- Activities:ski/snowboard touring, snowshoing - alpine snow, ice, mixed climbing
- Maximum altitude:4061m
- Elevation gain / loss:+1330m
- Altitude of access point:2732m
- Up / down snow altitude:2732m
- Glacier status:covered - travel is easy
- Crowding:lots of people
- Hut:open & staffed
Faible regel au départ, puis neige dure à partir de 3200m.
Descente
(Sommet-3800): neige trafolée dure
(3800-3300): neige dure skiante,
(3300-3100) : moquette
(3100- Refuge): neige pourrie
Other conditions on the same day in the same range or massif
Départ 5h
Dépôt des skis sous l'arête: 8h30
Descente vers 9h
Quoi?! Par le sentier d’été ?!! Après 4h30 d’errance sous le cagnard, la nouvelle me chlorophyse net.
Lorsque nous étions passés au pied de l’itinéraire d’été, l’idée qu’il était possible d’emprunter ces bandeaux de névés raides ne m’avait même pas chatouillé les narines. J’avoue que j’avais toutefois commencé à subodorer la bévue lorsque, au bout d’1h30, le fond du vallon pourtant situé à l’extrême opposé de notre objectif avait commencé à se dessiner avec trop de précision. Chéri-chéri et Cendrillon, en mode respectivement mécanique et informatique – binaire donc – menaient le bal.
[Mode marche]
J’avais hélé ma copine, à qui j’avais confié le topo la veille, afin qu’elle attribue à ce bout de papier un usage autre qu’absorbeur de transpiration de poche.
[Mode arrêt]
A mon enquête sur le contenu du topo, elle avait répondu :
-rien.
Le topo ne disait rien. Mon insistance m’avait appris cependant que le contenu précis du « rien », pour autant qu’il soit opaque, n’était pas un ensemble vide. En tout état de cause, s’il nous éclairait peu sur l’endroit où nous aurions dû tourner à gauche, il nous confirmait que c’était déjà il y a bien longtemps.
[Mode marche]
Au point où nous en étions, et puisque la bifurcation ne nous était pas apparue nettement, il nous avait semblé préférable de poursuivre la remontée du vallon, à la recherche d’une pente ou d’un couloir praticable pour atteindre le plateau qui, 400m plus haut, nous permettrait, par un habile virage à 180°, de glisser jusqu’au refuge. Les pentes qui se succédaient étaient trop raides (nous ne découvrirons que trop tardivement l’échelle des courbes de niveau des cartes italiennes : 25 mètres, il faut croire que le géographe italien aime l’approximation) et/ou encombrées de barres
[Mode arrêt]
J’avais ressorti la carte. Les altimètres convergeaient vers 2420/2430 mètres. Cendrillon, sous le coup d’un début d’insolation, avait alors prestement pointé son doigt sur un point opportunément noté « 2424m ». Avec la force implacable de l’évidence elle avait conclu :
-On est là.
Ce qui à 750 mètres près à vol d’oiseau était exact. Cendrillon n’est pas une géographe italienne. Cela ne lui interdit toutefois pas d’aimer, elle aussi, l’approximation. A cela s’ajoute la blancheur de son teint et, de fait, sa grande sensibilité aux effets du soleil. D’ailleurs, elle s’était immédiatement coiffée de son bob pour éviter toute dommage supplémentaire de ses facultés mentales, preuve qu’elle en avait encore un peu.
[Reprise du mode marche]
Une pente plus décente, déjà zébrée de récents égarements, avait fini par s’offrir à nous. Sous l’effet d’un soleil estival, la neige y était pourrie sur une grosse épaisseur. En restant dans la trace la progression était néanmoins convenable. De toute façon, aucune autre possibilité n’avait été envisagée.
