Aiguilles de Baulmes

  • Type of climbing site:
    single-pitch routes
    • Elevation:
      1350m
    • Longitude:
      6° 28' 2.27" E
    • Latitude:
      46° 47' 22.34" N
    • Swiss coordinates:
      525835 / 182501 [map]
  • Number of routes:
    75
  • Grade:
    3b to 7b
  • Median grade:
    5b
  • Altitude:
    5m to 120m
  • Quality of in-place protection:
    P1
  • Climbing styles:
    slab, vertical, overhanging wall
  • Rock type:
    limestone
  • Children:
    suitable
  • Rain:
    exposed
  • Facings:
    SW, W, NW
  • Prime season:
    May, June, July, August, September, October, November, December
  • Export: GPX KML JSON
french
italiangermanenglishspanishcatalanbasque

Joli ensemble de falaises, il y en a pour tous les goûts, de la couenne aux voies de plusieurs longueurs, tout y est. L'équipement est bon et le rocher encore bien adhérent.


1302205892_158846560.jpgView picture information
Les Aiguilles de Baulmes
1274350447_2097391022.jpgView picture information
Aiguilles de Baulmes: l'accès
1274350552_747595131.jpgView picture information
Aiguilles de Baulmes: les secteurs

Les ouvreurs 'historiques'

D. Cochand, M. Cochand, M. Demont, C. Forestier, C. Lévy, C. Pletscher, Jane-Marie Magnenat-Demont

La situation en 2010: le renouveau des Aiguilles

  • Toutes les voies du secteur Arêtes et de leurs satellites ont été ouvertes ou rééquipées en spits par Marcel Demont
  • Secteur Face, par Jean-Luc Amstutz, Pascal Roth et Walter Heiss
  • Rééquipement et quelques nouvelles voies équipées au secteur Première du Pierrier par Florent Besson
  • Plusieurs nouveaux secteurs ont été ouverts ces dernières années tout le long de la face S des Aiguilles de Baulmes par des jeunes (et moins jeunes...) grimpeurs de la région. Pas (encore?) de topo car la plupart de ces secteurs sont encore assez confidentiels, mais si vous les trouvez, n'hésitez pas à y faire un saut, il y a de très belles voies, y compris pour grimper par jour de pluie!

Secteurs

Petite Arête

1275127811_1806713448.jpgView picture information
Petite  arête et Roche au piton, topo M. Demont

   

  • La Normale, 4a, 5 longueurs, le bas de la voie est exposé aux chutes de pierres
  • La Demont, 6b, 4 longueurs, la dernière étant (au choix) une des voies du ressaut sommital
  • Honte aux cons casseurs de voies 6a (voir l'historique), 4 longueurs, y compris une voie du ressaut sommital
  • Les Schtroumpfs, 3c, 5 longueurs en sortant par la Normale de la Petite arête
    Ces trois longues voies (6 longueurs de 25 mètres y compris l'une ou l'autre des voies du haut de la Petite Arête) ont été entièrement re-nettoyées, ré-équipées ou l'équipement complété par M. Demont en septembre et octobre 2012.
  • Ressaut sommital, recto: 
    • Kalilo 5a
    • Putali 5b
    • Budo maanchhe 5c
  • Ressaut sommital, verso:  
    • L'ancienne 4a
    • Hägar 4a
    • Kar 4c
    • Nanook 6a
    • Garfield 6a
  • Coriace, 7b, 2012, M. Demont
  • C'est beau, 5c, 2000, M Demont
  • Mes jeunes années, 5b, 2012, M. Demont
  • Bavante, 6b, 2000, M. Demont

Roche au piton, les voies

  • Damoclès, 5a
  • Sirdar, 6c
  • Fissure à bon, 6c
    Descente en rappel ou en désescalade (2) par le facile versant N

Grande Arête

1275219698_246875454.jpgView picture information
Grande arête, topo M. Demont

- Le petite éperon qui depuis toujours constitue le départ de la Grande
Arête (abusivement baptisé par X Pas sage) a été ne-nettoyé et équipé en septembre 2012 par M. Demont. Entre anciens nous l'avons toujours appelé 'Eperon 1960' et c'est sous cette appellation qu'il a été parcouru des centaines de fois par les guides des Choucas avec leurs clients, en grosses pompes et la corde nouée autour de la taille. Un peu de connaissance de l'histoire des lieux ne peut pas nuire.

