Mont Gioberney : Voie du Mur de Glace
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General

activities

quality: medium

Location

Rating

D+     III 

heights

height_diff_up: 1450 m

participants

Rozenn, Pascal

weather and conditions


9° au refuge vers 3h du matin si j'ai bien entendu... Par conséquent pas de regel en dépit de la nuit claire.

timing

Départ 4h20
Sommet 8h30
Retour refuge 10h20

personal comments

Chéri-chéri est au bout de la longueur. Pour une raison que j'ignore, il dénoue la corde verte qui file alors vers moi. Mon regard léthargique suit ses ondulations. Chéri-chéri, étrangement calme, me demande mollement si je compte regarder longtemps cette corde qui glisse sur le sol sableux et menace sérieusement de s'échapper en contrebas, vers une barre rocheuse. J'observe encore quelques méandres puis, pose nonchalamment le pied droit sur la corde. J'ai le pied creux. Très creux. Je l'ignorais jusque là. La corde s'insinue sous la cavité plantaire et poursuit sa course. Calmement, je repose à nouveau le pied droit dessus. Rien à faire. Je vois le bout de la corde ressortir à l'extérieur de mon pied. Je marche, vaporeuse, dans son sillon, pieds nus dans la pente. Puis, cette dernière se raidissant pour aller se perdre dans les abysses du cirque rocheux, je me ravise, à peine contrariée.

Je m'assois sur un gros bloc rond.

Surgit alors un népalais. Un peu gras. Il tient la corde verte dans la main, au bout de laquelle il a attaché une chèvre à la tête résignée de celle promise au sacrifice des fêtes de Dassain. Je tente de lui faire comprendre que cette corde m'appartient. Les yeux bleu glace du népalais pointent dans ma direction. Il me dit non, de la tête. Simplement de la tête. Rien d'autre ne bouge. L'immobile de ses yeux me fixe tandis que sa tête hoche de gauche à droite. Puis, sans lâcher ses anneaux de corde, il pousse le bloc sur lequel je suis assise. Je bascule dans le vide. Dans ma chute je pousse un hurlement, nullement salvateur mais purement explicatif, en le montrant du doigt avec la même détermination qu'il m'avait toisé du regard:

  • "Y m'a poussé! Y m'a poussé!!!!!!!!!"

Finir au fond d'un gouffre est une chose, mais qu'on aille tout de même pas dire que c'était de ma faute.

Chéri-chéri me passe la main sur l'épaule, inquiet de m'avoir entendu crier pendant mon cauchemar. Les aléas des attributions de dortoir en refuge m'auront permis de ne pas réveiller grand monde, nous ne sommes que trois tandis que les autres sont remplis. Je me rendors, il n'est pas encore 3h30.

Voilà 6 semaines que nous attendons que le couloir nord des Bans daigne être en conditions. Il n'en est toujours rien, bien que se profile enfin un premier week-end de beau temps. Nous envisageons dans un premier temps d'aller au Dérobé. Puis l'intuition d'un non regel et/ou les éternels doutes de début de saison nous font renoncer à jouer à l'esquive de chute de pierres. Nous irons donc, outre observer de loin le couloir nord, achever le Macho, commencé l'an dernier mais interrompu à la suite d'une défaillance humaine m’incombant. Une fois sur place, le gardien du refuge de la Pilatte qui, au téléphone, avait plus que laissé entendre que nous serions très bien dans le Macho, dissuade finalement l'une après l'autre les cordées qui souhaitent s'y rendre. La face est bien trop chargée. Repli sur une course sans pression: la Voie du Mur de Glace.

Nous quittons le refuge à 4h20 du matin, après que j'aie attendu dehors une bonne dizaine de minutes que Chéri-chéri s'équipe. Il n'avait pas révisé avant de partir et s'emmêlait un peu les anneaux. Ma fierté organisationnelle ne durera que le temps de l'approche. Au pied du sérac, je m'apercevrai avoir en effet oublié mon descendeur.

