4 August 2007, Grandes Jorasses : Voie Normale

Users:
Loïc Perrin, Sandrine Laplace, SimonP, Sandrine et Simon. Pascal et moi.
Routes:
Grandes Jorasses - Pointe Walker: Voie Normale
  4193m  +1400m (1400m)   SE   5.1/E3 TD/S5 AD/IV/P3 3c
Summits, passes, lakes and cliffs:
Huts, usual bivis and valley accomodation:
Access points:
  • Activities:
    alpine snow, ice, mixed climbing
  • Maximum altitude:
    4193m
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Conditions (incl. approach):

Neige et glace :
- neige pas encore transfo sous les rochers du Reposoir, neige dure ailleurs à la montée (bon regel), soupe à la descente (vers 12h)
- un peu de glace sous-jacente dans une pente raide un peu avant les rochers du Reposoir
- un court passage en glace dans la traversée du couloir (juste avant le couloir en fait).
- quelques crevasses assez ouvertes, mais les ponts de neige tiennent encore bien par bon regel

NB1 : Les conditions ont dû changer depuis, mais ça peut donner une idée par extrapolation.
NB2 : 1/2 tour à 3780m (cf commentaires).

Rocher :
- il reste de la neige sur les rochers du Reposoir, notamment sur la partie haute où on passe sur des arêtes de neige (on a gardé les crampons)
- un peu de neige aussi dans le dièdre qui traverse l'éperon descendant de la Pointe Whymper
- assez bon rocher, mais méfiance dans certains passages du Reposoir (quelques rochers branlants ou vires caillouteuses)

Other conditions on the same day in the same range or massif

Weather:

Chute de neige l'avant-veille (environ 10cm).
Grand beau et trop chaud. Iso 0° annoncé à 4200m.

Departure time / duration:

Global : 13h40 refuge-point 3780-refuge  (Montée : 2h10 >> 7h30 / Descente : 8h >> 15h50)

Personal comments:

Le but à la con... ou ma pire course d'alpinisme



jeudi 2 : on profite de LA journée de pluie pour prévoir la fin de la chasse aux 4000 ;-) Après les 2 bonnes journées à l'Ober et au Zinal, j'avais envie d'un truc un peu plus cool. Un petit couloir au Rimpfischhorn et l'arête E de l'Allalinhorn devraient faire l'affaire. Pas de bol, la Britanniahütte est complet pour les deux soirs. Du coup on passe l'après-midi au bar du camping à trouver un plan B alternativement devant une bière ou Internet (c2c donc). Quand Simon propose les Grandes Jorasses, ça emballe tout le monde. C'est vrai que ça fait quelques années que ça me titille ce sommet mythique. En même temps avec les précipitations qui tombent en Suisse (neige assez bas), je le sens moyen. Un coup de fil au gardien nous rassure : peu de précipitations dans le Val d'Aoste. Donc on est parti !

vendredi 3 : après le renouvellement partiel du matériel perdu/cassé (frontale, guêtres, gants) à Cham' - où, il faut le souligner, tous les étés des soldes extraordinaires ont lieu : des -20%, -50%, liquidation totale du stock, et j'en passe, qui nous ramènent à des prix à peine supérieures aux prix hors soldes d'un Espace Montagne ou Vieux Campeur - on monte "tranquillement" au refuge Boccalate. 2h30. Sandrine se demande si on n'a pas accéléré le pas exprès pour la faire culpabiliser d'avoir abusé des cigarettes bon marché à la frontière. Que nenni, c'est juste plus facile de grimpouiller dans du II en ne traînant pas.

La soirée au refuge est un peu surréaliste. Le gardien nous annonce un repas vers 19h-19h30 (admirez la précision : faut dire qu'on revient de 10 jours en Suisse. Quand ils annoncent repas à 18h30, à 18h32 au plus tard, la soupe est dans les assiettes). A 20h, le repas commence à peine. Il y a des couverts/assiettes en plus sur les tables pour des absents qui n'arriveront pas. Il y a aussi un déballage de matos (piolets traction, casques, ...) d'une caisse du refuge, pour un groupe monté "à vide". A un moment on se demande s'ils sont pas en train de tourner un numéro de "Vis ma vie" avec le vrai gardien qui serait en train de faire le danseur de claquettes à New York. Mais non, c'est juste que ce doit être sa 1ère saison et qu'il manque un peu d'expérience.

A noter (ça aura son importance) qu'on a préféré laisser les 2 piolets traction à la voiture. Vu les conditions annoncées (bonnes), c'est pas utile.

