L'artif consiste à progresser en s'aidant de points que l'on place dans différentes faiblesses (trou, fissure, goutte d'eau,...) du rocher. La cotation dépend directement de la solidité des points et de la hauteur de chute potentielle que le grimpeur peut effectuer si l'un des points cède sous son poids.
(article du 05 mai 2002 importé de la V4 par gN)
Sommaire :
1- Quelques principes élémentaires
2- Motivations pour une nouvelle cotation en escalade artificielle
3- Propositions pour une nouvelle échelle de cotation
4- Une nouvelle cotation aux USA
1. Quelques principes élémentaires
L'artif consiste à progresser en s'aidant de points que l'on place dans différentes faiblesses (trou, fissure, goutte d'eau,...) du rocher. La cotation dépend directement de la solidité des points et de la hauteur de chute potentielle que le grimpeur peut effectuer si l'un des points cède sous son poids.
La cotation actuelle est une échelle fermée de cotation, allant de l'A0 à l'A6.
Par définition, l'A6 est une longueur où aucun point ne résiste plus qu'au poids du grimpeur, pas même les relais. La cordée n'a alors pas le droit de chuter, sous peine de dévisser !
L'A0 est par définition une longueur où chacun des points de protection résiste à une chute du premier de cordée. Généralement, les longueurs d'A0 sont des longueurs dites "de tire clous" ("French climb", d'aprés les anglosaxon - je ne vous raconte pas la réputation ! ) pour lesquels les points de progression sont déjà en place et où il ne reste plus qu'à tirer aux clous (pitons).
Entre ces deux extrêmes, on trouve 5 cotations, plus les intermédiaires côtés à l'aide du signe +. Par rapport à cette ligne générale de cotation, on peut considérer que la technicité de l'escalade entre en ligne de compte, mais de manière secondaire. En effet, bien souvent, mais pas systématiquement, la difficultée de placer un point est lié à sa résistance : il est plus difficile de placer un copper ou un plomb que de planter un piton dans un trou. Aussi, regarde-t-on le temps passé dans une longueur. Ce dernier nous indique si la longueur est retor ou plutôt évidente.
Echelle de cotation
A0 : Tous les points sont en place et résiste chacun à la chute du premier de cordée. C'est le "tire clou".
A1 : Le grimpeur équipe lui-même la longueur ou une grande partie de celle-ci. La quasi-totalité des points résiste à la chute du premier de cordée. Des passages, d'au plus 2 points successifs peuvent se faire sur des points plus délicats, mais non réalisés sur des points de progression (crochet, plomb, ...). Le matériel exigé est donc composé de pitons variés, de coins de bois, de coinceurs ou de friends.
A2 : Le grimpeur équipe entièrement sa longueur. Des points intermédiaires peuvent sécuriser la voie. La plupart des points résistent à la chute du premier de cordée. Certains passage sont plus technique : couplage, court passage sur crochet, ... Les sections délicates correspondent à 5 à 10 points successifs. Dans ce dernier cas la longueur est cotée A2+. La chute potentielle oscille entre 10 et 20 mètres.
A3 : Les passages techniques s'allongent et sont entrecoupés de points "bétons" (spit ou excellents pitons). Il n'est pas rares d'enchaîner les couplages et les pas sur crochet (bon crochet), voire de placer rurp, bird beak ou autres copper et plombs. La chute potentielle est alors plus importante autour de 20 à 25 mètres. C'est à ce niveau que le grimpeur commence à tester quasi systématiquement ses points avant de mettre son poids dessus.
A3+ : C'est la même chose que dans l'A3, mais avec des sections plus soutenues ou un pas plus aléatoire. La chute peut atteindre les 30 mètres.
A4 : De longues sections techniques attendent le grimpeurs. Les points de progression (à opposer aux points d'assurage) s'enchaîne pour atteindre 10 mètres (10 à 20 mouvements successifs). Des points solides entrecoupent ces sections délicates. Le matériel s'étoffe et laisse place aux plombs, copper, micro-pitons, coins de bois, cales de bois, crochets de toutes sortes, ... Une longueur peut alors demander de nombreuses heures : 4 à 6 heures. La chute potentielle peut atteindre les 50 mètres. Mieux vaut être en pleine forme physique et morale !
A4+ : Comme pour l'A4, avec des sections plus soutenues, plus longues, des pas aléatoires successifs, une lecture plus délicate encore ... On trouve au plus, dans la longueur un ou deux bons points.Une cotation réservée à l'élite.
