, Dent d'Orlu - Face E : Fleur de Rhodo

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Dent d'Orlu - Face E: Fleur de Rhodo
  2222m  (350m)    E   D+ I P1/E4 5c+>5c
Summits, passes, lakes and cliffs:
Access points:
  • Activities:
  • Maximum altitude:
    2222m
  • Altitude of access point:
    1850m - cleared
  • Conditions:
    excellent
  • Crowding:
    quite crowded
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Personal comments:

Lever à 5h15, j'émerge tant bien que mal. Ce réveil matinal est justifié par la journée particulièrement chaude qui s'annonce (38° ou 39° sur Toulouse). Je mets le nez dehors, effectivement il fait très doux. La lune est presque pleine, je me prends à penser que nous aurions pu commencer l'ascension de nuit, quoiqu'il ne soit sans doute pas très facile de repérer le cheminement d'une voie au clair de lune.

RDV Blagnac avec F. et E., on se regroupe dans une seule voiture pour faire le trajet jusqu'à Ascou. Le ciel est limpide, on va avoir droit à une magnifique journée. La route forestière n'est heureusement pas trop défoncée, nous arrivons au terminus vers 8h30. Il y a déjà 5 ou 6 voitures, j'espère que la voie que nous visons ne sera pas trop surchargée... Le temps de s'équiper et de répartir le matériel, nous commençons la l'approche dans les bois, l'air est d'une douceur surprenante, nous ne prenons même pas de polaire (une ombrelle eut été préférable).

La fraicheur relative des sous-bois ne dure pas, car nous arrivons en plein soleil sur la petite crête qui monte vers le col, juste avant la redescente au départ de la voie, au milieu de la face est. Quelques grimpeurs sont déjà engagés dans les voies les plus faciles sur la droite. 2 cordées sont à l'attaque dans le secteur qui nous intéresse. Je me dis que nous sommes déjà partis trop tard, mais en flèche à 3, nous serons forcément moins rapides, surtout que nous avons prévu de changer de leader dans la voie, donc finalement, il vaut mieux peut-être partir derrière.

Nous arrivons au pied de "Fleur de rhodo", la 1ère cordée que j'avais aperçue est en fait partie 50m à gauche sur une autre voie, pas de problème. Mais la 2ème cordée a déjà commencé sur la voie décrite comme le must de la face est. Il vaut mieux choisir des voies avec moins de publicité, ça permet d'être plus tranquille. Je discute avec le second pour lui demander si ça ne le dérange pas trop qu'on lui colle aux basques. Non, il est sympathique, il me demande si les surplombs annoncés sur le topo ne sont pas trop durs. Comme j'ai déjà fait la voie il y a 6 ou 7 ans, je lui réponds qu'ils sont bien protégés (du moins c'est le souvenir que j'en ai), mais que c'est quand même du 5c+, donc il faut envoyer un minimum... Comme ça remonte à une période où j'étais un peu mieux entrainé, je suis un peu curieux - un inquiet - de vérifier si je passerai sans difficulté.

J'attaque en tête vers 10h, il fait déjà chaud, mais le contact avec le rocher de la Dent n'est pas désagréable. La L1 est dans le 5a, après 6 mois voire plus en salle, je redécouvre le plaisir de la grimpe en extérieur, dans un cadre montagnard, même les vautours qui tournoient au dessus me paraissent sympathiques, dans la mesure où je ne compte pas leur offrir mon cadavre en pâture (enfin, pas tout de suite). F. et E. me rejoignent au relai, j'en profite pour leur apprendre ou leur rappeler l'usage de la plaquette, puisqu'on a prévu de changer de leader à L3, pour que E. puisse se frotter au 5c+ granit.

La L2 en 4c tient plus de la marche à pied que de l'escalade, on arrive à la vire qui permettrait de sauter ces 2 premières longueurs, mais on n'est pas venu pour faire de la randonnée, ça fait du bien aussi de réviser les manips. J'enchaîne avec la L3, le petit surplomb me pose quelques difficultés, mais je finis par me hisser au dessus et par rejoindre au relai le second de la cordée de devant. Je vais pouvoir taper la causette, car son leader galère un peu à passer le 2ème 5c+ de la L4...

J'apprends qu'ils sont des 2 Sèvres (Poitiers/Angoulême pour mieux situer, c'est au nord de la Garonne !), et qu'ils sont venus une semaine avec leur club faire un peu de montagne dans le coin. A sa façon de ne pas prononcer les "T" finaux de Auzat et Sinsat, je comprends qu'ils ne doivent pas venir souvent. On rigole un peu en évoquant la rareté des spots de grimpe dans leur région. Bon, tout ça n'inspire pas vraiment son leader, toujours coincé sous le petit surplomb à 30m au dessus. Il n'ose pas se lancer, il essaie à droite, à gauche, au centre. Je vois le moment où il va se faire descendre en moulinette, pour que son second essaie à son tour. Ouf, enfin, il trouve un moyen de passer ! Il fait monter son second et moi les miens.

