Grande Aiguille de la Bérarde

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-Auteur : Michael Blum

-texte publié sur le topoguide skirando en avril 2004





Réveil 4h Samedi matin, Simon glande au pieu, me maudit un peu et monte malgré tout dans la caisse. On est 7 à la Bérarde + Walter, turinois, rencontré au parking. Monter au radar, tourner trop tôt à gauche, se retrouver dans un couloir qui semble buter sur les rocher, se maudire d'être toujours aussi nul pour trouver le bon itinéraire et en avoir déjà marre après à peine 1h de montée. C'est Walter qui trace, c'est Walter qui traverse à droite, remonte un couloir pourri et débouche dans le cirque supérieur. Le groupe suit, sans conviction, se pose de sempiternelles questions, hésite à remonter le couloir péteux, ne relaie pas Walter.

Une histoire ne saurait être vraiment glauque sans son moment d'espoir. Le groupe trace dans ce havre de platitude qu'est le cirque sous le couloir, je discute avec Walter "vous faites souvent ce genre de truc, patati, patata", bientôt trop naze, je ne soutiendrai plus la conversation. Dans le couloir, c'est un véritable peloton cycliste qui s'époumone, 130 pas à tracer pour chacun de nous avant de se laisser glisser à l'arrière du peloton, seul Walter Pantani reste toujours aux avant-postes. La neige est bien tassée et déjà la perspective de la descente me glace un peu. Avec nos errances matinales, il est déjà tard, la neige des pentes inférieures est pourrie jusqu'au sol, je pense aux avalanches et flippe toujours un peu plus. Au niveau du ressaut glacé, je décide de redescendre. C'est sans compter avec un Simon revigoré qui me hisse quasiment jusqu'au sommet.

En haut, je ne jette pas le moindre coup d'oeil sur les sommets environnants, je cherche une idée lumineuse pour appeler l'hélico sans paraître trop ridicule. Peine perdue, Clément me rassure et je le suis dans la descente. A l'attaque du premier virage, je déchausse l'arrière des low tech et rechausse en sortie de virage (ne surtout pas vérifier son matériel). Au niveau du ressaut, Walter passe à ski et nous recommande la plus grande prudence. Simon descend, les carres accrochées sur la glace, les mains sur le rocher. Les petites coulées de neige (inévitables) provoquées par nos compères du dessus ont raison de ses carres, Simon penche, Simon bascule.

De la suite de la chute nous ne verrons rien, le ressaut glacé masquant toute la fin du couloir. C'est le cri de Walter, seul spectateur, qui nous renseignera. Un "non!" crescendo qui balaye tout espoir d'arrêt salvateur. Un "non!" qui retombe désolé, se muant en un simple hochement de tête. De la suite de la descente reste quelque pensées confuses, certaines de circonstance; l'annonce aux parents, aux potes, d'autres moins avouables; l'hélico qui viendra le chercher nous ramènera sans doute aussi dans la vallée et nous n'aurons plus à skier les pentes avalancheuses du bas.

C'est la voix de Clément qui me rassura le premier, un "ça va" impensable, un vague oeil au beurre noir comme seul souvenir sur le visage de Simon. Walter lui a ramené ses skis, ses crampons. Walter s'en est allé, pressé. Il en a déjà vu 2 y passer dans l'année.

Les moments les plus galères en montagne s'effacent souvent de notre mémoire. Pour une simple croix sur un topo, t'as passé une journée l'estomac noué, t'as cru ton pote crevé. Une citation d' Etienne du CAF Oisans pour conclure: "un bon montagnard est un vieux montagnard".

Merci Walter



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Version #2, date 6 July 2008