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- Document type:article
- Categories:stories
- Activities:
- Article type:personal article
-Auteur : Florence Bault
-texte mis en ligne en aout 2007
On ne le dira jamais assez, C2C est un vivier étonnant pour trouver des partenaires pour partir en montagne.
là
Après de longues recherches sur ce célèbre site, Ambroise de Castelbajac avait finalement trouvé des compagnons pour faire de la montagne.
Des petits d’jeuns avaient trouvé l’annonce intéressante.
Sam, Tom, et Jo, même pas 60 ans à tous les trois, avaient décidé de s’amuser un peu.
Ils s’étaient donc donné rendez-vous sur le parking du col des Annes en haute-savoie, un matin de bonne heure.
Les trois jeunes étaient trois très forts grimpeurs, enfin c’est ce qu’ils disaient. Ils aimaient bien épater les filles en paradant dans les voies bien déversantes. Mais ils étaient malins, les petits salopiots, d’abord, ils n’allaient pas dans n’importe quelles voies. Ces voies, ils les connaissaient par cœur et bien sûr comme la plupart des voies courtes en gros dévers, elles étaient très bien équipés et ils savaient qu’ils ne risquaient pas de se faire mal.
Donc les trois copains avaient répondu à l’annonce d’Ambroise, histoire de s’amuser un peu et d’avoir une anecdote intéressante à raconter qui les feraient mousser un peu, auprès de leurs amis.
Ce matin là, le trio, un peu en avance, attendait Ambroise, ne sachant pas trop comment serait l’énergumène qu’ils allaient rencontrer.
Et arriverait-il en calèche, en hélico, ou tout simplement en voiture?
Et tout d’un coup, un hennissement les fit sursauter. Une petite carriole à cheval déboucha dans le parking des Annes. Et un drôle d’hurluberlu sauta de cette étonnante voiturette.
L’homme petit et fluet, à l’allure un peu désuète, prêtait à rire. Et Sam,Tom et Jo, relativement discrètement, ne s’en privèrent pas.
Ambroise dans son habit d’alpiniste de la fin du 19 ème détonnait avec les jeunes grimpeurs, en short prana et nu-pieds de montagne.
Le sire de Castelbajac avait au pieds de splendides brodequins à ailes de mouche. L’homme contempla les trois copains au travers de son monocle et demanda : « Serait-ce vous Sam,Tom et Jo? »
« Oui » répondirent-ils
« Vous n’allez pas monter comme ça, jeunes gens ? Il fait froid à 2000 ! »
En effet l’objectif était une superbe voie à la mamule, que les hauts savoyards connaissent bien : « L’oiseau de feu »
Cette voie de 12 longueurs dont la seule longueur pas trop difficile est en 6a, varie sinon entre 6b et 6c+. Les trois compères ne se faisaient pas de soucis, ils étaient jeunes et forts.
Leur mission était de trimbaler l’espèce de charlot qui les payait au prix fort, dans sa chaise à porteurs jusqu' au pied de la paroi, puis ensuite de le hisser dans cette voie qui, pour eux, dans leur esprit, n’avait que des longueurs faciles.
« Pfff !!!, 6c, c’est quoi pour des gars comme nous, qui sortons régulièrement des 8a » se disaient les deux petits prétentieux.
« Vous inquiétez pas » dit Sam, « on est des durs, on a jamais froid »
En réalité, les trois zozos n’avaient jamais quitté la superbe école d’escalade à 10 km de chez eux, où le célèbre micro-climat de ce prestigieux petit paradis, permet de grimper hiver, comme été. Et, les trois grimpeurs avaient rarement pris la peine d’enchaîner sur une deuxième longueur et encore moins sur la troisième.
Des vrais grimpeurs de couenne, en fait!!
2.
Les trois copains n’avaient aucune idée de l’itinéraire, ils se fiaient à leur client. Après tout, demande-t-on à des chevaux de savoir s’orienter ?
« Bon, jeunes gens », dit Ambroise « Je suis désolé, je me suis trompé pour le départ, il va falloir reprendre la route et se rendre au parking des Confins, vous n’avez qu’à me suivre »
Les trois copains remontèrent donc dans leur voiture et suivirent la calèche d’Ambroise. Ils commençaient à déchanter. Eux qui avaient l’habitude de frimer avec leur golf, ils durent suivre une carriole à cheval à dix à l’heure.
