, Pic de la Mina : Depuis Porté-Puymorens

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Pic de la Mina: Depuis Porté-Puymorens
  2683m  +1000m   NE   E1 F/S1 R2
Summits, passes, lakes and cliffs:
Access points:
  • Activities:
  • Maximum altitude:
    2683m
  • Elevation gain / loss:
    1000m
  • Altitude of access point:
    1623m
  • Up / down snow altitude:
    1623m
  • Conditions:
    good
  • Crowding:
    some people
  • Lift or cable-car:
    closed
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Other conditions on the same day in the same range or massif

Departure time / duration:

7h30-11h30

Personal comments:

Tout en chaussant mes skis ce matin, sur le parking absolument désert de la station, un sentiment de déjà-vu m'envahit. OK, je me suis encore fait avoir, à faire 2 fois le même sommet dans la saison sans m'en rendre compte ! Mon départ est cependant inédit, puisque d'habitude je me gare au col du Puymorens. Mais la station est fermée, autant profiter du calme de ce début de printemps. C'est marrant une station fermée, surtout quand elle est enneigée au point qu'elle aurait pu rester ouverte encore 2 semaines. Bien sûr, qui viendrait skier fin avril ? Non, on ne skie plus fin avril, ce dimanche, on vote !

Je remonte la première piste verte en méditant sur ce scrutin. Mon esprit engourdi par une nuit trop courte folatre dans ce petit matin embrumé, où le soleil a bien du mal à chasser les nuages. Il neigeotte, j'ai le visage balayé par des flocons tout fins qui descendent le versant. Bientôt, je bascule dans un demi-éveil seulement ponctué par le mouvement de mes skis, et ma raison perd peu à peu du terrain.

Et si j'étais un skieur d'extrême droite ? Marre des étrangers sur nos classiques ! La neige française aux français ! L'insécurité dans les refuges est insupportable, un milicien dans chaque dortoir et tout ira mieux. Tout le système est pourri, le CAF ne vaut pas mieux que la FFME, etc, etc...

Non, décidément, revenons à plus de modération. Du genre "Si t'as pas une Suunto avant 50 ans, t'as raté ta vie d'alpiniste". Je suis pour le grand nettoyage de la racaille des stations au canon à neige, et la privatisation des parcs nationaux, on fera payer l'entrée, on construira des chalets refuges de standing pour les montagnards friqués, les autres, ceux qui ne veulent pas skier, les assistés, ils n'ont qu'à se démerder par eux mêmes. Et puis c'est bientôt le 1er mai, la fête du vrai ski.

Ca ne s'améliore pas. Et les skieurs dupont-aignanais ? On en cherche encore...

Alors le centre, pourquoi pas ? S'il suffisait d'acheter des skis français pour réindustrialiser le pays ! Il nous avait bien prévenu il y a 5 ans des conséquences du réchauffement climatique. Seul chef de course à pouvoir nous guider parmi ces reliefs tourmentés ? Mais une neige tiédasse, ça n'a jamais été synonyme de grand ski, malheureusement.

Moi j'ai toujours été partisan des 35 heures de ski par semaine. A dire vrai, je serais même prêt à revenir aux 40 heures, sans y voir un recul social. Ils nous ont promis des lendemains qui chantent, mais le ski-caviar, ça n'a jamais été mon truc.

Non, il vaudrait bien mieux commencer par un moratoire sur l'ouverture de nouvelles pistes, et puis fermer progressivement toutes les stations qui pompent les réserves hydriques de la montagne et ravinent les sols. Fermer les refuges aussi, ça attire des montagnards qui polluent. Et puis limiter l'accès aux espaces naturels, trop fragiles. On attribuerait des permis d'ascension à doses homéopathiques, on lèverait un impôt sur le dénivelé : taxe de 10 euros pour 1000m, 20 pour 2000. Ben oui, ça dégrade tout, les semelles.

Je n'ai toujours pas trouvé le bon chemin, alors le front des skieurs, ça donne quoi ? Des courses collectives, tous ensemble, tous ensemble, oui, oui ! Euh, ça fait trop de monde, désolé.

