La fin justifie les moyens

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C'est fou ce qu'on peut trouver comme solutions lorsque, dans une voie, on se retrouve bêtement coincé. Même si ces solutions sont peu orthodoxes au regard des conventions actuelles.

Aujourd'hui, Dimanche premier Août, il devait faire mauvais, dans ma région. Il devait...
Pas un nuage à l'horizon, c'est décidé, on va pouvoir y aller...

Ça fait tout juste une semaine que je me suis remis à l'escalade, après avoir surmonté ma peur du vide.
Troisième voie depuis cette redécouverte aujourd'hui.

Au programme: une "multi-longueurs" pas trop difficile (au vu de la cotation): Crack'hot. Trois longueurs.

Mon père part en tête sur la première. Je le rejoins un peu plus tard sans trop de problème.
Il m'annonce que c'est là que ça va se compliquer. En effet, on débute la deuxième par une traversée cotée en 6quelquechose. Avec peu (pas?) de prises de mains et juste une bande de petites prises de pieds.

Il repart en tête, je l'assure. Comme le relais est dans un dièdre et à l'ombre d'un surplomb, j'ai décidé de ma caler dos au rocher, jambes tendues, position qui, bien que confortable au début, va devenir avec le temps franchement fatigante. Mes jambes commencent à me tirer. Et pas question de changer de position pour être mieux installé. Il me faudrait une plus grande longueur de corde (je suis vaché au relais par un cabestan sur un mousqueton à vis et une sangle), ce qui me ferait immanquablement lâcher le brin de corde sortant de mon huit.
Enfin, il est au relais et avale la corde.
Je vais pouvoir m'élancer.

Donc je m'élance. Retour en plein cagnard.

Après un mètre, j'arrive sur la bande de prises de pieds. J'essaie de mettre mes mais là où j'ai vu mon père trouver des prises. Pas grand chose... Mais comment à-t-il fait? Diable!
Rien à gauche, rien à droite, rien en haut ni en bas... De toutes façons, il y aurait quelque chose en haut, il ne faut pas monter tout de suite afin de ne pas se retrouver bloqué par le surplomb.
Seule solution restante: les spits. Je m'accroche au premier pour me décaler sur la droite, trouve une prise de mains.
Mais il faut encore continuer, et je un peu bas.

"On ne doit pas grimper en s'aidant des spits, c'est tricher", disait-on. Qu'à cela ne tienne, je vais m'aider en me tirant sur la sangle accrochée au deuxième spit.
Enfin, après un troisième spit converti en providentielle prise monodoigt, la traversée est franchie, le pas suivant est plus facile. J'arrive au relais, crevé par ma traversée, et j'annonce que, décidément non, je ne pourrais pas faire la troisième longueur.

Mon paternel me demande comment ça a été, la traversée. Je réponds que "bof". À ma réponse, il devine immédiatement, ou du moins il a des soupçons car il demande une confirmation, par quelle méthode j'ai franchi le pas.

Je m'assois dans mon baudrier et l'assure pour la troisième longueur, que je n'accomplirai pas, puis nous redescendons en deux rappels sous un soleil de plomb.

Il se sera mis à faire mauvais, finalement. Mais dans la soirée, bien après le retour à la maison.

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Version #1, date 1 August 2010