Premier Mont Blanc

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Récit d'une grande naïveté, rédigé peu après l'exploit réalisé le 11 septembre 1988.
Rassurez-vous, depuis j'ai eu le temps de mûrir...
Ca m'a aussi rappelé le surnom que le guide m'avait donné pendant le stage ...
Et que jamais je n'avais eu autant le souffle coupé par la beauté qu'au sommet du Mont Blanc du Tacul

Premier Mont-Blanc



En ce vendredi de septembre, c’est la fin du stage au centre UCPA d’Argentière. On fait le bilan de la semaine, le carnet de courses et l’appréciation du moniteur. Pour moi, c’était la découverte du massif du Mont-Blanc tant désiré, les premiers crampons, les premières courses en réversible, le premier passage de 6a. Pourtant, au fond de moi, je me sens frustré. Jamais nous n’avons été en haute altitude au cours du stage, nous n’avons pas fait de grande course. J’ai le sentiment qu’il me manque quelque chose.
En fin d’après-midi, je monte dans notre dortoir pour préparer mes affaires. Deux autres groupes sont aussi rentrés. Echanges de souvenirs et d’adresses. Chacun repart ravi et saoûlé d’air pur. Jean-Jacques, mon vis-à-vis de chambrée avec qui j’ai fait plus ample connaissance, prépare également ses affaires. Lui aussi regrette l’absence d’une grande virée en altitude.
Il reste dans la vallée: ses parents ont un chalet au-dessus de Vallorcine. Il y sera seul quelques jours en attendant les siens. C’est pourquoi il me propose d’aller faire la traversée du Mont-Blanc. Cette magnifique course part de l’aiguille du Midi pour gravir tout d’abord le Mont-Blanc du Tacul, puis le Mont-Maudit avant de finir par le Mont-Blanc. Pour nous, alpinistes débutants, c’est un véritable défi. Aucun de nous n’a dépassé en altitude l’aiguille du Midi, nous n’avons pas de carte ni de topo, et un seul baudrier. Qu’à celà ne tienne! J’apprend par cœur la carte qui est au centre UCPA et je recopie un vague topo. Jean-Jacques réussi à dénicher un baudrier en sangle qui fera bien l’affaire pour une course de neige. Je demande conseil à mon moniteur, car c’est moi qui serai chef de cordée. Il m’avertit des deux passages plus difficiles: un sérac dans la face Nord du Mont-Blanc du Tacul et la montée raide à la brèche du Mont-Maudit, mais estime l’entreprise réalisable. La météo est stabilisée au beau jusqu’à dimanche soir. Demain nous irons chez Jean-Jacques chercher sa tente, deux paires de crampons, deux piolets, sa corde et son baudrier. Voilà tout le matériel dont nous disposons!
Cette nuit-là, le sommeil est bien difficile à trouver. Dans ma tête, j’imagine déjà la course, le départ de la tente, le lever de soleil. Je me surprend même à réciter le topo que j’ai inconsciemment appris par cœur.

