Pic de Neige Cordier : Traversée Glacier d'Arsine >> Glacier des Agneaux - depuis le Pont d'Arsine
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Pic de Neige Cordier : Traversée Glacier d'Arsine >> Glacier des Agneaux - depuis le Pont d'Arsine
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General

activities

condition_rating: good

quality: medium

Rating

4.1
AD+

heights

height_diff: +1995 m / -1995 m

Access

hut_status: open_guarded

snow

elevation_up_snow: 2080 m

elevation_down_snow: 2000 m

glacier_rating: easy

participants

Rozenn, Pascal

weather and conditions


Quelques belles éclaircies du côté de la Grande Ruine, mais le ciel est malheureusement resté très couvert sur toute la barrière du glacier blanc. Le sommet de Neige Cordier, comme celui des Agneaux n'a pas vu le soleil, pris dans le brouillard.
Rafales de vent, froid. Quelques flocons durant la montée du couloir


Une avalanche est descendue du couloir, qui semble un peu dégarni de loin, comparé aux photos prises une semaine avant.
La trace depuis la sortie du couloir jusque sous le sommet est excellente.
Compte tenu de la météo, nous avons jugé inutile d'attendre que ça décaille et profité de la première trouée dans le brouillard pour enquiller la descente. Bonnes conditions pour qui aime le grip de la neige dure... Finalement on s'y fait bien, surtout avec de bons skis qui, à la descente, font oublier leur poids durant la montée! Un peu de regret quand même de ne pas avoir profité d'une neige transfo et d'un soleil de carte postale.

location | altitude | orientations soft snow total snow comment
couloir [3000-3200] / Est / [7h45-8h15] Neige dure, couloir tracé (marches) sauf une courte portion en pointes avant
arête [3200-3600] / Nord / [8h30-10h] poudre tassée
traversée vers col Emile Pic /Nord-ouest/10h15 croute non portante en crampons en dehors des traces
Descente du glacier [3480-2500] / Nord / [10h30-11h15] Neige dure
Passages des barres /2400/[11h15-11h45] Transfo masquant un peu de glace sur un court passage

timing

Montée 5h30 (départ: 4h45 /début descente: 10h30)

personal comments

Les prédictions de Mme Irma de la Place St Bruno (consultations tous les vendredi soirs, sans rendez-vous, contre un pack de Hoogarden) s'étaient avérées finalement assez justes. Notre rationalisme, pris de court par la vedette de l'art divinatoire local à la sortie de la supérette avec les bières à la main, avait pourtant eu peine à être convaincu. Mme Irma nous avait promis de la neige pour ce week-end. Secouant à plusieurs reprises sa boule en Pyrex, qu'elle avait substitué au cristal, inadapté à l'intensité de son activité professionnelle, Mme Irma nous brandissait la preuve, forcément irréfutable, sous le nez.

  • "Regardez! Z'y voyez bien comme j'y vois, non…? Il y neige bien sur la Tour Eiffel? Si j'y compte une correction géographique liée à délocalisation de la production de mon outil de travail, ah ça oui, le cristal c'était plus précis, mais que voulez-vous c'est devenu trop cher, bon, à quelques cantons près, il va neige où vous allez aller. Vous z'allez où au fait..?"

Nous allions au refuge de l'Alpe (le refuge où n'importe quelle recette passe dans un moule à cake, hormis la soupe – jusqu'à présent) faire Neige Cordier. Un jour ou l'autre. Ou inversement. Nous étions encore indécis mais les deux nuitées étaient réservées.

La montée au refuge vit les peaux rester dans le sac et les skis sur le dos. Hormis un petit vent frais, le soleil ne semblait pas confirmer les prévisions de l'oracle. L'humeur était belle et bien printanière. Crème solaire, collant pipette et débauche sexuelle chez les marmottes. Rien que de très normal. Quoique sous couverts de prolégomènes du plus grand classicisme, la vie érotique de ces mammifères nous stupéfia. Le mâle, après avoir bécoté la femelle, s'avisa de l'entreprendre. Mais le malheureux fut interrompu dans son élan par la venue d'un prétendant supplémentaire. S'ensuivit un cassage de gueule en règle. Que le plus fort gagne. Ca frétillait de la queue à la Ripolin, ça sortait les griffes et les dents façon blouson noir. La femelle gesticulait autour de la rixe. Qui durait, qui durait… Aucun des adversaires ne parvenait à mettre l'autre en déroute. N'y tenant plus, la femelle décida de chercher des noises à ces deux mauviettes. S'ensuivit un vif cassage de gueule copulatoire indémêlable, dans lequel on ne savait qui tapait sur qui, qui se tapait qui. Ces mœurs dissolues nous intriguaient mais encore fallait-il qu'on y comprenne quelque chose. Aussi poursuivîmes-nous, non sans regrets (enfin, surtout moi, je ne voudrais pas ternir de turpitude la réputation de Chéri-chéri), notre chemin.

La météo était très indécise. Nous décidâmes alors de jouer nos deux cartes et de faire une première tentative dès le lendemain matin, en dépit d'un regel que l'on présageait médiocre. Mais la boule en Pyrex de Mme Irma ne prodiguait pas ce genre de détail. Mme Irma était beaucoup moins terre à terre. Elle n'était concernée que par ce qui tombe des Cieux.