« Espérons qu’on ne croisera pas quelqu’un qui nous connaît ! » se lamenta Tom
Enfin, après un temps qui leur avait semblé infiniment long, ils arrivèrent au parking des Confins et catastrophe, il commençait à y avoir du monde, tous les regards étaient tournés vers l’étrange équipage. L'avantage du parking des annes, c'était, justement, qu'il était relativement désert.
De toutes façons, c’était trop tard pour reculer, ils allaient devoir y aller. Et, à leur grande honte, les trois savoyards durent s'approcher de l'original en calèche, sous les regards narquois d'un public complètement hilare, pour l'aider à sortir son étrange moyen de locomotion.
Le fabuleux petit carrosse d’Ambroise se démontait complètement pour laisser place à une magnifique chaise à porteurs, en fait il y avait juste les roues en moins, deux porteurs remplaçaient les deux chevaux et le troisième jouait le rôle de roue de secours.
Sam, se proposa pour jouer le troisième homme.
« Je suis le seul roux » dit-il « Je mérite donc la place de roux de secours, mais attention les gars, si vous êtes crevés et que je dois vous remplacer, tout le monde le saura et votre réputation d’hommes forts en prendra un coup »
"T'est gonflé" maugréa Tom
"Ben ouais, les roux, vaut mieux que ça soit gonflé, mon gars!" répondit Sam
Les deux autres grommelèrent un peu, mais moins malins que leur copain, ne trouvèrent aucunes excuses pour se dérober à la corvée.
Et les voilà tous quatre prenant le chemin de la Mamule, Ambroise, un peu hautain sur son siège, Tom et Jo suant comme des ânes, et Sam, suivant derrière en sifflotant.
Au début, tout allait bien, un sentier bien tracé rendait l’approche agréable.
Ils arrivèrent au refuge de la Bombardellaz et là, le chemin devint plus raide. Les deux porteurs soufflant comme des bœufs se seraient bien fait remplacer par Sam, mais celui-ci ne voulait pas en entendre parler.
« Je dois rester en forme pour l’escalade » dit-il « Je suis le plus fort, et c’est moi qui vais passer devant, il faut me ménager. Mon rôle de roux de secours est primordial, je dois rester en bon état »
Enfin, ils arrivèrent en vue du magnifique mur que formait la Mamule, et pressés de commencer la grimpette, les deux porteurs n’imaginèrent pas que le sentier pouvait continuer et revenir au pied de la falaise. Donc ils coupèrent droit dans la pente, et se retrouvèrent à patiner dans les herbes mouillées. Ils faisaient trois pas et glissaient de deux.
Sam, derrière râlait comme un perdu, même si ce n’était pas lui qui faisait le plus d’efforts.
Enfin, ils furent au pied de l’oiseau de feu.
Les trois copains étaient transis, les pieds trempés par le raccourci stupide, car le chemin continuait et après un grand virage, arrivait au pied de la voie.
Sam, furax, injuria le porteur de tête qui n’était autre que Tom.
Celui-ci, tellement anéanti par la fatigue, ne broncha pas.
C’était à Sam de prendre les choses en main maintenant, c’était lui qui allait partir dans la première longueur.
Mais, il ne se faisait pas de soucis, il avait déjà fait quelques 8a, bien sûr très travaillés et bien équipés, mais là, c’était un 6b, pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon.
Sam, pressé de démarrer, s’équipa à la vitesse de l’éclair et voulut s’élancer dans la voie, mais voulut seulement, car il s’acharna pendant une demi-heure sur un pas de départ un peu déversant, qui, finalement lui parut d’une complexité extrême.
Et maintenant, il avait mal au doigts, il avait l’onglée, et surtout la trouille au ventre. Il ne l’avouerait jamais, mais, il était paralysé par la peur.
Ambroise dans sa voiturette, commençait à s’impatienter.
Tom et Jo, l’un après l’autre tentèrent le départ, mais ils n’étaient tellement pas convaincus, qu’ils firent encore moins bien que leur copain. Le premier clou était trop haut et ils n’avaient pas pris leur canne à pêche pour le clipper et surtout, ce qui les angoissait, c’est qu’il ne semblait pas y avoir beaucoup de points au-dessus, enfin nettement moins que dans les voies de leur terrain de jeu habituel.
3.