Le samedi en début d’après-midi nous voit sur le parking du téléphérique de l’aiguille du Midi à Chamonix. Les sacs sont bouclés, dedans le peu de vivres que nous avons achetées, la tente et les duvets car nous avons décidé de camper au col du Midi pour nous acclimater à l’altitude et pour pouvoir partir bien avant la première benne, alors que nous n’avons pas de lampes frontales. Nous estimons que des lampes de poches suffiront à compléter la lumière des étoiles! Après avoir vidé nos poches, nous pouvons tout juste nous offrir l’aller-retour en téléphérique. Dans la queue pour la benne, les gens nous observent discrètement. Nous envient-ils, ou bien nous prennent-ils pour des fous? J’ai l’impression d’avoir déjà franchi une barrière psychologique: je ne suis plus du même monde.
Et c’est le départ! Le survol de l’impressionnante face Nord de l’aiguille n’est qu’un avant-goût avant le fantastique panorama que nous découvrons en débouchant du tunnel. J’ai le souffle coupé, non pas par l’arrivée brutale en altitude, mais par la beauté, la magie des arêtes effilées et des immenses parois qui s’offrent si soudainement à mes yeux. Je suis incapable de faire un geste jusqu’à ce que Jean-Jacques m’apostrophe: “Tu prends racine?”. En fait de racine, ce sont les crampons que je me mets en devoir de fixer sous les pieds, me débattant avec ces lanières tordues et louant l’invention des fixations rapides. Lentement, nous nous équipons. Je suis très concentré sur mes gestes et je sens en moi une joie bouillonnante mêlée d’une certaine appréhension face à l’inconnu. Nous descendons l’arête et nous débouchons sur ce plateau que constitue le col du Midi. Maintenant, c’est la face Sud de l’aiguille du Midi qui nous domine, avec sa fameuse voie Rébuffat que nous rêvons de gravir.
Disséminés au hasard sur le col restent les murs de neige construits par ceux qui ont bivouaqué là précédemment. Nous nous dirigeons vers l’un d’eux et nous y dressons notre tente. Nous n’avons pas de tapis isolant, les duvets seront à même le fond de la tente. Voilà une nuit froide en perspective!  Nous laissons nos affaires dans la tente, puis nous nous dirigeons, sans corde ni baudrier, vers l'ancien refuge des Cosmiques. La neige est uniforme et semble bien accueillante. Quelle n'est pas ma surprise lorsque soudain mon pied s'enfonce et ne repose sur rien! D'un réflexe, je me dégage et à travers le trou creusé par mon pied, je peux apercevoir les profondeurs bleutées d'une crevasse. Le Mont-Blanc a bien failli s'arrêter là!
Depuis le promontoire des Cosmiques, nous pouvons admirer à notre droite et sous nos pieds l'impressionnante face Nord du col du Midi qui dégage une terrible impression de force et de chaos. De l'autre coté et en face de nous, la face Nord du Mont-Blanc du Tacul, toute en neige, le premier volet de notre triptyque de demain. La trace est bien visible: elle doit être très profonde. Ce n'est pas un sérac qui nous attend, mais trois successifs avec chaque fois une crevasse à leur pied. Cependant seul le sérac du milieu a l'air vraiment de poser problème.
Munis de toutes ces observations, nous regagnons la tente en enjambant prudemment la crevasse. Mon réchaud fonctionne à merveille, et nous savourons le coucher de soleil en dégustant une purée au fromage (à moins que ce ne soit l'inverse). Le réveil est fixé à minuit.

Jean-Jacques me réveille. J'ai donc finalement réussi à trouver le sommeil malgré l'altitude, mais que ce fut long! En dehors du duvet qui n'était déjà pas très chaud, le froid est étonnamment vif et désagréable. Je ne me suis jamais habillé aussi vite! Heureusement, j'avais mis mes chaussettes et ma chemise dans mon duvet hier soir, cela forme maintenant une couche chaude bienvenue. Le petit déjeuner est vite avalé. Nous avons hâte de partir, d'une part pour enfin nous mesurer avec cette montagne, et d'autre part pour bouger afin de nous réchauffer.
Nous regagnons la trace. D'une main, je tiens mon piolet et de l'autre ma lampe de poche: pas très pratique pour les changements de pente! Nous nous appliquons à trouver un rythme et bientôt nous voilà au premier sérac. Il est franchi sans encombre et nous continuons. C'est la nouvelle lune, les étoiles sont nettes et nombreuses. En contrebas, très loin, nous commençons à apercevoir les lueurs de Chamonix où les derniers fêtards doivent rentrer chez eux. Voilà une conception de la montagne que je ne comprendrai jamais!
C'est juste avant le grand sérac que ma lampe de poche choisit de m'abandonner. Lorsque nous l'atteignons, nous découvrons, heureusement surpris, qu'il est équipé d'une corde fixe munie d'anneaux. Je l'empoigne d'une main et de l'autre plante mon piolet dans la paroi de glace. D'une main, Jean-Jacques m'assure et de l'autre, il m'éclaire avec la lampe de poche! Après trois mètres, je ne vois plus rien. Ma progression se fait de plus en plus pénible. Finalement, à un mètre du haut du sérac, exténué, je mousquetonne la corde dans un anneau (en tout nous avons deux mousquetons) et ainsi assuré, je crie à Jean-Jacques de me redescendre en moulinette. Il s'élance à son tour, gravit plus vite les premiers mètres, et il lui reste juste assez de jus pour passer. Ensuite, assuré du haut, mon passage n'est plus qu'une formalité. Mais nous sommes bien essoufflés par cet effort: en altitude, chaque geste coûte plus. Nous venons de le découvrir. Cependant, nous décidons de ne pas nous arrêter afin de ne pas nous refroidir. Bien nous en prend, car à peine repartis, c'est la lampe de Jean-Jacques qui rend l'âme à son tour. Les piles, bien qu'alcalines, n'ont pas supporté le froid. Encore une leçon que nous avons tout le temps de méditer à mesure que nous marchons. Nous rattrapons une cordée, mais nous la laissons nous précéder car leurs piles fonctionnent encore.
Le terrain s'aplatit de plus en plus. Soudain, nous débouchons sur l'épaule du Tacul. Je le sais par cœur, nous sommes alors exactement à 4000mètres. Nous avons franchi l'altitude mythique! La cordée qui nous précède se dirige directement vers le col Maudit afin de ne pas perdre de temps. Pour notre part, nous obliquons à gauche pour suivre l'arête qui mène vers le sommet du Mont-Blanc du Tacul. Ce sera notre premier "4000". Cependant, la progression se fait de plus en plus pénible. Il n'y a pas de trace, notre seule lumière provient des étoiles et l'altitude se fait sentir. La corde est bien tendue: Jean-Jacques doit avoir encore plus de mal que moi. Je m'arrête pour qu'il me rejoigne. Alors seulement je m'aperçois qu'au loin, vers la Suisse, l'horizon est barré d'une bande moins sombre. On devine même des sommets en ombres chinoises.