A5 : On touche l'extrème. Les points sont tous des points de progression. La chute est interdite pour qui ne veut pas tenter le diable. Le grimpeur passera une journée entière à grimper sa longueur (notamment en calcaire; en granite, j'ai pu voir une grimpeur ne passer que 4 / 5h dans la 11ème longueur de Wyoming sheep ranch, au Yosemite, initialement cotée A5+, décotée à A5).
A5+ : Aucun point, sauf les relais ne résiste à la chute du premier de cordée. Le vol du siècle, pouvant atteindre, potentiellement, les 100 mètres !
A6 : Aucun point ne résiste plus qu'au poids du grimpeur, pas même les relais. La cordée n'a alors pas le droit de chuter, sous peine de dévisser !
Remarque : dans certains topos, on peut lire une cotation du type C1, C2, C3, .... C'est cotation correspondent à la difficultée des passages réalisés en clean.
2. Motivations pour une nouvelle cotation en escalade artificielle
Après le parcours de nombreuses voies classiques d'escalade artificielle dans les Alpes (telle la Directissime de la Cima Grande), et avec l'idée d'une nouvelle cotation en escalade artificielle, pour laquelle pour la première fois la difficulté et le danger seraient separés, nous sommes arrivés à l'évidence qu'aujourd'hui la cotation classique est depassée pour ce genre d'ascensions.
Quelques abérations dans les cotations
Du seul point de vue de la difficulté, le grimpeur a en effet beaucoup de mal a différencier du A1 et de l'A3, l'A3 se révélant parfois plus facile techniquement que certain passage en A1.
En effet, la cotation actuelle mesure plutôt le danger des passages au travers de la hauteur de chute potentielle que ferait le grimpeur si le point sur lequel il est pendu venait à lâcher.
Elle est aussi souvent erronée, dans la mesure ou le grimpeur d'aujourd'hui possède un materiel beaucoup plus evolué (Friends, plomb,...) que celui des années 60 ou 70. Ainsi, une longueur, autrefois cotée en A3, peut être aujourd'hui très bien protegée, entre autres à l'aide de Friends, et par là même, devenir sûre.
D'un autre côté, il peut arriver qu'une dalle spitée il y a 20 ans soit techniquement facile à grimper, mais l'état des points étant aujourd'hui si mauvais et la dalle ne permettant pas d'autres moyens d'assurance, la rupture de l'un des spits lors d'une chute entraînerait aussi celle des autres. Ou encore, une chute préalable d'un grimpeur, ayant arraché l'un des points, oblige le suivant à utiliser ses crochets à goutte d'eau ou de cravater, comme cela se fait au Yosemite, les tiges restantes.
Une telle longueur serait actuellement côtée A1, voire A2, même si elle peut être vraiment dangereuse. Bien sûr, on ne peut la coter A4 du fait de la facilité de la progression. Avec la nouvelle échelle, une telle voie serait cotée C4 par exemple, à savoir C, s'il y a un ou deux passages sur crochet ou des cravates à placer, mais 4 pour dangereuse et un risque de chute très important : 40 à 50 mètres.
A quoi bon une nouvelle échelle de cotation ?
Naturellement, il existe sûrement autant d'argument contre cette nouvelle cotation.
Ainsi, la cotation classique est-elle tout à fait suffisante pour les voies où le danger est souvent lié à la difficulté technique. C'est le cas des parois granitiques par exemple. Pour de telles voies, la nouvelle cotation technique serait généralement proportionnelle à la cotation d'exposition, et ne serait donc pas forcément intéressante. En outre, la nouvelle cotation a l'avantage d'affiner les cotations existantes.
Ainsi peut-on, avec la nouvelle échelle, coter des voies très difficiles, mais protegées par quelques spits ne servant qu'à l'assuance intermédiaire (cas des écoles d'artif entre autres). Comment pourrions-nous coter ces voies avec l'échelle actuelle?
Techniquement à la limite du possible, mais a 4m d'un bon spit, ce n'est ni de l'A1, ni de l'A4. Peut-être est-ce une erreur, mais cette forme d'escalade artificielle constitue d'après nous une évolution possible -voir probable- de l'escalade artificielle dans les Alpes, ou du moins en escalade calcaire.
Sur ce rocher, il est souvent difficile de se protéger sans spit, dans la mesure ou de bonnes protections sont souvent très difficiles à poser soi-même.
Ainsi, existe-t-il deja des voies d'artificielle modernes qui sont tres dures, mais pas forcement dangereuses.