Nous partons avec une certaine insouciance jusqu'à ce que Chéri-chéri s’enquière de l'itinéraire et suggère que nous nous dirigions vers un couloir « évident » pour rejoindre le sérac. Chéri-chéri est un compagnon dont il est recommandé de se doter en montagne – une version "Chéri-chéri de poche" sera d’ailleurs bientôt disponible sur le marché. Tout autant efficace qu'un GPS, il est néanmoins bien plus sexy et doté d'avantages supplémentaires sur lesquels je ne m'étendrai qu'en privé. Son mode d'emploi est assez sommaire, il suffit de savoir qu'en mode approche, Chéri-chéri est doté d'un non-sens de l'itinéraire. S'il suggère d'aller à droite, c'est qu'il faut aller à gauche. En l'occurrence, Chéri-chéri propose de longer un sérac nauséeux, dont les régurgitations gisent à nos pieds, pourtant encore à bonne distance de la base de son dégueuloir. Nous contournons donc par la droite des barres dalleuses au-dessus desquelles il ne peut qu'y avoir une pente de neige qui nous amène au pied du sérac.

Bingo.

Nous avons rejoint des traces et bientôt deux cordées de guides avec leurs clients, une troisième nous double. Tout le monde s'encorde mais je ne saisis pas bien l'intérêt d'un encordement court sur ce que je ne sais du reste s'il s'agit ou non d'un glacier ou d'un névé. Dans le doute et la fainéantise, nous poursuivons décordés jusqu'au pied du sérac, à la vue duquel les piochons, sans soucis pour les voisins, se mettent à pousser des hurlements de joie (le brame du piochon, rarement décrit dans la littérature alpestre). Après 3 mois d'enfermement, on le serait pour moins. Surexcitées, les lames ne nous laissent pas le temps de tirer de longueur et, dopés par The Ben Nevis (Ultimate) Experience nous progressons dans une simultanéité paisible, avec une ou deux broches intermédiaires. C'est alors que se révèle à nous Le Secret De L'horaire: pour ne pas systématique ajouter un coefficient 0,33 aux horaires indiqués sur les topos, il suffit d'avoir de la marge. Il fallait y penser.

Passé le sérac, Le Secret de L’Horaire désormais éclairci me livre une âpre réalité: il va me falloir tracer, en plein soleil, dans une neige profonde qui n’enfonce dans le meilleur des cas que jusqu'au genou. Je m'engage dans cette tâche laborieuse et monotone qui, par son caractère christique, me procure, en bonne athée éduquée par un protestant refoulé, une certaine satisfaction. Ma lenteur est cependant étrangement lourde. Je réalise alors qu'hormis la pelle à neige, j'ai tout le matériel collectif au baudrier et la seconde corde dans le sac. Je décide, avant de poursuivre mon œuvre graphique et louvoyante, de lester comme il se doit Chéri-chéri. Faudrait tout de même pas pousser Force Roz’ dans le génépi...

Le sommet nous accueille par une aimable exhibition. Un guide, pensant peut-être que sa médaille ne suffit pas à signifier qu'il en a de grosses, urine avec une insouciance toute feinte, de manière à ce que le profil de la chose soit donné à voir au spectateur. Gageons que par temps plus froid il aurait fallu une loupe pour profiter de la scène mais le mauvais regel aura sauvé la prestation du bonhomme.

Une cordée d'alpinisme conjugal et familial, 4 personnes, amorce périlleusement la descente. Alpinistes collectionneurs de matériel datant des années 70, ils sont chacun reliés à la corde par un nœud de huit passé dans une dégaine, probablement afin de pouvoir s'éjecter rapidement en cas de chute et ne pas compromettre l'intégrité physique du reste des membres de la cordée. L'innovation désespère d'envie notre classicisme… Leur progression sur l'arête n'excède cependant guère le mètre minute. Nous décidons d'assurer notre survie en doublant rapidement. Nous descendons à mi-pente dans le couloir neigeux qui succède à l'arête, puis adoptons à l'unanimité l'option culing que nous réitèrerons afin de rendre plus ludique cette descente abominablement flasque, à laquelle succède un retour abominablement dur pour la voute plantaire, jusque Bérarde. Mais, ami lecteur, je te laisse raviver par toi même ces souvenirs ou, si tu n'en as pas, aller accomplir ce pèlerinage, il va de soi lourdement chargé et en plein soleil. Un petit conseil toutefois : tu constateras que si tu ingères préalablement des substances indigestes tu amélioreras subitement tes performances à la descente. Dans la dysenterie réside aussi parfois Le Secret De L'Horaire.

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