Le sommet n'est plus qu'à une cinquantaine de mètres de dénivellée. A cet endroit, l'arête forme un replat. Dos au vent et d'un commun accord, nous nous asseyons pour attendre le lever du soleil. Finie, la progression en aveugle! Le thé brûlant nous fait le plus grand bien, et nous en profitons pour grignoter. Enfin, le ciel prend une couleur orange et nous nous dirigeons vers le sommet. Un passage raide et exposé nous en sépare, mais la trace est bien faite et la beauté du moment nous entraîne. Au sommet, nous nous repaissons de ce spectacle fantastique.
L'horizon s'embrase progressivement et chaque couche du ciel vire du jaune au rouge en passant par cet orange très dense qui ne s’observe qu’en altitude. Du massif du Mont-Blanc, ce sont les Grandes Jorasses que l'on distingue en premier sur la barre orange de l'horizon. C'est aussi derrière elles que le soleil fait son apparition. Petit à petit, les sommets environnants s’allument les uns après les autres. Les faces s’illuminent progressivement, révélant tout leur relief sous les rayons rasants du soleil. Alors nous découvrons sur l'Italie et la Suisse une mer de nuages d'un blanc uniforme et moutonneux qui masque toutes les vallées. Spectacle féerique!

Il est grand temps de repartir. Nous filons sur le col Maudit et nous entamons la montée à la brèche. Une trace part sur la gauche, mais comme je ne sais pas où elle mène et qu’elle est plus petite, je décide de ne pas la suivre. Plus tard, au contraire, je la prendrai systématiquement: elle rejoint l’arête et surplombe la fantastique face sud de la montagne.
Sous la brèche, la pente se redresse pour atteindre 45°. Un peu inquiet, je me retourne vers Jean-Jacques: ce ne serait pas le moment de dévisser! Heureusement, des marches sont pratiquement façonnées par les nombreux passages de cordées. La progression est cependant pénible, car l’altitude se fait de plus en plus pesante. Je me force à faire un pas pour chaque inspiration ou chaque expiration, mais Jean-Jacques n’arrive pas à suivre le rythme. Je dois m’arrêter sans cesse.
Enfin, nous voilà à la brèche. Devant nous, le Mont-Blanc, objectif ultime. A notre gauche, le Maudit que nous décidons de gravir par l’arête qui nous en sépare. Elle est en mixte et nous pensons que cela nous changera de la monotonie de la neige. En fait de changement, l’arête se révèle être assez aérienne, et l’escalade crampons aux pieds n’est pas mon sport favori. Il devient nécessaire de nous assurer. Pour plus de rapidité, nous le faisons en réversible. Le rocher n’est pas bon: des prises cassent, ce qui nous laisse un peu d’adrénaline, et aussi à ceux qui traversent en contrebas et qui manquent de les recevoir. Il est grand temps de s’en sortir! Un couloir verglacé nous pose encore des problèmes, mais le sommet est en vue.
Nous n’y avons pas fait de vieux os: cette maudite arête (elle porte bien son nom) nous a fait perdre près de deux heures alors que nous étions déjà justes sur l’horaire. Pour le moment, nous sommes en train de descendre prudemment vers le col de la Brenva: la pente est raide et impressionnante. Au col, nous trouvons un alpiniste emmitouflé dans un duvet. Explication: il a coulé une bielle et il attend ses copains partis au sommet. Quelle inconséquence! On ne laisse pas seul un malade à cette altitude! Cela aussi, j’en ferai plus tard l’expérience.