  • Namaskar, 7a
  • Le pilier, 6a, LA voie mythique des Aiguilles de Baulmes (D. et M. Cochand, C. Forestier, M. Demont, les années 1960)
  • Namaste, 6b, la plus longue… longueur des Aiguilles!
  • Iha Khang, 6b+
  • Om mani padme hum, 4c
  • Namche quand vient la neige, 6a
  • Raamro Sherpani, 5a
  • Grande arête, 3b
  • Voies historiques, pitons de forgeron, spits posés après forage à la main, une ancienne voie d'artif rééquipée en spits et qui passe si on est à l'aise au-delà du 7b

Mais que font ces noms étranges aux Aiguilles de Baulmes, en Terres vaudoises? C'est que M. Demont, l'ouvreur est épris du Népal, pays attachant, sur les hauts sommets duquel il a conduit dix expéditions. Tout simplement.

Rocher plat

1275219653_720210038.jpgView picture information
Rocher plat, topo M. Demont

 

  • Petit Pilier, 3c
  • Dalle Soleil, 6a
  • Planquez les Nounours, 5a
  • L'épaule, 5a
  • Chichille, 4c
  • Papa Talon, 5c
  • Choucas, 5a (voie historique)
  • La Mummery (deux boucles cimentées détournées de leur but initial qui était d'attacher le bétail!)

Première du Pierrier

Topo suivra
De gauche à droite lorsqu'on regarde la paroi orientée SW:     

  • Ancien jeune, 6c, voie historique sur piton de forgeron
  • L'ours et la pof, 6b
  • Grand'Mont, 6a (rien à voir avec la montagne, nous étions deux frères judokas dans le même club, le Judo Kwai Lausanne, Me Mikami, notre entraîneur arrivé tout droit du Japon, pour simplifier, appelait l'aîné (Marcel) Grand Mont et le cadet (Bernard), Petit Mont :-)
  • Petit Mont, 5b
  • Lagaffe, 5b

De gauche à droite lorsqu'on regarde la paroi orientée NE (dans la brèche entre Première du Pierrier et Arête du Pierrier):  

  • An 60, 5a
  • An 70, 6b
  • La Super Dur, 7b
  • Katia, 6a (la 'marche' n'est pas une prise taillée par l'ouvreur, mais une excavation due au retrait d'un spit ne donnant pas satisfaction; forage à la main, 30 minutes par spit)
  • Yogi l'ours, 6a
  • Dièdre, 5c (un des passages de l'examen d'entrée du cours d'aspirants guides vaudois au début des années 1970, à gravir en grosses pompes, en solo non assuré; experts Daniel Cochand et Marcel Demont)
  • Yanick, 6a

Les voies orientées SW sèchent très vite. Celles orientées NE (dans la brèche) conviennent bien par températures élevées.

Facette

Topo suivra
De gauche à droite lorsqu'on regarde la Facette:  

  • Hors facette, tout à gauche, dans un petit corridor, une voie équipée pour les enfants
  • L'Angle, 4c en s'aidant du bord gauche, 6a tout droit
  • Monchu, 4c
  • Arbre mort, 4c
  • Cent-sous, 5c
  • Directe, 4c
  • Normale, 3c
  • Mini, 3c

Intéressant:   

  • relever le défi 'éternel', se rétablir sur la Pièce à Cent-sous, à l'ancienne, solo non assuré
  • à différentes hauteurs, faire des traversées aller - retour, en solo non assuré

Bien exposé, sèche vite, une magnifique place de pique-nique au pied de ce secteur, avec table, foyer pour le feu...

Arête du Pierrier

équipement F. Besson 

  • Iki 4c
  • Yverdon Ouest 5b
  • L'Isolée, 6c, ouverte et équipée par M. Demont, 2000

Le socle, à l'ombre, convient pour les heures chaudes; les voies tracées sur le flanc S sèchent vite.

