, Grand Pic de Belledonne : Arête N

Routes:
Grand Pic de Belledonne: Arête N
  2977m  +1650m (300m)    N     PD II P3 3c>2
Summits, passes, lakes and cliffs:
Huts, usual bivis and valley accomodation:
Le Chazeau  1778m
Access points:
Pré Marcel  1021m to 1291m
Route de la Traverse  1160m to 1270m
Le Molard  1060m
Allemont  750m -
  • Activities:
  • Maximum altitude:
    2977m
  • Elevation gain / loss:
    +2370m
  • Altitude of access point:
    750m
  • Conditions:
    good
  • Glacier status:
    covered - travel is easy
  • Track:
    good
  • Crowding:
    some people
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Other conditions on the same day in the same range or massif

Weather:

11/06/2011 : sommets pris dans les nuages, pas trop chaud
12/06/2011 : beau puis mer de nuages qui monte inexorablement

Departure time / duration:

Allemont : 13h30 >> Rif Premier : 17h
Rif Premier : 6h30 >> Grand Pic : 10h15

Personal comments:

Arête N du Grand Pic

La veille, je suis monté au chalet du Rif Premier via le lac de Belledonne depuis Allemont, le projet étant d'aller au Grand Pic par son arête N puis de basculer sur le col de Freydane et de récupérer le bus à Chamrousse.

Je remonte les deux tiers du vallon de la Balmette en évitant le gros du névé, puis prends pied dessus 200m sous le col. La neige ramollit déjà, je fais des marches sans effort.
L'arête N est quasiment sèche, je progresse rapidement. Je double une cordée à la montée et en rejoins deux au sommet. Au retour, j'emprunte les névés au-dessus du petit couloir NE. J'enfonce jusqu'aux genoux.

L'accident

Il est plus de midi quand j'attaque la descente du versant W du col de la Balmette : un couloir en neige à 45° plutôt exposé, avec des rochers en travers de sa pente et d'autres fermant sa rive droite. Les premiers mètres sont à l'ombre, le reste est baigné de soleil. Considérant la température de l'air, je décide de ne pas mettre de crampons. Je pense même continuer en ramasse Je descends les quelques rochers qui me séparent de la neige et commence la traversée de la zone à l'ombre.
Soudain, je zippe. L'effet de surprise instantanément évacué, je plante la lame de mon piolet dans la neige et entreprends de me retourner. Les dents mordent aussitôt, je commence à freiner. Je n'ai pas fini de basculer complètement lorsque mes mains heurtent une pierre. Mon piolet est éjecté. Si j'arrive à me diriger sur la gauche, je suis sauvé. Mais je prends rapidement de la vitesse, je ne contrôle plus rien. Je percute les rochers en rive droite. Je vole, rebondis, plusieurs fois, dans tous les sens, tel un pantin dans une machine à laver. Puis je m'arrête, enfin.

Les secours

Je reste allongé un moment. Je tente de me relever. Je n'y vois rien, j'ai les oreilles qui sifflent. Je fais quelques pas. Tout ne marche pas bien. J'ai mal au niveau de la cheville et du bassin. En me rallongeant, je trouve une paire de lunettes qui remplacent opportunément celles que j'ai perdues dans ma chute. Ma vue revient petit à petit. Je sors mon portable : pas de réseau. J'aperçois alors un groupe de randonneurs qui descendent du col de Freydane et leur fais signe. L'un deux vient à ma rencontre et m'aide à gagner une zone rocheuse en rive gauche du glacier. Dans le groupe figure un médecin, qui reste avec moi pendant que les autres randonneurs descendent en direction du refuge Jean Collet pour alerter les secours. Un hélicoptère de la CRS des Alpes est déjà sur place pour d'autres raisons. Malheureusement, la mer de nuages est bien remontée et nous enveloppe maintenant. Profitant de faibles percées, l'hélico parvient à déposer deux secouristes, puis un médecin et enfin à me treuiller pour m'emmener vers l'hôpital de Grenoble.

Bilan

Mon altimètre a enregistré l'altitude de 2470m qui doit correspondre à l'endroit où j'ai fait signe aux randonneurs. Comme il indiquait le sommet avec une erreur de -20m, que j'ai dû glisser 10m sous le col et parcourir une dizaine de mètres avant de me rallonger, j'estime ma hauteur de chute à 150m.

Au niveau médical, je m'en tire avec :

  • luxation et rupture du ligament du pouce
  • entorse sévère de la cheville
  • une dent cassée
  • 30 points de suture au coude.

D'autre part, j'ai relevé un impact sur mon casque.

Analyse

J'ai commis deux erreurs : ne pas avoir mis les crampons et ne pas m'être concentré sur mes gestes.
Compte-tenu de la configuration du couloir (pente à 45° exposée) et du fait qu'il soit à l'ombre à 12h, les crampons étaient indispensables. Et sans crampons, j'aurais dû faire preuve d'une vigilance accrue, assurer avec mon piolet chacun de mes pas.
Je pense que ma mauvaise décision concernant les crampons et mon manque de concentration, à l'origine de la glissade, s'expliquent en partie par un état de grande fatigue, accumulée la semaine précédente. J'ai manifesté à plusieurs reprises des signes de distraction que j'ai ignorés ; sans-doute l'excitation d'être en montagne après trois semaines sans.

Etant données ma hauteur de chute et l'exposition de la pente, les dégâts sont légers. Et sans mon casque, les conséquences auraient pu être bien pires.

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Version #0, date 16 August 2011