Chéri-chéri passa une nuit, paraît-il, abominable, grâce au ronfleur de service. Curieusement, la porte plutôt que la fenêtre avait été laissée ouverte pour aérer. Chéri-chéri ne ferma pas l'œil de la nuit et eu ainsi l'occasion de décompter l'intégralité des allers et venues dans le couloir. S'il avait été bassement mercantile, il aurait pu rentabiliser sa nuit en faisant office de dame-pipi - le béret en plus. A un tarif raisonnable, nous aurions pu alors réaliser un retour sur investissement du pack de bières cédé à Mme Irma.

Au petit, tout petit, matin, depuis le auvent du refuge la nuit semblait avoir été étoilée et douce. Je partis fraîchement dévêtue. Quelques instants après, le vent froid nous saisissait. Et la perspective devant nous était bien sombre – outre qu'elle était interminablement plate. A mesure que nous avancions, le soleil se levait tant bien que mal, jouxtant des nuages qui accrochaient probablement depuis la veille au soir Les Agneaux et Neige Cordier et ne tarderaient pas à s'étendre sur toutes les crêtes dominant le glacier blanc.

Au moment où la question du regel ne se posait plus, le couloir se dévoila et suscita chez moi une déception esthétique, non partagée par Chéri-chéri, comparable à l'évocation du Coup de Sabre par ce dernier. Certes, sa sortie s'ourlait d'une jolie corniche de part et d'autre. Mais une avalanche encombrait le bas du couloir et des coulées marronnasses jonchaient le pied de la barre rocheuse à sa droite. L'esthétisme mis à part, le couloir était toutefois en excellentes conditions d'un point de vue alpin: tracé, dans une neige dure où la lame du piolet s'ancrait franchement.

La perspective à la sortie du couloir était quelque peu bouchée. A peine suivait-on le fil de l'arête que le regard se perdait déjà dans les nuages sombres. J'étais frigorifiée. Trop pour avoir le courage de me couvrir. Suffisamment pour reconnaître quelque compétence à Mme Irma. Des flocons virevoltaient dans l'air. Pas autant que dans la boule en Pyrex, mais tout de même suffisamment pour valider la prédiction. Je commençai à me mettre en mode demi-tour plutôt qu'en mode traversée, modérément encline à jouer du chasse neige encordés à la descente. Chéri-chéri s'évertuait, comme Mme Irma avec sa boule en Pyrex, à me montrer les trouées de soleil sur la Grande Ruine. Avec son sens de l'itinéraire, son cul bordé de nouilles et un petit correctif géographique il n'allait pas tarder à faire beau sur Neige Cordier. Oui. C'est ça. Et elles n'ont jamais été si blanches les neiges du Kilimandjaro…

Le groupe de Ouriens qui nous succédait, précédait, succédait n'était guère plus au diapason de l'enthousiasme de Chéri-chéri qui, fort de son expérience de survie au Ben Nevis, se posait en Maître Es Nébulosité. Moult hésitations ponctuèrent notre progression. La logique fut finalement favorable à Chéri-chéri. Nous étions tous d'accord pour penser qu'en dépit de son orientation, le couloir ne décaillerait probablement pas de la journée et que nous aurions, le cas échéant, le loisir de revenir sur nos pas. Et, argument suprême pour les inaptes au ski de pente à gruyère français (le Suisse, paraît-il n'a pas de trous), nous avions de quoi poser une main courante pour redescendre. A ce tarif là, et dans le brouillard, la traversée aérienne passa sans davantage de résistance.

Nous nous engouffrâmes dans le nuage sommital, suivant une trace qui nous mena au pied du bastion encombré de rochers. Chéri-chéri, non content d'avoir exceptionnellement une excuse règlementaire pour valider notre non-ascension du sommet, se précipita de subtilité grossière pour me faire basculer dans la traversée avant que j'aie eu le temps de réfléchir. Il sortit la corde et, pour souligner le geste, ajouta : "on va s'encorder et traverser en crampons". Je dois être une adepte refoulée du bondage. La corde, ça marche toujours avec moi.

Nous arrivâmes au col lorsque nos compagnons d'un jour étaient au milieu de la traversée. Le temps que, enfin, je me vêtisse de l'intégralité de l'équipement qui traînait dans mon sac, ils étaient devenus invisibles, happés par le brouillard. Formidable. C'était vraiment formidable. Chéri-chéri ne disait rien. Et puis, miracle. Une fois les peaux ôtées et les fixations bloquées, les cieux s'ouvrirent. Profitant de la visibilité à 30 mètres qu'ils nous offraient, nous nous ruâmes sur les vaguelettes de la transfo gelée qui nous gratifièrent d'agréables vibrations dans les rotules et tensions dans les quadriceps. Puis, la neige se lissa. Ce qui est bien plus pratique lorsqu'on atteint le crux que l'on descend en dérapage. Mais, à la surprise de Chéri-chéri qui prenait à cœur son rôle de dérapeur-sécurisant-d'en-dessous, j'enquillai finalement quelques virages davantage motivés par la fatigue que par la réflexion, grâce à un automatisme salvateur: le dérapage en position pré-tourne-à-droite – l'inverse étant totalement inefficace.

Cet accès soudain de compétence skiante me rendit la descente merveilleusement sublime; ce qui, par effet de propagation amoureuse, confortait Chéri-chéri dans la persévérance qu'il avait eu à ne pas renoncer à la course. Cette dernière fut si réjouissante que, la fatigue aidant, nous hésitions à rester une nuit supplémentaire au refuge. La gardienne, qui nous annonça que Météo France prévoyait 10cm de neige au dessus de 2500m, leva notre hésitation. Nous décidâmes de rentrer vers le confort moderne et urbain. N'est pas madame Irma qui veut...

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