Roche aux Cheminées

1274536911_1237974657.jpgView picture information
Roche aux cheminées: croquis M. Demont gribouillé dans l'action

On a la plus belle vue  de tous les secteurs des Aiguilles de Baulmes.
Très bien exposé, sèche vite après la pluie.
Le pied des voies bordant un couloir raide, ce secteur est déconseillé avec des enfants.
Équipement moderne, goujons 10 mm. Relais sur arbres au sommet. Prévoir une longue sangle et un mousqueton à vis.

Voies de la Face

Voir directement dans les topos ci-dessous:     

  • Escalades dans le Jura, CAS, Maurice Brandt, 1980: le topo historique, magnifique travail d'un Maurice respectueux des ouvreurs et des faits avérés
  • Jura plaisir 1993, Jürg von Känel, Filidor, voies historiques rééquipées
  • Escalades, C. et Y. Remy 2010, euh…

Trois Feuillets ou Feuillets de la Râpe

Petit Feuillet, Grand Feuillet et Feuillet Tiers   

  • 1960: 1 voie tracée par M. Brandt et J. Weingart, pitons de forgeron, IV et A1
  • Deuxième partie des années 1960: 4 voies ouvertes par les guides des Choucas (D. et M. Cochand, Claude Forestier, Marcel Demont), VI et A2. Une de ces 4 voies 'la Rüttimann' fut ouverte dans le cadre d'un cours d'escalade donné par les Choucas. Un des clients, Mr Rüttimann, y participa. Devenu colonel, Mr Rüttimann perdit la vie lors d'un entraînement pour la Patrouille des glaciers, sur le parcours de ladite, alors qu'il portait secours à des patrouilleurs en difficulté (épuisement, hypothermie).
  • 1990: Marcel Demont ouvre 15 voies modernes, spits, relais, nom des  voies marqués à leur pied, difficultés de 4c à 6c.
  • Dans les années 1990 toujours, vague de vol de matériel et de déséquipement touchant tout le secteur. Ecoeuré, M. Demont a déserté le lieu. L'état des voies est donc incertain et figure ici pour mémoire, quoique… il n'a pas encore dit son dernier mot.

Trois Feuillets est un endroit 'frais'. Le rocher a besoin de temps pour sécher après de fortes pluies. Par contre, lors des fortes chaleurs d'été c'est le lieu idéal.
Accès: par la route, du Col de l'Aiguillon en direction des Gittaz, au point 1239 bifurquer à main droite vers le terrain de football et ranger son véhicule, suivre la route forestière jusqu'au point 1264 (sentier 'Cave Noire'), à droite, en pleine pente, on aperçoit les Feuillets.

A marquer d'une pierre blanche

  • Première du Pierrier: 1ère voie, ouverte par Bugnon et Tüscher en 1950.
  • Arête du Pierrier: parcourue par les anciens depuis toujours; ouverture de voies modernes dès 1980 par M. Demont.
  • Facette: il y a très longtemps déjà les bûcherons essayaient pendant la pause de se rétablir sur la 'Pièce à cent-sous'; durant les années 1960 et 1970 les guides des Choucas ont gagné de nombreux paris (enjeu: une pièce de cent-sous) en se rétablissant sur la Pièce suite à un défi lancé par leurs clients.
  • Roche aux Cheminées, rééquipement de trois voies historiques: 'Nos dix-sept ans' (1958), 'Cheminée Chamoniarde' (1940 - 1950) et 'La Tordue' (1960); ces voies de quinze mètres se faisaient 'en grosses' avec un seul point d'assurage.
  • Création de six voies modernes en 2001, le tout par Marcel Demont.
Remarks:

Équipement

  • Attention aux chutes de pierres, casque vivement recommandé! Le rocher n'est pas toujours solide!
  • Chaîne aux relais, mais pas toujours, certaines voies sortent sur des arbres.
  • Attention certaines deuxièmes longueurs sont équipées 'distants'.
  • Un jeu de coinçeurs ou friends n'est pas superflu pour certaines vieilles voies sous la croix.
  • Pour la voie d'artif: prendre sangle, quelques pitons, 2 crochets + coinceurs et friends.
Pedestrian access:

Depuis la Suisse

Yverdon - Baulmes - Col de l'Aiguillon. Deux parcs possibles: au pied de la Grande arête ou au Col à côté des "Toblerones"

Depuis la France

Pontarlier - Les Fourgs - L'Auberson - Col de l'Aiguillon

Route descent:
  • Arêtes: à pied par le sentier ou en désescalade
  • Satellites: à pied, en désescalade ou en rappel
  • Face: en rappel ou par un couloir à l'est de la Croix sommitale (attention, quelques pas de désescalade, exposé, délicat). Un câble avait été mis en place, mais… il a été volé.
External resources:
Escalades Jura-Vaud-Bas-Valais-Sanetsch - Claude & Yves Remy - 2010
Schweiz - Suisse - Plaisir - Jura - Jürg von Känel - 2008

Topos

  • 1980: Escalade dans le Jura, Volume 1, Club Alpin Suisse, Maurice Brandt, incontournable, mais à considérer comme un livre d'histoire digne de figurer dans les bibliothèques à titre de témoin du passé
  • 2008: Plaisir Jura, Editions Filidor, il contient les informations ayant trait au Secteur Arêtes et leurs Satellites, mais ne décrit pas le secteur Face
  • 2010: Escalades, de Claude et Yves Remy, complet, Arêtes, Satellites, Face
Site history:

1274346182_1994271372.jpgView picture information
Les arêtes des Aiguilles de Baulmes dans les années 1960
1273945288_1537507572.jpgView picture information
Daniel Cochand, dans la voie Cheminée chamoniarde 3b, secteur Roche aux cheminées, aux Aiguilles de Baulmes, années 1960

Les Aiguilles de Baulmes, dans le Jura Vaudois, ont vu passer plus d’un ouvreur. Entre 1931 et 1961, des grimpeurs réputés y avaient usé leur fond de culotte et tracé de beaux itinéraires (J. Margot, E. Bugnon, M. Brandt, P. Tüscher, Ch. et R. Martin, R. Pfister, A. Hösli, E. Reymond, R. Bornand, E. Domenighetti, G. Miedinger.)
Dès 1957, une nouvelle génération de grimpeurs s’attaque aux problèmes encore non résolus. Alors que la difficulté des voies existantes culmine dans le degré V en escalade libre (très grandes difficultés) et le A1 en escalade artificielle (difficile), M. et D. Cochand, M. Demont (auteur de plusieurs ouvrages traitant d'escalade et d'alpinisme), C. Forestier, C. Lévy, ouvrent des itinéraires allant jusqu’à VI (difficultés extraordinaires) et A3 (extrêmement difficile).

1274027035_1103968985.jpgView picture information
Années 1960, Daniel Cochand, guide de haute montagne
1242741125_1821970426.jpgView picture information
Hiver 1957 / 1958 bivouac lors ouverture 1ère voie Directe du Pierrier: Marcel Demont
1242741249_1896949818.jpgView picture information
Aiguilles: la face; au centre, le surplomb des Choucas ouvert en 1967 par D.Cochand, M. Demont et C. Forestier, tous guides


Le ‘Surplomb des Choucas’, ouvert le 17 septembre 1967 par D. Cochand, M. Demont et C. Forestier en est sans doute l’exemple le plus significatif. Cette voie directe, dans la grande paroi, sous la croix sommitale, présente une succession de parties surplombantes. Très sévère, très soutenue, très exposée, trente-six années après son ouverture elle pose encore des problèmes insurmontables à plus d’un grimpeur.


Sur le flanc W de la Grande Arête est achevée la difficile voie nouvelle ébauchée par Raymond Collet, un jeune grimpeur et alpiniste yverdonnois prometteur, noyé et étranglé par la corde de sécurité qui le reliait à son dinghy lors d’une tentative de descente des Gorges de l’Orbe à la fonte des neiges.
A cette époque, on grimpe en lourdes chaussures d’alpinisme. On est encore tributaires des faiblesses du rocher, de ses fissures, de ses trous dans lesquels on chasse les pitons et les coins de bois nécessaires à la protection et à la progression.
Sous l’impulsion de deux guides professionnels, D. Cochand et M. Demont, l’Ecole d’Alpinisme Les Choucas est créée.

