Extinction des feux en bivouac

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Aussi intitulé "Pourquoi est-il préférable d'aller dormir avec les ronfleurs?"

-Il est là! Je te l'avais dit!!
-Ouais, bah c'est pas trop tôt.
-Oh, eh, tu vas pas râler.
-T'avais qu'à porter la tente, dans ce cas.

Effectivement, ça fait depuis le matin 8h que Copine porte la tente. Il est maintenant 18h. En même temps, Copain n'est pas très (pas du tout) galant. Et en plus de ça, elle porte également son duvet et son tapis de sol.
Grand Prince, Copain a accepté après moult négociations de prendre le bleuet. Et la moitié de la nourriture.

-Tu aurais trouvé à râler quand-même.
-Même pas vrai.

Afin de vous éviter la scène de ménage qui se prépare, je vous invite à une petite découverte de l'endroit où nos deux sujets, qui se sont très volontairement prêtés à cette expérience, vont bivouaquer. Il s'agit d'un coin idyllique, à côté d'un lac, au pied d'une belle montagne. De nuit, les trois télésièges et le télécabine qui parcourent son glacier ne se voient pas. En revanche, ce qui se voit, c'est le refuge.
Eh oui. Pour cause de législation, le bivouac dans ce secteur n'est autorisé que sur certains emplacements près des refuges... Ce qui ne manque pas d'énerver Copine, qui trouve que "tant qu'à monter là haut, autant aller dans le refuge, ça nous allégera". Et elle avait raison. Mais son Jules lui a sorti l'argument imparable: "Tu verras, dans notre petite maison de toile, si on sera pas bien. Juste nous deux. On pourra regarder les étoiles, et les ronfleurs nous empêcheront pas de dormir..."
La vérité est moins reluisante. En fait, Copain, qui est assez... radin pingre économe, ne veut pas payer la nuit en refuge avec demi-pension. Heureusement pour lui, Copain est bon orateur, alors il a réussi à faire passer la nuitée en bivouac.

Copain et Copine ayant terminé leur séance de dispute, nous pouvons en revenir à eux.

Après avoir consulté le Gardien du Refuge, notre jeune couple doit maintenant installer la tente. Copain, qui en a pris plein la gueule pendant la dispute, fait le dos rond et ne bronche même pas lorsque Copine lui ordonne de prendre les choses en main. Après tout, il n'a pas eu à supporter les 4 kilos de la tente. Copain était trop pingre pour en acheter une "light".
Le montage a déjà pas mal avance lorsque Copine revient. En effet, Copain a fini de monter la chambre. Reste à mettre le double-toit.

-Tu sais, pour la cuisine... lui dit Copine.
-Eh ben? lui répond Copain, très affairé avec les mâts et les arceaux de cette }$øµ##° de tente, et qui donc n'en a rien à faire.
-Eh ben on n'a pas le droit d'utiliser le réchaud, faut utiliser la gazinière du refuge.

Copain en est tellement surpris qu'il lâche l'arceau B, qu'il devait enfiler dans le passant 15.8.4A du double-toit et dit que quoi, c'était bien la peine de monter le bleuet, ils pourraient prévenir et toutes ce choses là...

En même temps, il s'estime heureux de l'avoir pris lui, et de ne pas l'avoir laissé à Copine. Il se serait fait lyncher. Alors que là, en voyant le petit sourire de Copine, Copain comprend clairement qu'il vient d'en prendre pour son matricule.

Après une gamelle de pâtes tiédasses prises sur le pas de la tente, une douche glacée au bachal amenant l'eau du glacier et un bon brossage de dents, il est temps pour nos deux protagonistes d'aller se coucher.

C'est au moment d'entrer que Copain renâcle.

-Tu sais, la fermeture de la chambre...
-Celle que t'as laissée ouverte pour aérer?
-Oui...
-Eh ben?
-Eh ben on a des limaçons qui sont entrés par là.

Copine émet un sifflement digne d'un de ces vieux trains à vapeurs que je n'ai, malheureusement, pas eu le privilège de connaître.
Le dos rond toujours, Copain évacue les importuns, puis entre, suivi par Copine.

L'heure est venue de se glisser dans les sacs de couchage. Copine, visiblement mieux informée que son Jules, se déshabille pour ne garder que le minimum...

Quel dommage qu'elle garde quelque chose... Mais enfin, c'est un joli portrait à croquer...
Euh, revenons à nos moutons...

Copain, prévenant, lui dit qu'elle va avoir froid.
Contrairement à Copine, Copain n'a pas beaucoup fait de montagne. C'est un des arguments qu'il a utilisé pour lui faire porter la tente.
C'est pourquoi Copine, très gentille et très gentiment, lui explique ce principe de base de la nuit en bivouac.
Dubitatif, Copain décide de continuer sur sa lancée pour pouvoir comparer avec Copine demain, certain de sa victoire...
Il n'imagine pas à quel point le camouflet qu'il va essuyer sera cuisant. Mais j'anticipe.

Bien calée dans son duvet, Copine entame immédiatement une bonne nuit.

"Bon, ben c'est foutu pour le romantisme". se dit Copain, qui tente alors de dormir. Qui tente seulement car, en plus d'être un peu insomniaque, Copain a froid. Heureusement, la fatigue de la journée lui vient en aide et le voilà qui s'endort, après deux heures passées à se les geler.

Le problème, c'est que Copain ronfle, ce qui réveille Copine. La voilà quitte pour se lever, ouvrir la chambre, prendre son sac, fouiller dans ses affaires pour sortir ses boules de mousse et les mettre. Ce qu'elle fait.
Le problème est que, une fois réveillée, Copine a beaucoup de mal à se rendormir. Et surtout avec une pierre dans le dos. Son matelas de sol ne la protège pas de ce genre d'inconvénients.

Après un bon moment à tourner en rond, Copine s'endort également.

Voici venue l'heure du bilan.
Au départ, il était prévu une nuit romantique avec vue sur les étoiles en sac de couchage jumelé (ce dernier point avait été sous-entendu, refusé par Copine au prétexte que c'est comme ça qu'on avait le plus froid).
Au final, la nuit n'aura pas été spécialement romantique, les étoiles, même avec de la bonne volonté il aurait été difficile de les voir étant donné la couverture nuageuse, qui a déversé des trombes d'eau au cours de la nuit. Et en plus, ça a été chacun dans son sac.

Au réveil, Copain se le jure: l'année prochaine, c'est au bord de la mer et nulle part ailleurs.

Il se réveille assez difficilement d'ailleurs.

Finalement, il reconnait que Copine avait raison: il s'est caillé pendant toute la nuit, et pas elle.

Après un reconstituant petit-déjeuner vient l'heure du démontage de tente. Copine se propose immédiatement, ce qui intrigue Copain:

-Pourquoi tiens-tu à le faire?
-Parce-que tu vas porter la tente.
-Ah mais non.
-Eh si. Hier, tu nous l'as installé sur un champ de cailloux, et l'un d'eux m'a appuyé sur le dos toute la nuit. En conséquence de quoi j'ai mal, alors il est hors de question que je me surcharge.
-Mais...
-Évidemment, ce ne serait pas arrivé si tu n'avais pas pris la meilleure place. Donc tu portes la tente ou on la laisse ici.

Copain ne sait quoi répondre. Il est tout penaud, et regarde Copine démonter la tente, puis la ranger en vrac dans son sac et la lui tendre.

L'année prochaine, c'est décidé, c'est à le mer et en voiture.

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Version #2, date 19 September 2010