LIBRE ET DIX NOEUDS (par Jean-Pierre Banville)
Étrange combien ma santé tient à cœur!
Il n’est pas une journée sans que je reçoive une dizaine de messages par Internet m’offrant des pilules – toutes de couleur bleue – me permettant d’atteindre des sommets encore inégalés en rétention érectile.
Il n’est pas une journée sans que je reçoive une dizaine de messages par Internet m’offrant un traitement nouveau et infaillible pour augmenter le volume et la longueur de mon seul attribut sexuel.
Je tiens à rassurer tout le monde !
Je vais parfaitement bien… merci de votre sollicitude.
Tout fonctionne à merveille : la tuyauterie est en ordre, le volume est idéal et personne ne s’est encore plaint de mon allonge. Tout monte et descend à volonté donc la pression hydraulique est constante.
Si seulement j’atteignais les mêmes sommets en escalade!
Mais personne ne m’offre de pilules ou de traitements pour améliorer mes performances en falaise.
Et, en voyant les ‘’sportifs’’ se défoncer au Tour ou au Baseball (sous enquête du Congrès actuellement), je leur laisse ces substances, sachant que je ne tiens pas à devenir un eunuque musclé. Il y a des plaisirs qu’on tient à conserver…
Et d’ailleurs, vous savez quoi?
Vous avez beau manger un baril d’huîtres et boire un Jéroboam de champagne, cela ne fera pas de vous un Casanova. Pas plus que toutes les pilules du monde.
Ce qui faisait Casanova, c’était son charme, son pouvoir de séduction, sa culture, son imagination.
Il aurait trouvé sensuelles les courbes du vieux Bong jaune qui figure sur la photo de ma dernière histoire, c’est tout dire.
C’est dans la tête que ça se passe! Il faut faire passer le courant or l’option purement mécanique, c’est un cul de sac. T’as beau avoir le connecteur, si t’as pas le courant…
Je m’éloigne de mon but qui était de prime abord vous annoncer que nous avons un gagnant, enfin.
Un gagnant du concours EroScalade 2007. Oui!
Vaut mieux tard que jamais.
Je n’ai reçu que quelques manuscrits. Ces derniers ont été lus par des juges jeunes et totalement indépendants, certains faisant de l’escalade et d’autres pas. Les juges ne sont pas du milieu et même pas du continent donc, impartiaux.
Le résultat final, après compilation, est que le vainqueur se nomme :
François Colas Des Francs!
Made in Beaune, ce François est particulièrement actif dans la Communauté C2C et sur les divers blogs de sa région. Je le connais depuis quelques temps déjà – certains vont dire que je connais tout le monde de toute façon – et j’apprécie beaucoup son approche engagée dans le milieu.
Vous pouvez lire son texte à la suite et, n’ayant pas d’illustration, je me permet de ‘’rejouer’’ la photo du coffre avec le Bong jaune.
Ce Bong m’a fait rire une bonne partie de l’après-midi et, à force de le regarder, je commence à lui trouver, moi aussi, des courbes sensuelles. Mais comme il est déjà fortement en demande, je passe mon tour!
Serais-je libidineux?
François recevra une corde du commanditaire du Concours, Horizon-Vertical France, distributeur d’Edelrid, Kong, Vaude, Saltic et d’autres. Il faut remercier le maître des lieux, Pascal Parutto, pour son soutien dans cette merveilleuse aventure qu’est le concours d’écriture. Si vous avez du matériel à acheter…
Je tiens aussi à remercier tous ceux qui nous ont fait parvenir leurs manuscrits et je les encourage à continuer leur travail d’écriture car…
Pour terminer, je lance le concours EroScalade2008.
Vous avez jusqu’au 31 décembre pour faire parvenir vos textes.
Amusez-vous!
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Le texte du gagnant :
CRISTAL ET DENTELLES (par François Colas)
Seul dans mon lit, je feuillette ce magazine. D’autres que toi se sont laissées photographier; juste pour calmer l’attente de ceux qui patientent et espèrent, comme moi. Avec délicatesse, l’objectif a su capter cette lumière, saisir les reflets et le halo qui entoure leurs courbes. L’ombre parcourt leurs galbes comme je saurai parcourir le tien le moment venu.
C’est sans doute un peu triste de devoir se contenter de ces images; mais déjà, je sens le fourmillement qui gagne mes extrémités: mes mains commencent à me démanger. Je ferme les yeux, et t’imagine, superbe et gracieuse, solide et fragile à la fois. Je glisse dans une douce rêverie, quand je suis réveillé par le bruit du magazine qui tombe sur le plancher; retour à la réalité, et je comprends que c’était encore une journée passée sans toi. Je ferme la lumière, et tente de trouver le sommeil.