1274004774_1065313560.jpgView picture information
Années 1960: page 1 du prospectus de l'Ecole d'Escalade des Choucas aux Aiguilles de Baulmes
1274004408_1131463392.jpgView picture information
Années 1960: page 4 du prospectus de l'Ecole d'Escalade des Choucas aux Aiguilles de Baulmes
1274004889_140432500.jpgView picture information
Années 1960, les locaux de l'Ecole à la Gittaz Dessus


1274004962_1306987007.jpgView picture information
Les Choucas, 1ère salle d'escalade de Suisse, dans les années 1960

L’entreprise s’installe à la Gittaz sur Ste-Croix, dans la ferme inoccupée ‘Bel Horizon’, à quelques minutes à pied des Aiguilles. La grange est transformée en salle d’escalade (peut-être bien une première mondiale). Quelques murs de béton compact sont franchis en escalade artificielle au moyen de tampons d’acier de 5 mm de diamètre originellement destinés à suspendre des tableaux à une paroi. D'autres le sont en libre grâce à des prises en bois fabriquées artisanalement et installées à demeure.  Les murs de pierres jointes ‘passent’ en libre. Quant aux poutres de la charpente, elles forment autant de surplombs et de dévers que l’on souhaite, et se franchissent en ‘artificielle’, sur étriers.

Un partie de la clientèle vient de Belgique. D. Cochand, extraordinairement énergique, créatif et convaincant, a obtenu que le certificat de ’Moniteur d’escalade’ délivré par l’Ecole à ses clients du Plat Pays soit reconnu à l’échelon ministériel.
A ‘Bel Horizon’, l’Ecole d’Alpinisme Les Choucas offre les guides, le gîte, le couvert et tout le matériel nécessaire. On n’hésite pas à jeter les clients en bas du lit en pleine nuit pour un exercice de sauvetage. Les candidats moniteurs doivent se débrouiller pour aller récupérer un blessé suspendu à mi-hauteur du pilier des Aiguilles, dans une voie très difficile. A eux de le trouver, de l’arracher à sa position, de le panser et de le transporter. L’objectif est de rendre les clients autonomes. Dès le début du cours ils doivent grimper en tête de cordée. Les itinéraires propices à la doctrine de l’école, dans les degrés de difficulté allant jusqu’au IV+ (importantes difficultés) sont nombreux, mais ne comportent aucun point de protection. D. Cochand et M. Demont  se lancent dans l’équipement systématique de la Petite Arête, de la Grande Arête et de leurs satellites, au moyen de broches scellées avec du ciment prompt. Creuser dans la roche, au burin et à la massette, un trou suffisamment profond, demande plus d’une heure de travail harassant en suspension au bout d’une corde. Dès que c’est fait, il faut descendre, préparer le mélange de ciment et d’eau, remonter sans tout renverser… et se grouiller de finir le travail avant que la truelle ne reste inexorablement collée à la boîte de conserve contenant le produit à prise rapide. Ces broches servent aujourd’hui encore à la sécurité des grimpeurs.
Dans le même temps, D. Cochand invente le harnais d’escalade et met au point une nouvelle technique d’assurage basée sur un nœud auto-bloquant, le ‘nœud Cochand’. Ce nœud génial fera beaucoup parler de lui : c’est en essayant de convaincre le directeur de l’Ecole de Haute Montagne d’Andermatt, Peter Baumgartner, de l’exceptionnelle efficacité de l’invention…  que D. Cochand et M. Demont arracheront un radiateur, provoquant ainsi une inondation catastrophique et plusieurs rhumes de cerveau.