Il est bien entendu possible d'ouvrir la nouvelle échelle en haut pour la difficulté technique, pour les voies extrêmes à venir. C'est chose impossible avec la cotation actuelle, puisque la cotation A5+ (ou A6 si l'on considère aussi le risque pour l'assureur) indique qu'une chute peut entraîner la mort. On se demande alors ce qui pourrait entraîner plus que la mort des deux grimpeurs...
Pour montrer une fois encore que la difficulté technique et le danger sont deux choses totalement différentes, je souhaiterais terminer par un dernier exemple : imaginez-vous que vous grimpiez une fissure en 6a bien protegée, et que vous deviez juste après grimper un passage avec des mouvements sur Skyhooks.
Maintenant, imaginez-vous le même passage, mais après une dalle de 20m en 6a impossible a protéger. Le deuxieme scénario est beaucoup plus difficile a coter avec l'échelle actuelle, car il est beaucoup plus dangereux, même si la difficulté technique du mur sur Skyhooks reste inchangée.
Avec la nouvelle échelle, nous pouvons regarder cette voie d'une facon totalement différente: la difficulté reste la même, mais le danger est plus grand.
Nous sommes conscients que cette nouvelle cotation possède probablement ses inconvénients, et qu'elle n'est peut-être pas la plus optimale. Toutefois, si elle parvient seulement à établir une discussion sur ce thème, elle aura déjà atteint son but...
3. Propositions pour une nouvelle échelle de cotation
A la vue des réflexions de la page précédente, une idée de cotation s'est peu a peu imposée. Le lecteur en trouvera les grandes lignes sur la page suivante.
Voici toutefois les principes sous-jacents:
Il faut séparer le danger de la difficulté technique. La difficulté sera indiquée par la lettre (A...E dans notre cas), et le danger par le chiffre (de 1 à 6, suivant à peu près l'échelle actuelle pour les hauteurs de chute).
L'échelle technique doit être ouverte en haut pour ne pas tomber dans le piège d'une cotation figée dans le temps (ouvertures de voies de plus en plus dures).
L'échelle ne s'applique qu'à l'escalade artificielle, et ne prend pas en compte d'autres paramètres telles que l'exposition du grimpeur à une chute de pierres, un sérac...!
Echelle pour la difficultée technique
Echelle ouverte
A: Tous les points de progression et de securité sont déjà en place. Aucune difficulté technique particulière.
Par exemple, le Pilier du Souvenir à Presles (38 - France).
B: Si les points sont déjà en place, bonne technique nécessaire due à une plus grande distance entre ces derniers. Quelques points faciles et évidents sont à poser soi-même (la plupart du temps des coinceurs ou des friends, rarement des pitons).
Par exemple, la deuxième longueur du toit du Bornillon à Choranche (38 - France) ; ou la fissure des Autrichiens au Pilier Bonatti.
C: L'emploi de points à poser soi-même (coinceurs, friends ou pitons) devient systématiquement nécessaire et est plus complexe : Le grimpeur doit chercher là où les poser. L'emploi de points d'aide qui ne sont pas des points d'assurance (ne servant donc qu'à la progression; par exemple skyhooks) peut s'avérer nécessaire, mais pour des passages simples et courts.
Par exemple, la troisième longueur de Zodiac (Yosemity - El Capitan - Californie).
D: Emploi très difficile de coinceurs et pitons. L'emploi de points servant exclusivement à la progression devient plus courant et plus compliqué. Gros assortiment de matériel nécessaire (par exemples Copperheads, Rurps, Bathooks).
Par exemple, la sixième longueur de Pacific Ocean Wall (Yosemity - El Capitan - Californie).
E: Progression réalisée à l'aide de points de progression (Skyhooks, mauvais pitons..), dont l'emploi est compliqué et peut être sophistiqué : par exemple, mouvement a l'aide de deux Skyhooks en même temps car la prise utilisée est trop fragile; ou couplage de plomb.
F: ...
Danger/Exposition
Echelle fermée
Subdivisions: emploi de + et -
0: Chute impossible (sauf erreur du grimpeur); aucun danger de blessure grave.
Par exemple, dernière longueur d'Atlantide dans la paroi rouge des Gorges du Verdon.
1: Chute jusqu'à 10 mètres possible (un à 2 points ne tiennent pas), mais pas de danger de blessure, ou de simples égratignures.
2: Chute allant de 10 à 20 mètres possible, sans danger de vire ou autre relief très dangereux pour le grimpeur.
Par exemple, l'avant-dernière longueur du dièdre oublié, à Presles (38 - France)
3: Chute allant de 20 à 30 mètres avec risques de blessure non negligeable.
Par exemple, la sixième longueur de Pacific Ocean Wall (Yosemity - El Capitan - Californie).