Ce sera dur, très dur, et, comme toutes les nuits, je me réveillerai plusieurs fois en sursaut, les mêmes images obsédantes défilant sous mes paupières. Pour la nième fois, je finirai par me rendormir, m’imaginant à tes pieds, comme un lilliputien prêt à gravir les jambes d’un géant assoupi. En rêve, tu m’impressionnes, me domines, m’écrases par ta seule présence. Imposante, étincelante, ruisselante, tu me défies. Mais j’arrive tant bien que mal à concentrer mon énergie pour remonter le long de tes formes longilignes, me glissant dans les moindres plissements, profitant des moindres ondulations pour progresser vers ce havre de paix, ce repos du guerrier, ce petit coin de paradis où je pourrai savourer le chemin parcouru.
Encore quelques instants et je pourrai enfin contempler les beautés offertes par la nature. A cet instant, minuscule mortel qui aura su mériter cet instant d’extase, je serai seul avec toi, coupé du monde. Mais, encore un effort, je n’y suis pas encore. A force de courir le long de tes formes, mes doigts seront brûlants. Je donne un dernier coup de rein pour te pénétrer et m’ancrer à toi. Mais comme à chaque fois, je lâche prise et glisse, tentant de m’agripper à toi; sans succès. Je crie et me réveille en sursaut, tremblant, crispé, frustré.
Mon premier réflexe en me levant sera de regarder dehors, d’interroger le ciel, lui demandant s’il a enfin créé les conditions pour te faire apparaître autrement qu’en rêve. Comme tous les autres jours, sa réponse sera négative. Et pourtant j’y penserai toute la journée, en espérant que le lendemain, je te découvrirai enfin.
Une journée de plus à imaginer ton apparence, ta beauté, mais surtout la sérénité que tu dégages. Pas facile quand on sait que tu n’existes pas encore, mais que tu apparaîtras un jour, par magie, à l’endroit exact où j’espère te trouver depuis si longtemps. Bien sur, quand je te verrai enfin, tu ne me verras pas, tu m’ignoreras superbement; semblant inaccessible, tu n’en seras que plus désirable. Il me faudra t’approcher en douceur, calmer une excitation contenue depuis si longtemps, me préparer fébrilement pour faire ta connaissance. Seras-tu semblable à celle que j’imagine? Lorsque j’apercevrai tes formes généreuses, sauront-elles assouvir mon envie de te posséder, de te conquérir ?
Certes, tu n’es pas la première, et sans doute pas la dernière, mais à cet instant précis, je ne verrai que toi. Mon cœur ne battra que pour toi, même si - je le sais - je ne serai pas seul à te convoiter. En ces moments là, on se croit unique, et on oublie que d’autres paires d’yeux te dévorent du regard. Je sais que tu ne remarqueras pas ma présence, mais je ferai comme si tu me toisais du regard. Comme si tu me jaugeais, pour savoir si je mérite de te posséder. Je maîtriserai mes gestes pour ne pas te brusquer, je contrôlerai mon excitation, car malgré ton aspect imposant, je te sais fragile. Enjôleuse et attirante, sculpturale et cristalline, tu imposes le respect. Pour t’approcher, il me faudra à la fois force et vigueur, mais aussi douceur, précision et délicatesse. Car tu es une délicieuse poupée de dentelles, offrant à qui sait les découvrir tes plis gracieux, tes creux accueillants, tes rondeurs charmeuses, tes mamelons ruisselants.
Après 200 nuits à t’imaginer, 200 nuits à te rêver, c’est aujourd’hui que les conditions de notre rencontre sont enfin réunies. Je marche d’un pas décidé et volontaire. Fière, majestueuse, glacée à souhait, je sais que ma cascade préférée m’attend au bout du sentier. Crampons, piolets, corde, je suis prêt pour en profiter pleinement, pour déguster ses sorbets, pour savourer ses cigares.
françois
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Le texte du second :
SMS'calade (par Gwenael Salaun)
Mais pourquoi donc a t'elle voulu se remettre à grimper après toutes ces années d'absence ?
A peine son SMS reçu, son image me revint à l’esprit.
Cela faisait maintenant cinq ans que personne ne l'avait revu dans la forêt, sur un bloc ou tout simplement allongée à faire bronzette.
Aglaé est le genre de fille dont tu n’oublies pas la présence ou plutôt l’absence.