« Pffff !!! , qu’est ce que c’est que cette jeunesse » s’esclaffa Ambroise « Bon, vous m’avez porté jusqu’ici, moi je vais vous conduire au sommet de l’oiseau de feu »
« C’est ça, Papi » répondit Sam « T’as le droit d’y croire, montre nous donc comment tu t’y prends »
Ambroise sortit de sa chaise à porteurs, mit son harnais à la mode du début de siècle, s’encorda et sans changer de chaussures, démarra la voie.
Seulement, celui-ci plus futé que les 3 autres, avait vu que le départ était légèrement à gauche et il s’éleva sans aucuns soucis et enchaîna la longueur tel une sylphide s’envolant dans les airs.
Tom ahuri, bégaya « vvvvvvvous aaaaaavvvvvvvvez vvvvvvu cccccccommme il grgrgrgrimpe, le vvvvvvieux schschschnnnnock”
« Ben ouais, c’est normal, nous on s’est trompé dans le départ, et puis après on avait l’onglée. C’est sûr qu’elle ne risquait pas d’avoir froid, la vieille baderne, bien au chaud dans son carrosse !! »
« Bon, moi, je reste surveiller la calèche » déclara Jo « J’y sens pas trop et il faut bien qu’il y en ait un qui s’y colle ! »
Sam et Tom, pas tellement emballés, mais n'ayant pas vraiment le choix, s’encordèrent donc chacun sur un brin et l’un après l’autre, s’engagèrent dans la voie.
Le départ de gauche était quand même moins dur que là où ils s’étaient tous les deux escrimés pendant une demi-heure, mais ce n’était pas très aisé quand même.
Et les deux amis se demandaient, comment Ambroise avait pu passer avec ses vieux godillots.
Tom, un peu naïf, déclara « Ben, les ailes de mouche, c’est terrible pour survoler les difficultés »
Sam ne mouftait mot, il commençait à comprendre que leur vieux compagnon ne serait pas si ridicule que ça, en escalade, peut-être même pire, c’est lui Sam, la coqueluche des grimpeuses, qui risquait d’être la cible des railleries, car il atteignit non sans mal le relais. La fin était en dalle technique, de la dalle à pédzouille comme il disait avec ses potes et il était nul en dalle et surtout, il ne s’imaginait pas passer ça en tête, l’arrivée à ce premier relais était vraiment engagé.
Peut-être qu’Ambroise ne lui proposerait même pas de reprendre la tête, dans ce cas, il n’aurait pas d’excuses à trouver.
Mais, si il se faisait emmener par ce vieil original, sa réputation de grimpeur risquait d’en prendre un coup, d’un autre côté, c’était ça, ou rien d’autre….. Car il avait la trouille, rien qu’à l’idée de passer en tête dans les longueurs suivantes, côtées dans l’ensemble plus difficile que ce 6b+ de départ, ses mains devenaient moites, sa langue se collait au palais de telle façon qu’il était incapable d’articuler un mot.
Et son copain Tom était dans un état encore pire, si c’était possible.
On était loin des dix mètres de dévers avec 10 points d’assurance de leur école d’escalade favorite.
Arrivés au relais, les deux copains n’en menaient pas large. Heureusement, Ambroise eut la bonne idée de partir dans le 6c du dessus, sans rien leur demander.
Les deux savoyards se laissèrent vivre dans les 12 longueurs, ils prirent un peu plus d’assurance au fur et à mesure qu’ils montaient, mais pas suffisamment pour se décider à demander à prendre la tête.
Sam fit les 400 mètres avec sa langue collée au palais et Tom, lui manifesta son anxiété en jouant des castagnettes avec ses jambes tout le temps que dura la montée.
Enfin, ils arrivèrent en haut, ils n’avaient plus qu’à descendre les deux rappels de la bougie, le petit sommet terminal et ensuite, ils n’auraient plus qu’à dégringoler de vire en vire, pour atteindre le bas de la voie, enfin presque, il resterait un ou deux rappels vers la fin.
« Chers amis », déclara Ambroise « Nous allons boire à notre succès, sortez moi donc la bouteille de champagne du sac » Car, bien sûr, le vieil alpiniste avait laissé son sac à un des ses seconds. Voilà pourquoi celui-ci, qui se trouvait être Tom avait trouvé le sac un peu lourd et un peu volumineux.
Ambroise saisit le sac, sortit une bouteille de Krug, clos du Mesnil 1995, trois coupes bien emballées et une boîte de toasts au caviar. Tom faisait quand même grise mine, il avait mal au dos à cause de tout ce barda. Si il avait su…
Quoique, finalement après la première coupe, il n’y pensa plus, tout au plaisir de son palais et de son estomac.