4: Chute de 30 à 50 mètres avec risque de blessures sérieuses. Une vire ou un pendule pouvant rendre la chute très délicate !
5: Une chute de 50 à 100 mètres est envisageable. Cela signifie toujours un risque de mort pour le grimpeur en tête.
6: Comme 5, le relais étant si mauvais que la chute du grimpeur en tête peut entraîner la chute de la cordée.
4. Une nouvelle cotation aux USA
Naissance d'une éthique pour une escalade plus « propre »
Depuis le début des années 90, les grimpeurs américains de la vallée du Yosemite ont voulu faire face à l'impact grandissant des ascensionnistes de plus en plus nombreux sur leur environnement.
Avec la croissance rapide de la fréquentation, les problèmes survenus sont les suivants :
La naissance de trous de pitonnage après la frappe successive d'un piton dans une fissure. L'exemple type sont les longueurs du headwall du shield ou il n'est quasiment plus nécessaire d'utiliser des pitons, ces derniers étant remplacés par des friends que l'on met dans les trous.
Une quantité importante de déchets se retrouvent au pied des faces rocheuses : bouteilles en plastique, vêtements, cannettes, conserves, etc. De même, les déchets humains qui transforment le pied des parois en immense toilette public.
Enfin les kilomètres de cordes fixes bloqués dans des écailles ou laissées sur place à la suite d'une retraite.
Outre les efforts d'éducation que les rangers du parc ont effectué auprès des grimpeurs, les grimpeurs eux-mêmes ont voulu agir en limitant leur impact sur le rocher.
C'est ainsi qu'est né le « clean climbing » ou l'escalade propre, c'est à dire, ne nécessitant pas l'usage d'un marteau. Les points de progression sont donc en place (copperhead par exemple) ou mis à la main, sans être frappés, au mieux, « bourrinés » à l'aide des étriers.
Nouvelle cotation
La nouvelle cotation ne vient pas remplacer la cotation « new age » actuelle, celle décrite à la page cotation . Elle vient superposer à cette dernière la cotation pour l'escalade « Clean » et offrir ainsi une double cotation : Artif (A) et Clean (C).
Ainsi, un passage peut être côté A2 (si l'on utilise le marteau) ou C4F, si on n'utilise pas le marteau mais que l'on place les points de progressions à la main et que l'on s'aide de l'équipement en place (F).
La première lettre indique la manière de faire alors que le chiffre indique toujours l'échelle de difficulté proprement dite.
La lettre F indique si l'escalade est possible quelque soit l'équipement en place (pas de lettre « F ») ou s'il est nécessaire d'avoir de l'équipement en place pour passer la longueur en « Clean » (lettre F). En effet, une longueur nécessitant de nombreux placements de copperheads peut être réalisée en « Clean » uniquement si les copperheads sont en place.
Une autre lettre peut être apposée, il s'agit de la lettre R, qui indique si la longueur est exposée ou non. Une chute peut être courte mais « expo ». Ainsi, on peut très bien rencontrer une cotation du type : « C2R », pour une escalade sans marteau avec un risque potentiel de 20 mètres de chute, mais s'il s'avérait que le grimpeur chute, il pourrait être gravement blessé, voir même mourir.
Quelques exemples de cotations
Dans les exemples de cotations ci-dessous, il est intéressant de noter qu'une troisième échelle de cotation co-existe avec les deux premières. Chose impensable jusqu'au début des années 90, certaines voies d'artif se sont réalisées depuis entièrement en libre (libération du Nose par Lynn Hill en 1993, puis dans la journée en 1994). Cette évolution des cotations coïncide avec l'affirmation de l'éthique américaine qui prône l'escalade libre ou l'escalade « propre ».
Voie
Cotations Artif - Clean - Libre
Salathé Wall
VI - 5.9 - A1
VI - 5.9 - C2
VI - 5.13b (8a+)
The Nose
VI - 5.9 - A1
VI - 5.9 - C1
VI - 5.13b (8a+)
Zodiac
VI - 5.7 - A2
VI - 5.7 - C3F
-
Tangerine Trip
VI - 5.8 - A2
VI - 5.8 - C3F
-
The Shield
VI - 5.7 - A3
VI - 5.7 - C4F
-
Mescalito
VI - 5.8 - A3
VI - 5.8 - C3F
-
Pacific Ocean Wall
VI - 5.9 - A3+
VI - 5.9 - C4F
-
Sea of Dreams
VI - 5.9 - A4
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David JONGLEZ
Stefan Lieb (AU)
Sebastien Thiollier (FR)
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