Bien en chair, enfin surtout au milieu des grimpeuses aux joues creuses et aux côtes apparentes.
Elle a su garder une poitrine ronde et généreuse malgré des heures passées en salle résineuse ou sur les blocs de la forêt.
Aglaé c’était LA fille de la bande.
Celle pour qui on s’empressait de faire un détour pour aller la chercher, celle qu'on motivait à fond quand elle grimpait, celle aussi que chacun d'entre nous essayait de draguer et de raccompagner dans l'espoir qu'elle propose de monter boire une dernière bière.
Pas un d'entre nous n'avait réussi la conquête d'Aglaé.
Je me rappelle encore cette session estivale qui s'était fini par la traditionnelle soirée bivouac.
Chacun y allait de ses performances, de ses émotions et de ses vannes, plus chaudes les unes que les autres au fur et à mesure que les bouteilles se vidaient.
Ce soir là, c'était Miky qui avait le plus d'émotions, enfin disons que c'était lui qui avait tendance à vider plus de bières qu'il n'avait grimpé de bloc.
A ce petit jeu, Aglaé n'était pas loin derrière. A une heure avancée, tard dans la nuit, lors de la session frontale, notre Miky crut bon de faire des avances plutôt sincères et directes à Aglaé.
Le voila qui lui fait une parade, mais pas celle habituelle qui consiste à rétablir une chute, mais plutôt celle du jeune coq voulant exciter les petites poulettes.
A peine essaya t'il d'approcher sa main de son cul débordant de bonheur, qu’une autre main lui arriva en pleine face, celle d'Aglaé !
Humpfff …, heureusement que tout le monde tourna la scène en joyeuse rigolade, car sinon je pense bien que le pauvre Miky serait rentré de nuit à travers la forêt, et qu'il errerait encore aujourd'hui les bivouacs de la forêt en ermite poilu.
Aglaé n'est pas une fille facile.
Depuis cette soirée, personne ne retenta une approche auprès d'elle, même nos parades furent plutôt passive, genre parade bras croisés, ou parade mains dans les poches, pratique en plein hiver.
De session en session, de week-end en week-end, Aglaé devint de plus en plus souvent absente.
Pas de coup d'fil, pas de nouvelles, puis plus rien.
Dommage, on aimait bien grimper avec notre Aglaé, normal c'était la seule fille.
Personne ne chercha vraiment à savoir pourquoi elle avait décidé de ne plus grimper avec nous, c'est un peu comme ça la vie de bande de potes, un jour certains lâchent prise et personne ne cherche trop à les rattraper.
Nous, par contre, continuions de grimper comme des chevelus, surtout ceux qui croyaient que la force venait de la longueur des cheveux.
Nous sentions la transpiration tous les week-end et aucune fille ne nous accompagnait.
Certains d'entre nous avaient bien essayé d'initier leurs petites amies, mais très peu accrochaient à nos journées d’hiver où la collante ne rimait pas avec leur collant !
Et puis voila, aujourd'hui ce SMS m'intrigue.
Merde, merde, merde … moi qui avais prévu un trip en Espagne pour les vacances de la Toussaint avec les potes !
Que faire ? C’est quand même con de passer à côté d’une occasion de la revoir.
Je pourrai lui proposer de venir avec nous en Espagne, mais si elle refusait ?
Et puis merde, j'ai quand même bien le droit d'essayer de la garder rien que pour moi !
C'est décidé, je la rappelle :
« Salut Aglaé, ça va depuis le temps »
« Ouais »
« Qu’est ce que tu deviens, t'as décidé de te remettre à grimper ? »
« Ben c'est à dire que ... »
« Eh ben dis donc t'es pas très loquaces après cinq ans de disparition, t'as un problème ? »
« Non, non ça va j'te jure, je suis surprise que tu me rappelles, c’est tout »
« Tu veux venir à Bleau avec moi demain ?
« Ok si tu veux »
« Alors je passe chez toi demain à 15h OK ? »
« OK, à demain »
Ou vais je pouvoir l'amener ?
Je sors mon topo.
En le feuilletant je tombe sur cette dédicace que Gou.N a pondue en première page :
Derrière le rocher, des demoiselles, qui vous feront marcher par monts et merveilles.
Au détour d'un autre rocher, des souris, toutes plus canon !
Quand la dame Jouanne vous montre son âpre mont, une seule envie : sortir son long boyau.
Mais la trompe de l'éléphant ainsi déployée, ce ne sera qu'au cul du chien que tu pourras t'attaquer.
Avec la forêt c'est une histoire d'amour, pas de cul vierge !