Reste le nouveau skieur anticapitaliste, pour la décroissance, et contre les conglomérats et les monopoles qui font fabriquer les fixations en Chine, les skis en Corée, et les chaussures en Afrique, en exploitant des enfants, des prisonniers, pour des salaires de misère ou pas de salaire du tout... Ne skions plus du tout, c'est une activité de bourge.

Ah, j'oubliais l'internationale du ski ouvrier. Organiser des manifs de skieurs dans la neige, ça pourrait raviver la lutte des classes. Skieurs contre raquetteurs ou piétons, motoneiges, héliskieurs, etc... Quoi que...

Si bien que je me suis demandé si derrière ce climat tout déréglé, il n'y avait pas là l'oeuvre d'une puissance occulte décidée à destabiliser le microcosme ski-randonnesque, une triade maléfique dont la seule préoccupation serait l'anéantissement total de la population montagnarde. Les prévisions météo hasardeuses, les avions qui laissent des traces persistantes dans le ciel, les croix sur tous ces sommets, les avalanches plus fréquentes que par le passé, autant de signes qui ne trompent pas !

Il ne me restait que le vote blanc pour un jour tel que celui-ci. Tout à coup, j'émerge du brouillard, j'entre dans la cabane des pisteurs, en haut du téléski de la Mine. Un rouge-gorge est resté prisonnier. Terrifié par mon arrivée, il n'arrive pas à s'envoler par la porte grande ouverte, mais se cogne partout au plafond en tentant de se cacher. Enfin, au bout de 10 minutes d'efforts, il se sauve dans la neige. J'ai hésité à l'aider, au cas où la cabane abriterait son nid. Mais ça me paraissait assez improbable. Ou alors j'ai encore rêvé et c'était un lagopède.

Tiens, je ne suis plus seul. 3 catalans rejoignent ma trace, mais bientôt c'est moi qui suis derrière. Les 2 les plus affutés galopent devant, le 3ème est un peu à la rue et nous arrivons ensemble au sommet. Skis aux pieds, ce qui est bien la 1ère fois que ça m'arrive ici. Je les prends en photo avec leurs portables. Je suis le seul ringard à avoir encore un appareil photo, on dirait. Puis je m'équipe pour descendre l'arête : crampons, piolet et skis attachés au sac. Le parcours n'a pas l'air très long jusqu'au petit col qu'on aperçoit plus loin, mais comme je ne suis jamais allé par là, il y a toujours une petite appréhension.

Finalement, le parcours s'avère sans difficulté, l'enneigement est excellent, ce qui facilite le passage avec des skis sur le dos et en légère descente. Comme les nuages commencent à remonter depuis Portet, je me hate de chausser pour tater la poudre. Ce versant est isolé, les autres skieurs redescendent par l'itinéraire de montée. La pente n'est pas accentuée, et la neige absolument excellente jusqu'au fond du vallon. Je reviens ensuite dans la station, là c'est plus médiocre... Je ne me plains pas trop tout de même. Je n'ai pas payé le forfait, et puis j'arrive skis aux pieds directement à la voiture.

Entre temps, le parking s'est un peu rempli. Quelques surfeurs espagnols ont réaménagé un snow park, et sautent péniblement sur 2 tremplins. Tiens, un couple de randonneurs à ski prend le départ pour le pic de la Mine, à l'heure où je termine... Un autre skieur garé à côté de moi vient taper la causette. Il descend aussi du pic. Il est de Belcaire, un bled archi-paumé à côté de la célèbre station de Camurac, qui est au Pas de la Case ce que José Bové est à Martin Bouygues. On discute conditions de neige, courses à faire dans le secteur ou ailleurs, matériels...

Retour vers Toulouse. Une carcasse d'autocar calciné stationne sur un parking vers l'Hospitalet. Je croise à cet endroit une voiture immatriculée en Grande-Bretagne et remarque un passager qui mitraille cette scène insolite. Non, vraiment, ça craint l'Ariège, dira t'il peut-être, de retour chez lui.

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Version #0, date 24 April 2012