Nous avions effectivement débouché sur un plateau qui s’était toutefois avéré plus vallonné que lisse. Et c’est avec une joie toute contenue que nous avions alterné montées, descentes et contournements de lacs jusqu’au pied de la moraine derrière laquelle le refuge était censé se cacher. La question demeurait cependant de savoir si nous pouvions traverser à flanc cette pente pour la contourner, ou si nous devions la gravir pour redescendre de l’autre côté. Notre sudation nous avait encouragés à choisir la seconde option : la certitude d’un supplément d’effort fastidieux mais limité était préférable à l’incertitude d’une nouvelle errance sans fin.
La pente se redressait progressivement et avait contraint nos prédécesseurs à terminer l’ascension en escalier. J’avais tenté une incursion dans une zone moins raide, en dehors de la petite coulée qu’ils avaient déclenchée et qui avait eu le mérite de durcir un peu le manteau neigeux. Le résultat instantané avait été de m’enfoncer dans 40 centimètres de soupe qui avaient dégoulinés sous mes skis. J’avais consciencieusement réintégré mes pénates sur le champ. Après une ultime lutte contre la loi de la gravité en milieu lisse et humide, les skis composant un mouvement d’essuie-glace à l’arrimage instable, j’avais achevé la dernière conversion et pris pied sur le replat. Dans son demi-tonneau de pierre et de métal, le refuge trônait en face, 100 mètres en contrebas. La consistance de la neige allait même nous faire pousser sur les bâtons pour le rejoindre.
Voilà donc, en un résumé succin, pourquoi je pousse le râle de la plante verte en colère, lorsqu’après 4h30 j’apprends qu’il en faut 2 petites pour monter au refuge ! Les tarifs gastronomiques et spiritueux locaux m’invitent cependant à la détente et à la consommation (3 euros la confortable part de tarte, 3.80 la bouteille de 60cl de bière).
Rassasiés, nous nous dirigeons vers nos chambres pour une sieste digestive de 3h. Ici, point de dortoir bondé. Une vingtaine de portes jouxtent de part et d’autre le large couloir aux chaleureuses boiseries patinées. Elles s’ouvrent sur des chambres exigües - l’adjectif s’appliquant aux trois dimensions de l’espace. Cendrillon et moi épargnons à Chéri-chéri les cinquante centimètres de hauteur sous plafond réservés aux hôtes des lits supérieurs.
Dans le couloir, un encadrant explique, à en crever les tympans, la suite des opérations à ses ouailles. A en juger ses propos, les pauvres hères auxquels il s’adresse semblent accablés, outre de surdité et d’inexpérience, de déficience intellectuelle.
- Alorrrrrrrrs, dE-mAIn, ON se lèèèève et on s’hA-Billlllllllle !!!
Devant l’absence de réaction de ceux qu’il considère à l’évidence comme des demeurés, l’encadrant réitère ces informations vitales. Mais sur un ton plus haut que précédemment, preuve que cela était encore possible. Il faut le comprendre ledit encadrant. Imaginez l’outrage pour les grenouillères de bénitier qui officient au secrétariat du club si ces jeunes recrues, sans son précieux patronage, réalisaient la première du Grand Paradis en nu intégral… ! Cela étant, pour peu que les ouailles aient de bons attributs, on pourrait parier sur une recrudescente subite des adhésions aux clubs de montagne. Quand on pense qu’en hauts lieux ça se brainstorme sans grand résultat pour identifier les moyens d’attirer la jeunesse en montagne…
A 19h, nous voici à nouveaux les pieds sous la table, dans une salle où l’on parle majoritairement français – on gagne en compréhension ce que l’on perd en musicalité. Les us du refuge nous surprennent. On demande à chaque convive (une petite centaine ?), un par un, s’il désire plutôt des pâtes ou du minestrone en entrée. Omnivores craignant de dîner de pâtes puis de pâtes, nous sélectionnons la soupe. La serveuse revient vingt minutes plus tard, une soupière dans une main, une pile d’assiettes creuses dans l’autre, qu’elle remplit de deux louches du cher – car rare – liquide. Après avoir fait sa livraison de soupe, elle s’éclipse longuement avant de servir, une par une, les assiettes de pâtes pré-calibrées en cuisine. De rabe, point. Estomaqués mais le ventre vide.