Et une demi-heure après, quand ils eurent fini la bouteille et la boustifaille, les deux jeunes savoyards se sentaient déjà moins complexés, alors, ils laissèrent volontiers leur compagnon diriger la suite des opérations.
Celui-ci installa le rappel et commença à descendre.
Les deux autres énergumènes, bien que pas tellement en état, suivirent derrière, mais pas assez vite au gré de leur tortionnaire.
« Hé toi, là haut, qu’est ce que tu fiches ? » gueula Ambroise à Sam « Les roux lents, j’aime pas ça !!! Je préfère la locomotion avec les jambes!!! Enfin, surtout celles des autres» et voilà que le narquois bonhomme se mit à rire de l’air mortifié du rouquin.
Celui-ci hésita à monter sur ses grands chevaux, mais ce n’était pas le moment, surtout que des chevaux, en l’occurrence pour la redescente de la chaise, peut-être bien qu’il en ferait partie.
Et puis, si il voulait que ce tartuffe les aide à descendre et ils en avaient besoin, il avait intérêt à la mettre en veilleuse.
Il ne put s’empêcher quand même de crier « Chauve qui peut, je descend en roux libre !! » pour rappeler au ricaneur, que lui aussi pouvait faire quelques jeux de mots désagréables sur son crâne lisse comme une bille.
Mais, Ambroise avait de l’humour et il éclata de rire. Et finalement sa bonne humeur devint vite contagieuse, c'est, détendus, sans penser aux quolibets que ne manqueraient pas de leur lancer certaines connaissances, si elles venaient par mégarde à apprendre le détail de leur journée, que les deux compères vécurent la suite de l'aventure.
Après ces quelques asticotages et deux rappels, les trois grimpeurs n’eurent plus qu’à trouver le chemin de descente au milieu des vires et des barres rocheuses.
Et là encore, heureusement qu’Ambroise était là pour leur montrer le chemin.
Il essaya d’abord d’envoyer les deux copains devant pour qu’ils aillent chercher la chaise à porteurs et reviennent le transbahuter, mais ceux-ci étaient incapables de trouver l’itinéraire tout seuls, alors Ambroise se résigna et reprit la tête.
Ils arrivèrent enfin aux deux derniers rappels, puis atteignirent le carrosse au pied des voies.
Un bruit de moteur en sortait, Sam et Tom eurent un sursaut d’espoir, cet engin serait-il motorisé ? Mais non c’était juste les ronflements du troisième copain qui gardait le véhicule.
4.
Jo se réveilla en sursaut à cause de l’énorme charivari occasionné par les trois grimpeurs. C’est que ce trio un peu hétéroclite n’était pas des plus discret. Les trois compères avaient soudé quelques liens avec la proximité que procure une cordée et surtout celle occasionnée par quelques petits verres d’alcool.
« Alors, c’était comment ? » demanda Jo
Sam un peu gêné, ne pipa mot. Il n’avait quand même pas été très performant, surtout par rapport à l’image qu’il s’était construit artificiellement pour épater son entourage. Quant à Tom, il n’osa pas prendre la parole non plus.
Ambroise répondit donc pour eux trois : « Tout s’est magnifiquement bien passé, mes valeureux coéquipiers m’ont merveilleusement secondé, me donnant du mou comme il fallait, pas très rapides dans leur grimpe, mais il faut reconnaître qu’il y avait quelques difficultés dans certains pas»
Jo ricana aussitôt stoppé par l’œil noir foncé de Sam.
Ambroise prit la place du dormeur dans sa chaise et imposa à Sam le rôle de roux de secours car son copain Tom était crevé et même complètement à plat. Quant au ronfleur, pas trop fatigué, il fit office de second porteur.
Cette fois, ils prirent le chemin, plutôt que le raccourci et la descente se fit dans de meilleurs conditions que la montée.
Ils firent bien sûr, comme tous les grimpeurs digne de ce nom, une petite pause au refuge de la Bombardellaz pour se boire une petite mousse reconstituante, les deux pseudos canassons en avaient bien besoin pour terminer le trajet.
Et là, Ambroise intarissable, narra à Jo leur ascension du début à la fin, sans omettre le moindre détail, même pas ses jeux de mots, et encore moins leur petit banquet au sommet de la mamule.