Maintenant, ça va être à nous : comme convenu, je laisse la tête de la cordée à E. Je n'ai aucune inquiétude, vu qu'il me met des branlées régulièrement à Altissimo dans du 7b, alors que moi je n'enchaîne même pas les 6c. J'ai oublié un petit détail : il grimpe rarement en falaise, et pratiquement jamais en grande voie. Donc il n'est pas bien rodé à l'exercice. Il s'arrête au même endroit que le poitevin. "Ne nous couvre pas de honte devant les montagnards des 2 Sèvres !", que je lui crie. Ca ne suffit pas à le motiver. Il fait plusieurs tentatives, mais on voit bien qu'il n'est pas au taquet, et qu'il ne fait pas assez confiance à ses pieds (les prises de main sont plutôt rares au dessus. Enfin, c'est facile à dire vu d'en dessous, je lui répète d'essayer à gauche comme son prédécesseur, mais il me répond agacé qu'il a compris le message. Je commence à m'inquiéter, non pas pour lui, mais pour moi si jamais je dois me taper le pas en tête !

Heureusement, au bout de 15 minutes environ, il finit par oser poser le pied gauche au dessus du surplomb, et le charger, pour atteindre la dalle supérieure et progresser vers le point suivant. Il nous fait venir vers le relai. Effectivement, le pas est retors, mais en second ce n'est pas très méchant; en tête, tout est dans la tête, si je puis dire, il faut se lancer. Entre les divers atermoiements des 2 cordées, nous avons mis plus d'une heure pour faire la L4. N'ayant pas envie de finir lyophilisé sur la paroi, je commence à stresser un peu mes compères pour accélérer les manips de corde. La L5 se poursuit dans du 5b, E. s'en acquitte sans problème. La L6 est encore plus facile. Nous progressons bien, mais les poitevins sont maintenant hors de vue.

Je reprends la tête pour L7 et L8, du 5c puis du 5b, tout d'abord de la bonne dalle avec peu de prises par endroits, ensuite les prises se font plus franches sur L8, c'est du facile. J'en profite pour accélerer un peu. Malgré la petite brise qui balaie la paroi, il commence à faire franchement chaud. Les relais suivants ne sont pas très propices au pique-nique, nous décidons donc d'attendre le sommet pour déjeuner. F. a l'estomac dans les talons, ce qui a du lui faire gonfler les pieds, car ses chaussons lui martyrisent les orteils depuis le début de la voie.

Je laisse à nouveau la tête à E., les longueurs suivantes sont assez paisibles, on est proche de la marche à pied par endroit. Sur la dernière, on se met carrément en baskets, pour soulager les extrémités compressées. Malgré tout ce qu'on a bu (au moins 6l à 3), personne n'a envie de pisser, ce qui suggère que cette eau a été intégralement éliminée sous forme de sueur. Nous arrivons au sommet, la vue panoramique est superbe, il n'y a personne. Il est presque 16h, soit 6h pour une voie donnée en 4h. Je n'arrive pas à étancher ma soif (normal, je n'ai plus d'eau). En plus, je commets une monumentale erreur : je mange mon sandwitch au paté. La tomate ne suffit pas à compenser la sensation de soif qui s'ensuit.

Je descends comme une fusée au col pour récupérer 1/4 de litre d'eau laissée en prévision d'une réhydratation salutaire. Mes cellules crient toutes leur manque du précieux liquide, elles ne sont pas satisfaites pour autant. On poursuit la descente, mais il fait de plus en plus chaud, même dans les bois. Il n'y a pas de ruisseau dans le coin. Le retour est interminable, enfin à la voiture, nous nous jetons avidemment sur 1/4 de litre d'eau vraiment chaude, en devisant sur l'intérêt de laisser une glacière dans le coffre de la voiture avec des boissons abondantes et fraiches.

Arrivés à Ax, il fait 34°C, nous nous ruons dans le 1er bar venu. Je commande d'emblée 2 panachés, que j'engloutis tel un bac à sable. Un orangina supplémentaire sera nécessaire avant que je ne me calme un peu. Et voilà, une journée bien remplie vient de se terminer, le devoir accompli, nous revenons vers Toulouse. Ils ont frôlé les 40°C là-bas, malgré la soif, on était quand même mieux à 2000m !

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Version #0, date 27 August 2010