La farandole du service autour des tables traîne en longueur et ce n’est qu’à 20h que l’on en vient aux choses que nous espérons sérieuses : le plat de résistance. C’est en réalité la déconfiture. Une assiette aux couleurs émerillonnées mais au rationnement insurrectionnel nous est livrée. Le vert impétueux de deux cuillères à soupe de petit pois (dont le pouvoir nutritionnel est de notoriété commune chez les sportifs) s’harmonise divinement avec le cuivré empourpré d’un morceau de porc caramélisé (dont le volume osseux est supérieur ou égale au volume de viande). Mais sous le coup des fourchettes, la couleur cède rapidement le pas au blanc désespérément vide de la porcelaine. Il est 20h30 lorsque la serveuse nous propose fromage OU dessert. A 20h45, Chéri-chéri et moi crions famine. Nous ne sommes pas loin de jouer les sans-culottes ; ce qui échappe au dit-encadrant-sus-mentionné, au grand bénéfice de sa névrose de l’habillage. Cendrillon, à l’appétit de moineau (les Princesses vivent d’amour et d’eau fraîche, c’est bien connu), n’en fait pas tout un plat. De toute façon, ce serait proprement impossible.
Nous rejoignons donc le lieu de notre sommeil – et de toutes les contorsions. Qui dort dîne. Enfin, oui mais non.
A l’aube, nous quittons le refuge vers un ski soporifique jusque la venue des premières lueurs du jour. Cendrillon, manifestement rassasiée par la restauration locale, caracole en tête. Puis nous la voyons prendre la posture du chien qui enterre son os : tête vers le bas, le jeu de ciseaux de ses skis semble gratter sur place la neige. Ah la garce, c’était donc pour ça qu’elle n’avait pas faim ! Nous nous rapprochons avant qu’elle ait eu le temps d’enterrer son pactole ; pour constater la méprise. Point d’os à enterrer, mais un incident de coutellerie manquante. Cendrillon est en effet coincée sur un léger bombé en neige dure, peu propice à l’accroche des pelles à tarte dénudées, et ne peut plus ni avancer, ni reculer, ni fixer ses couteaux. Chéri-chéri, Prince Charmant loué à titre amical et à très court terme à ma copine, se place en contrebas et lui chausse les outils salvateurs. Sans demander de prolongement du contrat de location, Cendrillon reprend son allure et Chéri-chéri se range fidèlement dans la trace de sa moitié.
Un nouveau ressaut en neige dure se présente. Ma technique de progression étant aujourd’hui exceptionnellement performante, j’hésite à rompre cette satisfaction en mettant à mon tour préventivement mes couteaux. Chacun sait néanmoins qu’en la matière, lorsque l’on est passé du préventif au curatif, c’est toujours trop tard. Au moment où mon orgueil abdique devant la sécurité, un type, quelques mètres au dessus de nous, choit. Il s’avachit de tout son long sur le sol, lutte pour maintenir l’arrêt sur image puis, face à l’efficacité toute relative de l’action, glisse irrésistiblement vers le bas. J’acquiesce, me concernant, à la victoire de la couardise sur l’orgueil.
Trois heures après notre départ du refuge, Chéri-chéri annonce son coup de barre règlementaire – et de surcroît affamé. Un vent froid se lève pour nous accueillir sur la dernière pente. Les fractures de l’arête sommitale se détaillent en contre jour, de plus en plus nettement. Nous y sommes. Vingt ans plus tard, je me dirige vers ce sommet que je n’avais pas atteint. Mais, fidèle à nos principes, nous nous arrêtons deux mètres en dessous ; occasion d’ôter de la vue de Chéri-chéri une vierge qui se laisse un peu trop facilement tripoter par tous les alpinistes de passage. La fidélité dans le couple, ça s’entretient.
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