7 May 2009, Etang du Montcalm : par refuge du Pinet

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Routes:
Pique d'Estats: Par le refuge du Pinet
  3143m  +2000m   N   E2 AD/S3 T3
Summits, passes, lakes and cliffs:
Huts, usual bivis and valley accomodation:
Access points:
L'Artigue  1185m
  • Activities:
    ski/snowboard touring, snowshoing
  • Uncomplete trip:
    yes
  • Maximum altitude:
    2380m
  • Elevation gain / loss:
    1200m
  • Altitude of access point:
    1180m
  • Conditions:
    intermediate
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Conditions (incl. approach):

Grosse activité avalancheuse : coulées et avalanches de toutes tailles en versant sud dès le matin (soleil et température élevée), heureusement un peu plus stable sur le parcours, mais des coulées se forment aussi dans les traces à la descente

Neige très humide et lourde, trace pénible, aucun regel même à 2400m

Néanmoins, ski sur neige de printemps assez agréable, surtout entre 2000m et 1500m

Other conditions on the same day in the same range or massif

Weather:

Grand beau le matin jusqu'à 10h, puis dégradation orageuse (cumulus), averse de 13h à 14h, le temps se dégage ensuite

Departure time / duration:

Départ 6H30, 5h de montée, 2h de descente

Personal comments:

En parcourant tout à l'heure ma liste de courses sur C2C (courses au sens sorties en montagne, et pas shopping en supermarché, car là, je vous arrête tout de suite, je déteste les listes, ça me ralentit trop de faire des allers-retours dans les rayons pour vérifier que je n'ai rien oublié); donc en parcourant ma liste de courses C2C étais je en train de dire, je constatai perplexe que je n'avais pas mis de commentaires personnels sur les 6 ou 7 premières. Perplexe n'est pas exactement le bon adjectif, mais je décidai sur le champ de corriger cette coupable négligence, probablement due à la paresse, ou bien au fait que j'attachais à l'époque plus d'importance aux observations factuelles qu'au partage des émotions.

Cependant se posait en moi-même une question d'importance : étant données les pauvres capacités mnésiques dont la nature m'avait doté, serai-je capable d'en extraire quelques éléments aptes à me replonger dans l'état d'esprit d'un moment vécu plusieurs mois plus tôt. De plus, en avais-je le droit, ou bien le rétro-commentaire personnel était-il bâni ? Après plusieurs relectures successives et attentives de la charte C2C, rien ne me sembla aller à l'encontre de cette démarche.

Que reste t'il d'une sortie effectuée il y a près d'un an ? Des photos ? Je ne me souvenais même pas en avoir pris. Peut-être quelques-unes, mais il me faudrait laborieusement vérifier. La morsure du froid, les gelures et 3 phalanges en moins ? Non, les Pyrénées commencent à ressembler à l'Atlas, et début mai il fallait plutôt faire attention aux insolations.

Alors quoi ? Toutes ces coulées de neige me ramenaient invariablement vers le souvenir d'une amie disparue. La montagne s'épanchait de toute part, le moindre couloir sud larmoyait au soleil et les corniches craquaient de colère. Moi qui n'avait pendant de longues années de sorties hivernales pratiquement pas observé d'avalanches, voilà qu'un spectacle incroyable me rappelait un fait incontournable : la neige, élément naturel mécréant, n'aspire à aucune forme d'élévation matérielle ou spirituelle. Un tas de flocons sur une pente ne demande qu'à glisser vers le bas, seul le vent parfois contrarie cette propension, mais pour quelques poignées de secondes seulement.

Je ne peux pas dire que j'étais inquiet, était-ce mon insouciance juvénile ? Il y a 15 ans peut-être, mais l'heure de la maturité ayant sonné, non, l'explication n'était pas bonne. De l'inconscience alors ? Je m'estime assez prudent, même si beaucoup pensent que partir seul en montagne est dangeureux, voire complètement débile. Il me semble que je fais des activités plus engagées en groupe. Mais parfois on est fasciné par les éléments naturels. Alors pourquoi poursuivais-je la montée ? Juste pour faire une descente plus longue ?

Ce n'est qu'au dessus du refuge du Pinet que le risque ne me parut plus soudain socialement acceptable. Allez, j'avoue aussi que j'étais cuit par la trace en neige bien lourde, et que le risque majeur était désormais la crampe. Et oui, je suis coutumier du fait, mon entrainement insuffisant ne m'empêche pas de tenter de repousser un peu les limites, et l'acide lactique se charge bien vite de me les rappeler. Brutalement, je pris conscience de ma fragilité d'homme et décidai de redescendre au plus vite, pour éviter de ne plus redescendre du tout.

Une grande traversée dans la pente sous le refuge entraina derrière mes skis tout le tapis neigeux de surface en mouvement, non pas une plaque fraturée, mais comme une couche de neige pourrie en reptation sur la sous-couche, et qui ruisselle à la vitesse d'un homme au pas vif, sans accélération, mais avec application. C'était proprement incroyable : le versant semblait s'être réveillé d'un seul coup, et maintenant des tonnes de neige glissaient assez paisiblement vers la vallée, en plusieurs flux parallèles. Je stoppais un instant pour contempler le phénomène, vaguement angoissé à la perspective de poursuivre la descente dans ces conditions.

Mais, la réalité des faits me rattrapa une fois de plus : 600m avant la forêt, et pas un hélicoptère en vue pour m'évacuer. Le ravitaillement du Pinet ne commencerait pas avant 1 mois. Qui plus est, ils se retrancheraient bravement derrière l'affichette annonçant au départ du sentier les risques d'avalanches pour blamer quiconque gravirait ce versant. Pfff, autant filer vers la vallée. J'imagine que tant que la neige ne rencontrerait pas d'obstacle ou de rupture de pente, elle continuerait benoîtement son chemin à vitesse constante, sans présenter de danger excessif.

Et mon hypothèse de nivologue de pacotille se confirma. Au point même que je m'enhardis à traverser les coulées, qui ne m'apparaissaient plus aussi menaçantes. Je n'étais pas à dire vrai absolument obligé de me promener sur cette neige mouvante, mais il fallait quand même estimer du bout de mes spatules la stabilité du reste du manteau, et les conséquences d'une glissade dans ces bandes de neige en mouvement. En fait, elles se laissaient facilement traverser, sans bousculer le skieur, et l'effet d'optique entre bande mobile et bande fixe était hallucinant. Néanmoins, je jugeai raisonnable d'évacuer le secteur assez vite, pour regarder d'en bas la neige continuer de glisser.

Le reste ne fut qu'une formalité, et comme j'ai déjà été bien assez bavard, je me contenterai de dire une fois de plus, tel Schwarzy dans Terminator : "Je reviendrai"...

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