de la longueur que je débouche au relais. La fin du monde étant derrière moi, je décampe vers le sommet - au moins du II+ que je surprotège. Victoire. La fin du monde est au 36ème dessous. Qu’elle y reste.

Nous descendons du sommet de la Mourelle par la sente, puis reprenons le fil de l’arête sud pour rejoindre le pied du Moine. Chéri-chéri s’élève, puis s’enfonce dans la cheminée. Derrière moi, le guide sifflotant et en basket achève de descendre en rappel – je me rassure quant à la réalité de ce IV (même pas sup.) à l’ancienne : ses chaussons pendouillent à son baudrier. Chéri-chéri est parvenu sous le bloc coincé où il semble heureux d’avoir rencontré deux pitons. Il demeure toutefois perplexe sur la façon de s’extraire de la cheminée. Dans ses diverses tentatives, il se prend à jouer les derviches tourneurs. De dos. De face. De profil. Non ? L’autre, alors ? Les figures varient par des sorties inopinées d’un pied ou d’une main, à des hauteurs qui ne laissent pas douter de l’élasticité de l’homme dans les situations pressantes.

  • « Relais, vaché !», balbutie-t-il finalement entre deux respirations.

Le guide sifflotant s’est rapproché de moi.

  • « Alors, prête pour la bagarre ? », me demande-t-il.

Il n’a pas l’air de savoir qu’il a face à lui « Force Roz' Venant de Triompher de la Fin du Monde ». Et Force Roz' adooooooooore la renfougne.

En haut du rappel, son client s’affaire avec les cordes et son descendeur. « C’est bien comme ça pour le rappel, hein..? » demande-t-il à la cordée qui arrive vers lui. Il descend au moment où, désormais sous les projecteurs, je m’élève et rachète avec succès ma pitoyable prestation de tout à l’heure. En coupant le son, j’aurais vraiment été parfaite. Si, si.

La dernière difficulté se dresse après la traversée descendante : le Flambeau, un splendide mur vertical, parcouru de plusieurs fissures parallèles. L’embarras du choix c’est qu’il faut se décider. Chéri-chéri tente à droite mais ne voit pas comment protéger. Il redescend et se décale dans la fissure de gauche. Le mur est tellement raide qu’il a le sentiment de déverser et la solidité de ses points ne lui semble pas indiscutable. Il commence à débattre intérieurement de la situation. Est-ce parce que j’ai consommé mon quota d’angoisse que désormais l’idée de gravir cette belle ligne me séduit ? Ou bien parce que je pressens que Chéri-chéri y renoncera… ?

Chéri-chéri désescalade les trois mètres parcourus. Le regard fautif, il demande à « Force Ros
z' Venant de Triompher de la Fin du Monde » (mais qui était « L’incarnation de la Décrépitude du Quatrogradiste Même Pas Sup » une heure plus tôt,) si elle ne lui en veut pas… Je réponds par un sourire espiègle.

Nous allons nous poser aux meilleures loges pour assister à l’ascension de la dernière longueur en IV même pas sup de cette « belle course d’initiation » (les isards doivent bien se marrer), par le guide et son client. Mais à notre grande déception, ils nous annoncent qu’ils sont pressés et sont contraints de s’en abstenir. Ah, le respect des horaires... ! Allez, zou, tout le monde dehors. La salle ferme. Et soyez sympas, laissez les magazines sur le comptoir du bar s'iou plait'!

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