1274017991_41202220.jpgView picture information
Années 1960, Choucas, page 3 du prospectus: alléchante
1274005353_2075097783.jpgView picture information
Années 1960, démonstration des Choucas dans le Pilier pour la Presse

Tout ce remue-ménage ne passe pas inaperçu. A quelques-uns cela déplaît. Un membre éminent du club montagnard local juge bon d’accrocher, bien en vue au pied de la Grande Arête, un panonceau portant des inscriptions injurieuses. Mal lui en prend, une plainte est déposée et le coupable identifié dans les heures qui suivent. Condamné par la justice, il doit verser une forte somme. Un autre essaye, sans y parvenir, d’arracher le matériel mis en place. Les traces de ses vains efforts sont encore visibles au sommet de la Petite Arête où une ferraille martelée et tordue redit la petitesse du bonhomme.
Au cours de cette période, le Pilier est plusieurs fois entièrement déséquipé. Il s’agit cette fois de l’œuvre d’un petit groupe de très forts grimpeurs (dont je tairai les noms) pour qui la fauche est un art de vivre. Une des règles de base à observer par les membres de cette association est : ‘il est interdit de visiter un magasin de sport sans y voler quelque chose’. Les mêmes cultivent une forme d’humour bien particulière. Il y a dans une grande voie très difficile du Creux du Van un piton si haut placé que, à moins de mesurer trois mètres au bas mot, les grimpeurs n’arrivent pas à l’atteindre. Un jour quelqu’un y fixe à demeure une longue cordelette à laquelle désormais on se hisse. La fine équipe trouve très spirituel de relier la cordelette au piton par une chambre à air de vélo… et invente ainsi le grimpeur yo-yo.

Les Choucas élargissent leur champ d’action. Ils ouvrent à la Râpe (une des voies, la ‘Rüttimann’, porte le nom d’un client qui deviendra un fort alpiniste ; membre de la ‘Commission cantonale des guides de montagne’, trente-cinq ans plus tard, il trouvera la mort lors d’un entraînement pour la ‘Patrouille des Glaciers’ alors qu’il tentait de secourir des compagnons en difficulté.) Le Suchet aussi les voit passer, juste le temps d’ouvrir une seule voie dans ce qui est devenu depuis la ‘Dalle des Guides’. Enfin, leurs pas les conduisent vers les Gorges de Covatanne où M. et D. Cochand réalisent des parcours impressionnants.
Daniel Cochand optera finalement pour l’enseignement et le pastorat, Maurice Cochand pour l’enseignement universitaire, Claude Forestier pour l’informatique, Albert pour la menuiserie. Guy Genoud et Marcel Demont sont aujourd’hui encore ‘guides à plein temps’.

1274346231_1613100701.jpgView picture information
Claude Forestier dans les années 1960
1274346300_1951948453.jpgView picture information
Maurice Cochand, fin des années 1960
1274346535_1266745040.jpgView picture information
Marcel Demont, dans les années 1960, guide à plein temps et judoka combattant en élite

1275138237_1818980630.jpgView picture information
Championnat national: Mr Debus, JC Neuchâtel, le petit très massif, à gauche, subit Uchi Mata lancé par Marcel Demont, JK Lausanne

Les points communs entre escalade et judo:
- souplesse
- équilibre
- coordination des mouvements
- puissance (rapport entre le poids de corps et la force)
- esprit d'engagement (grimper à sa limite en escalade ou porter une attaque en judo, c'est se mettre en danger)
- la chute contrôlée qui fait partie intégrante de ces deux activités sportives (tomber pour progresser)
- les prises à tenir en escalade, la prise du kimono en judo.

