-Auteur: François Grémillard
-Texte publié sur le forum alpinisme en mars 2003
Dans le couloir où coule l'ombre froide
Plus lourde cent fois que le plus lourd bloc,
On nous a posé sur la pente roide
De bric et de broc.
Qui sur une épaule et qui sur le ventre. L'un presque d'aplomb l'autre sur le dos
Sens dessus dessous, le tout petit entre deux gros.
Depuis ce jour-là bien des temps passèrent,
Et bien des soleils moururent de froid,
Et le vent rageur mena bien des guerres
Contre la paroi.
Et nul enchanteur ou métamorphose
N'a désenchaîné notre sombre amas,
Et nous attendons sans trêve un chose
Qui n'arrive pas."
Jamais le soleil au fond de la tombe
N'a gratté verglas de son ongle d'or
Et nous ne savons de ce vaste monde
Que deux angles morts,
Où parfois quand le gel et la tourmente brassent le grésil avec cent démons
S'égarent les coups de bise et les lentes ailes des flocons.
Mais au plus pesant des pierres pesantes veille un Oiseau-Roc aux vols fulgurants
Qui sait bien guetter la mauvaise chance, une heure ou mille ans
Nous sommes les petits cailloux
Zézayant ainsi que des moustiques
Dzzzitt ! qui s'y frotte s'y pique
Dzzzitt ! grimpeur, prends garde à nous !
Eh ! gar' la casse là-dessous !
La glace fond sous moi, je croule…
En bonds énormes débaroule…
Bing ! Bang ! c'est moi le gros caillou.
Montagnard agile et fort
Tendu par le rude effort
Sur la pente qui s'étire,
Toi qui de pointe et de pique
Mène l'assaut vers le pic
Où brille ton vieux désir…
Gare ! plaque toi ! Dzzzitt ! Dzzzitt !
Ce qui passe là si vite,
Vol de durs frelons qui mord
Courbe le front, c'est la mort.
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