Jo avait du mal à garder son sérieux, mais les regards furibonds de son copain le dissuadaient de rire ouvertement.
Soudain, un peu après qu’ils furent repartis du refuge, Ambroise qui était accoudé à la fenêtre de sa somptueuse chaise, huma l’air ambiant : «C’est quoi cette odeur pestilentielle ? » demanda t-il .
Ne serait-ce pas l’une de mes deux haridelles qui auraient quelques flatulences nauséabondes ? »
« Si c’est toi le roux, on peut dire que quand les roux pètent, ce n’est pas le Pérou, mais si ce n’est pas toi, ce n’est pas le pet roux non plus »
Là, Sam commençait à prendre la mouche, les jeux de mot sur sa tignasse carotte, ça commençait à bien faire.
Il devint tout rouge.
Ambroise essaya de l’apaiser « Du calme, tu deviens de la couleur de tes cheveux, tu as même le cou roux ! »
Et Sam explosa ! Il lâcha la chaise et dégringola au parking.
Jo, qui était devenu la roue de secours, même si il était brun, dut prendre le relais.
« Parfait » dit Ambroise « Tu vas me faire un brin de conduite, la conduite d’un brun est plus tranquille, ça rousse pète moins »
Morts de rire, les deux copains terminèrent le portage de leur étrange partenaire.
Moins frimeurs que Sam, ils trouvaient que finalement, ça ne lui faisait pas de mal d’essuyer quelque quolibets, car il avait plutôt l’habitude d’en donner que d’en recevoir.
Et enfin, ils arrivèrent au parking où Sam attaqua tout de suite
« Bon, maintenant, la paye et que ça saute, l’Ambroise »
« Mon cher ami » déclara Ambroise « Tu as fait du portage, mais moi je t’ai emmené dans une voie où tu étais bien incapable d’aller traîner tes basques tout seul, on est quitte »
« Quoi ? » hurla Sam « C’est quoi cette arnaque ? Sur l’annonce de C2C, tu avais parlé de 15 et 10 euros de l’heure »
« Et bien mon cher, tu es roux laid, tu n’auras pas un sou, ni même de roux pis » et Ambroise explosa de rire, entraînant les deux copains de Sam dans son délire.
« Bon, soyons sérieux, je vais te dire la vérité, en fait C2C me sert d’attrape nigauds, je travaille pour la modération, je suis rabatteur de caquet, mon boulot consiste à repérer les gros frimeurs qui en mettent plein la vue aux autres et qui dénigrent les pauvres anciens alpinistes comme moi, à les piéger et à les remettre un peu à leur place »
Sam devint vert de rage
« Bon t’énerve pas, c’était juste pour rigoler, tu ne vas pas m’en vouloir pour quelques petites roueries, mieux vaut que les roux rient plutôt qu’ils se mettent en colère, non ? »
Les deux autres copains étaient pliés de rire, on ne pouvait pas se fâcher avec Ambroise, c’était trop drôle, surtout qu’il avoua qu’en fait, avant de travailler pour c2c, il était chômeur et qu’il n’avait pas du tout un nom à particule, c’était juste un pseudo.
« Mais, je suis bien payé par camp to camp, venez donc manger à la maison de temps en temps et je vous raconterai mes autres aventures, parfois ça vaut son pesant d’or ! »
Sam réfléchissait, c’est vrai que malgré tout, il avait passé une bonne journée, même si il s’était fait piéger, il avait découvert la montagne, les grandes voies, l’ambiance avait été très conviviale, tout le monde allait se moquer de lui, mais il s’était fait avoir, c’était trop tard, autant le prendre du bon côté.
Et puis, pour les autres histoires croustillantes de c2c, il ne serait plus acteur, mais spectateur, surtout si il devenait l’ami de son bourreau.
Aller se faire quelques bonnes bouffes entre copains autour d’un verre pour parler de tous les piégés des forums de camp to camp, ça avait quand même un petit côté sympathique.
« Ok » finit par dire Sam, en tendant la main à Ambroise « Soyons amis, et même je propose d’instaurer au minimum une rencontre par mois autour d’une bonne bouteille, pour que tu nous racontes les dernières péripéties de C2C et qu’on se paye tous les quatre de belles tranches de rigolade »
Sur ces promesses, les quatre nouveaux amis se séparèrent et Ambroise partit vers de nouvelles missions.