samedi 4 : au réveil à 1h30 le petit déjeuner est presque prêt (il doit être plus du matin que du soir ce gardien). On part à 2h10, suivis de peu par deux autres cordées. Le repérage de la veille nous permet d'accéder rapidement au glacier. Il n'y a pas de trace. Je m'y colle. Heureusement par endroits, on devine quand même l'ancienne trace. Le début est facile (névé), mais on se retrouve à traverser des ponts de neige au-dessus de belles crevasses. Un peu inquiétant de nuit. Le top, c'est quand mon pied se retrouve d'un coup 40cm plus bas. Bond de côté pour échapper à la "crevasse". En fait c'est juste la neige qui n'est pas transformée à cet endroit (croûte de regel cassante). Une petite pente en neige dure avec glace sous-jacente, une crevasse avec pont de neige louche, et on est au pied des rochers du Reposoir (4h10). Pascal cherche l'itinéraire. 1ère tentative : trop dur. 2e : idem. Les cordées arrivées derrière nous ne s'empressent pas de nous doubler pour trouver le passage. Finalement on prend une rampe un peu à droite dont la sortie ne nous inspirait pas, mais qui est bien l'itinéraire. 20 minutes de perdu. Un peu plus haut, je perds les piles de ma frontale, en la cognant sur un rocher. Heureusement Sandrine les retrouve. On arrive à la fin des rochers du Reposoir avec un peu de retard (vers 5h30-6h), mais toujours avec personne devant.

Là il faut attaquer la traversée du couloir expo. Je tente d'envoyer Simon devant. "Non, la neige/glace c'est ton boulot, moi je m'occupe du rocher". Bon OK j'y vais. Ca passe bien en pointes avant. 2-3 broches dans la partie en glace pour se rassurer, mais après je monte trop haut (inconsciemment ou parce que c'est plus facile). Du coup on se retrouve à faire une traversée bien merdique toute en pointes avant, alors que ça passe bien mieux plus bas. On arrive au pied du dièdre en même temps qu'une cordée qui était plus loin derrière et qui est passée plus bas. Pascal met le booster pour qu'on retrouve notre place de leader ;-) A la fin du dièdre, on voit la suite des événements : le couloir le long de l'"éperon Whymper" a l'air sympathique. Avec Pascal on décide de passer là. Mais avant : une pause barre. Je pose mon sac, et là catastrophe : mon piolet passé dans la bretelle du sac est éjecté et rebondit tranquillement sur la pente de neige. Un rocher m'empêche de voir où il continue sa course. En allant au bout du rocher, je ne le vois pas, mais la pente et les énormes crevasses me laissent aucun espoir de pouvoir le récupérer.

Les cordées déboulent les unes après les autres, la plupart munies de 2 piolets par personne, mais c'est délicat d'emprunter un piolet s'ils en ont besoin de 2. J'emprunte quand même un bâton à un Allemand (merci à lui). Le temps de réfléchir à la suite et de me cogner de rage 10 fois la tête contre les rochers (quel boulet !), il est déjà 8h. On n'est pas très en avance et vu qu'on va passer du temps pour m'assurer dans la traversée, on décide de faire demi-tour tous les 4. C'est donc un B2pp (perte de piolet). C'est rageant quand on s'est fait c... à faire la trace tout le long et que les principales difficultés sont passées. Mais c'est comme ça.

Je passe sur la descente pas rapide du dièdre (mon mental faiblit) et le rappel pas très efficace pour rejoindre le couloir. La traversée est au début facile avec les belles marches que me fait Pascal. Après la glace, ça se complique : plus de protection, c'est toujours aussi expo et la moindre glissade entrainerait la cordée entière. Sans piolet, cette traversée en pointes avant qui paraissait "toute bête" à l'aller, me semble interminable, avec quelques frayeurs quand un de mes pieds est moins stable sur une neige un peu changeante. Un de mes pires moments d'alpinisme... Gros ouf de soulagement à la fin de la traversée. Sur une arête neigeuse raide et expo au sommet des rochers du Reposoir, Sandrine et Simon taillent quasiment un escalier. Ca passe mieux. Avec la fatigue, on est bien lents dans la descente des rochers du Reposoir. On traîne un peu dans nos 2 rappels (en voulant renforcer les relais). Il est autour de 12h quand on rejoint le glacier. La neige est complètement rammollie. Sandrine est persuadée qu'on va devoir expérimenter un mouflage en conditions réelles. Finalement ça passe, en serrant les fesses. On arrivera un peu avant 16h au refuge, bien épuisés (autant psychologiquement que physiquement) juste avant les 1ères cordées qui reviennent du sommet.

Pour l'anecdote, mon piolet c'était le Jorasses de Grivel, et il finit sa vie de piolet sur le glacier des Grandes Jorasses.

Conclusions :
- dans ce style de course, un piolet ça sert ! Ca peut être utile d'en avoir 2 pour se tranquilliser dans la traversée.
- c'est pas l'idéal de faire cette course avec un iso 0° à 4200 ou alors faut vraiment torcher pour être de retour tôt.
- le cheminement entre les crevasses doit donner quelques frissons les années plus sèches ou plus tard en saison...
- ça change aussi pas mal la donne quand il y a la trace à faire.
- toutes les autres cordées (4 ou 5) sont a priori allées au sommet, en passant sous le sérac à l'aller et au retour : la fin était apparemment en bonnes conditions.
- un seul but en 2 semaines, c'est pas si mal, mais c'est vraiment couillon de se faire peur pour une erreur d'inattention aussi bête. Je suis preneur de toute méthode qui permet de "ranger" facilement/rapidement le piolet pour les passages rocheux, sans risque de le perdre en enlevant le sac ;-)

PS : j'ai fait presque aussi long qu'un CR de Rozenn, là non ? Bon OK il me manque encore quelques paragraphes ;-)

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