Nous attaquons le Mur de la Côte. Encore cinq cents mètres nous séparent du sommet. J’envisage que ce ne sera pas drôle: Jean-Jacques en est à faire un pas par respiration, et la montée s’annonce plutôt monotone. Nous nous appliquons à monter régulièrement, sans nous arrêter. Nous franchissons ainsi le premier ressaut et je découvre les Rochers Rouges. Sur le replat que nous traversons, je remarque quelques crevasses. Soudain, la corde se tend brutalement. Jean-Jacques n’est tout de même pas tombé dans l’une d’elle! Je me retourne. La vérité est beaucoup plus simple: il est tombé au sol brutalement et ne se relève pas. Il me regarde d’un air désolé. Je viens vers lui, mais il ne se relève toujours pas. Pourtant, il n’est pas blessé. N’en a t’il plus la force ou l’envie? Je l’assois et commence à préparer du thé. Il espère que la pause lui fera du bien. Le thé est brûlant. Il a du mal à l’avaler, mais ce n’est pas à cause de la chaleur: l’altitude lui noue l’estomac. Finalement, nous repartons. De nouveau, nous nous appliquons à marcher le plus régulièrement possible. Sans cesse, je me retourne pour comparer notre altitude à celle du Mont Maudit. Nous l’atteignons, puis nous la dépassons de plus en plus nettement. Jean-Jacques continue courageusement à monter. Plus tard, il me dira que seule l’idée du rythme dans sa tête le faisait progresser. Il était incapable de penser à autre chose d’autre que d’avancer. Le sommet ne doit plus être bien loin. Je crie pour encourager Jean-Jacques. Probablement plus que quelques dizaines de mètres.
Ça y est, je le vois: il est là, devant moi à cinquante mètres tout au plus. Je le tiens, ce sommet tant convoité. Moment sublime, où chaque pas que je fais achève un peu plus l’accomplissement de mon rêve. Malheureusement, côté tranquillité, c’est raté. Il y a bien trente personnes au sommet. La place du marché doit être plus calme! Lentement, nous décrivons le panorama. On peut voir toutes les Alpes, du Viso bien reconnaissable là-bas tout au Sud, jusqu’au Cervin et même au-delà vers l’Autriche. Au passage, l’Oisans et le Grand Paradis vers le Sud, le Grand Combin et les Alpes du Valais vers l’Est. Tant de montagnes sur lesquelles je ne sais pas mettre de nom!