L’Ecole d’Alpinisme Les Choucas a fait son temps.
D’autres grimpeurs, plus jeunes, interviennent à leur tour et laissent une trace sur les rochers : Y. Rémy, G. de Simonetta, M. Ziegenhagen. Puis d’autres encore : Ch. Pletscher, J.-D. Carrard, A. Dufresne.
Plusieurs drames endeuillent le lieu. A des époques différentes, trois grimpeurs solitaires y perdent la vie après dégringolade. ‘Petit Peg’ Perrinjaquet, chef OJ de la section Yverdon du CAS, paie lui aussi le prix fort suite à une chute. Une jeune fille se suicide en se jetant en bas des rochers, la voie ‘Why ?’ lui est dédiée. Enfin, un meurtre y est commis, du sommet de la haute paroi sud un homme pousse son épouse dans le vide.
D’autres gamelles se terminent singulièrement bien. Lorsque, en hiver, en solo et les doigts engourdis par le froid, je lâche les prises encombrées de neige et de glace d’une voie cotée V+ dans la partie haute de la Facette de la Petite Arête ‘Secteur Népalais’, je tombe dans les bras tendus de M. et D. Cochand. Leur parade évite à mon ossature d’avoir à subir des dégradations considérables, nous roulons de concert vers le pied du raide pierrier sans avoir à souffrir d’atteintes irréparables.
Le matériel vieillit, rouille, disparaît. Au début des années quatre-vingt-dix le ronronnement de la perceuse autonome remplace le battement rythmé des coups de marteau. L’escalade a évolué, on grimpe en chaussons, on s’entraîne à longueur d’année, le niveau moyen est plus élevé. Les goujons à double expansion remplacent les clous de forgeron. N’étant plus tributaires des fissures pour poser les points d’assurage on ouvre des voies dans le rocher compact, en pleine dalle que l’on perce pour poser les ‘spits’. Toujours en activité, je consacre bénévolement plusieurs mois à plein temps, à ré-équiper toutes les anciennes voies devenues impraticables et à en créer plusieurs dizaines de nouvelles correspondant aux critères les plus modernes. Peu de temps après la fin du travail, les plaquettes et les relais sont volés, les spits cassés, le nom des voies effacé. La plainte déposée pour vol et mise en danger n’a, à ce jour, pas encore abouti.
Bis repetita placent.
Actuellement, une nouvelle équipe est à l’œuvre aux Aiguilles, et je ne reconnais plus mes propres voies ouvertes dans le secteur Face. Parfois, le nom en a été méchamment modifié, ainsi, la Voie des Eperons (D. Cochand, M. Demont, C. Forestier, 1965), devenue au fil du temps 'Les éperons Demont', rééquipée sans concertation, a été renommée 'Les éperons du démon'.

A propos de quelques antiquités]

Actuellement, les voies mentionnées ci-dessous ne figurent plus dans les topos à caractère commercial. Certaines sont encore praticables, mais elles ont un caractère aventure très très marqué, d'autres, victimes de rééquipement sauvage ou de vol de matériel ont complètement disparu ou ont changé de nom. Je ne les cite que pour mémoire. 

  • 1965, Secteur face, Voie des Eperons, Cochand, Demont, Forestier, avec pitons de forgeron et coins de bois  
    1274363524_2072610561.jpgView picture information
    Pitons fabrication maison et mousquetons pesant 200 grammes pièce: notre jeunesse
    1274363386_1270825194.jpgView picture information
    Le 'bon' vieux temps: protection par des coins de bois

    1274368865_1450566958.jpgView picture information
    Début des années 1980: Jane-Marie Magnenat qui deviendra Demont

     

  • 1967, Secteur face, Surplomb des Choucas, voie très sévère, très soutenue et très exposée! Cochand, Demont, Forestier
  • 1983, Secteur Première du Pierrier, Ancien Jeune, Demont, Jane-Marie Magnenat, pitons de forgeron
  • 1984, Grande Arête, flanc W, voie Jane-Marie, spits (forage à la main) et pitons, Demont, Jane-Marie Magnenat
  • 1984, Secteur face, voie Renouveau, 3 longueurs, pitons, Demont, Jane-Marie Magnenat
  • 1984, Secteur face, voie MLF, 1 longueur, dans la facette à gauche du couloir de descente habituel, pitons, Demont, Jane-Marie Magnenat
  • 1985, Secteur face, Moitié-Moitié, 3 longueurs, pitons, Demont, Jane-Marie Magnenat
  • 1985, Grande Arête, flanc W, voie Déception, spits (forage à la main) et pitons, Demont, Jane-Marie Magnenat
  • 1993, Secteur Petite Arête, piste de rappel, 4 x 25 mètres, 4 relais, spits, Demont, Jane-Marie Demont ex Magnenat, dans le mois suivant tout le matériel a été volé, une plainte pour vol a été déposée, sans succès à ce jour.

    Le dénominateur commun des ces voies (à part la piste de rappel installée pour le côté pédagogique) était: extrêmement difficile.
IndicatorMap is loading. Please wait.

Click on thumbnail's top-right corner to see the picture's page, or its top-left corner to display the picture in its original size.

The text in this page is available under a Creative Commons CC-by-sa license.
The images associated to this page are available under the license specified in the original document of each image.
Version #78, date 20 October 2012