Avant de repartir, je mange une tartine avec du saucisson. Jean-Jacques, lui, est incapable d’ingurgiter quoi que ce soit. Il est temps qu’il redescende. Nous atteignons rapidement le col de la Brenva: à la descente, c’est beaucoup plus facile, d’autant que chaque pas nous fait gagner quelques fractions de pression atmosphérique. Autrement dit, plus on descend et plus on va vite. Pour rentrer, nous ne passerons pas par les sommets, nous suivrons la trace qui va au plus court. Nous traversons donc sous le sommet du Mont Maudit et nous débouchons directement à la brèche.
Là, c'est la foire d'empoigne: la descente de la brèche est raide et assez impressionnante, et de nombreuses cordées sont en train de faire la queue pour poser un rappel sur le pieu que les guides ont amené en début de saison. D'autres cordées sont déjà dans la descente, certaines face à la pente, d'autre à reculons. Les cordes se croisent, certains veulent doubler, d'autres ont peur et restent bloqués, bref, la situation est inextricable et déjà les injures commencent à fuser. Vu l'état de Jean-Jacques, il est hors de question d'attendre, et ce d'autant plus que nous n'avons pas de descendeur pour le rappel. Un peu à l'écart, j'assure donc sa descente sur mon piolet, et arrivé en bout de corde, il fait de même. Nous nous retrouvons sous le passage raide et déjà nous allons vers le col Maudit. Mais Jean-Jacques avance de moins en moins vite. J'ai trop chaud et je m'énerve: à ce rythme-là, nous y sommes encore demain! Nous faisons encore une pause pour nous dévêtir, et soudain j'appréhende la remontée à l'épaule du Tacul: comment Jean-Jacques va t'il y arriver?
Inquiet, je me mets en marche en prenant un rythme très lent. Jean-Jacques suit, et ce qui me rassure, c'est que nous avançons encore plus vite que la plupart des autres cordées. Cependant, nous ne les doublons pas: sortir de la trace demande trop d'effort.

Depuis l'épaule du Tacul, nous pouvons déjà apercevoir notre tente: là-bas, c'est le repos qui nous attend. A mon tour, je ressens une grande fatigue: ce n'est pas le mal de l'altitude, mais chaque mouvement devient subitement très pénible: est-ce la vue du but qui me démotive? Nous nous engageons prudemment dans la descente. Ce n'est pas qu'elle soit extrêmement raide, mais dans l'état dans lequel nous sommes, une chute serait difficile à enrayer.
Nous voici au grand sérac équipé de la corde fixe. C'est le même désordre qu'à la brèche du Maudit! Nous employons donc la même tactique. Cependant, à cet endroit, la descente est verticale: ce n'est plus un assurage qu'il faut faire, mais une moulinette. Je me cale bien dans la neige et je fais descendre Jean-Jacques en l'assurant à l'épaule. Lorsqu'il arrive sur la surface plane en-dessous du sérac, il avale le reste de corde et il ne me reste plus qu'à descendre en empoignant la corde fixe. Seulement voilà, elle est terriblement encombrée, cette corde fixe!. D'autorité, je la saisis et commence à descendre en doublant tout le monde. C'est à ce moment que j'entends: "Attention devant, laisse passer le guide!". Et oui, c'est bien de moi qu'il s'agit! Je n'en demandais pas tant, et muni de cette précieuse carte de visite, j'achève ma descente sans encombre: tout le monde s'est poussé.
La fin de la descente n'est plus qu'une formalité et bientôt nous voilà à la tente. Jean-Jacques s'engouffre dans son duvet et essaie, sinon de dormir, du moins de se reposer: c'est ce qu'il a de mieux à faire, car il nous reste 200mètres à monter jusqu'à l'aiguille. Pendant ce temps, je prépare un thé et je range les affaires. De son bol de thé, Jean-Jacques ne garde rien: il est complètement malade, il ne se repose pas et il ne sert à rien de rester là. Nous replions la tente, et les duvets que je mets dans son sac: c'est volumineux, mais c'est ce qu'il y a de moins lourd. Pour ma part, je me charge de tout le reste: c'est terriblement lourd. Mais il faut faire ainsi: je ne pourrai pas faire deux fois la montée et il faut bien que les affaires nous suivent. Il nous faudra deux heures pour parvenir au tunnel de l'aiguille, alors qu'en bonne forme, un quart-d'heure peut suffire!
Çà y est, nous sommes allés au Mont-Blanc et surtout nous en sommes revenus. Mais nous ne réalisons pas encore. Dans le train qui m'emmène à Marseille, je dors comme une souche, même si le contrôleur a eu l'idée et surtout l'acharnement de me réveiller à trois heures du matin. Je me serais cru en refuge!

                            Long John.

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Version #2, date 25 June 2012