Tout ceci m'émoustille.
La soirée s'annonce agitée. Je m'installe devant King Lines, au moins la vue des pecs du beau blond me fait oublier Aglaé, pour une nuit.
13h, je prépare mon sac, mon double crash, celui qui peut servir de couchage en 2m X 1m et un pack de bière pour évacuer les toxines.
A 15h Aglaé saute dans ma caisse, un petit bonjour rapide bise, bise et nous voila en route pour le rocher des demoiselles.
Après une très longue marche d’approche d’au moins 15 minutes, nous voila au pied des blocs.
Je lui propose de retrouver les sensations sur le joli circuit orange.
On ne perd jamais la technique apprise par des kilomètres de blocs chevauchés et Aglaé grimpe aisément sur tous les blocs de ce circuit, Eve, Eros, Pandora, Euryale, Sthéno, Meduse.
A la vue de ces noms, mon neurone s'en trouve bousculé et en ce jour ces mythes prennent des formes plutôt dévêtues.
La chaleur extérieure et celle de l’échauffement nous envahie.
J’opte très vite la tenue d'Adam du 3ème millénaire, torse nu, mon Eve, elle, gardera quand même son bustier sportif.
Très vite Aglaé ressent le besoin de passer à des choses plus dures me dit elle.
« Je voudrais bien voir si j'ai encore la force de serrer fort ! »
Je l’amène sur des blocs plus physiques.
Je fais le damoiseau en goguette et pour paraître encore plus beau et fort, je fais mon Popeye.
La technique ne suffit plus pour Aglaé, la cotation est trop élevée.
« Je sais », lui dise je, « j’ai un truc qui va t'aller, je t'amène faire strip-tease »
Là je vois dans son regard noir qu'elle n'a pas la moindre envie d'enlever quoique ce soit de plus de sa déjà tenue minimum.
« Non j’pense que c’est trop dur pour une reprise, j’irais bien plutôt faire un essai dans sexe et dentelles, t'en penses quoi ? »
« Ça peut te convenir comme mouvement, c’est tout à fait ton style » lui répondis je.
Arrivé au pied du bloc, je n’en peux plus.
Il fait trop chaud pour moi, voire grimper Aglaé dans sexe et dentelles … tout cela m’excite fortement.
Je dispose le tapis de protection contre les chutes au pied du bloc pendant qu’Aglaé enfile ces chaussons.
Son regard se fixe sur cette arête, raide et élancée.
Ses mains l’agrippent fortement, je sens le sang circuler dans ses veines.
Ses hanches décollent doucement, son bassin se plaque contre la roche dure.
Son pied droit vient en douceur au dessus de sa main gauche.
L’équilibre est de mise, lenteur et délicatesse.
Puis son corps se dresse d’un coup, ses mains empoignent l’arête à son extrémité, son buste frôle le bombé, son corps entier semble s’allonger pour atteindre le haut du bloc … vlan … sur le cul, me voila sur le cul, Aglaé sur moi et nous deux sur le crash pad.
« Je ne sais pas si c’est le sexe ou les dentelles qui m’ont fait cet effet là » me dit elle.
Je n’en peux plus, son bustier est vite retiré, je crois que seuls nos chaussons habillent nos corps confortablement installés sur le crash pad.
La colophane n’y fait rien, nos corps glissent l’un sur l’autre.
Mais pourtant l’adhérence est bien là, elle m’empoigne fermement et aux mouvements athlétiques s’enchaînent les mouvements en souplesses.
Nos corps ne sentent plus les aiguilles de pins qui nous piquent les fesses, nous allons bientôt faire la croix, et dans un ultime effort, mon genou éclate le flacon de magnésie liquide qui répand sa blanche substance sur nous.
Aucun de nous n’a plus envie de grimper, je nous ouvre une boisson fermentée.
Elle me demande ce qui m'a bien décidé à l'appeler après toute ces années
« Ben c'est toi qui m’a envoyé un SMS »
« Quoi ?? Tu rigoles ou bien ? »
« Mais si je te jure, d'ailleurs je l'ai conservé »
Menu, SMS, Archive, Le 04-12-07 à 23h48 "sa te di ré D scala D Aglaé"
« Mais c'est quoi ce délire, je t'ai jamais envoyé de SMS, mais attend voir, le 04 décembre j'étais chez des copines à une soirée nana, elles ont du me taxer mon téléphone .... »
« Si j’comprends, le message était plutôt orienté cul, moi qui croyait vraiment que tu voulais te remettre à grimper »
« Tu sais, j'préfère que tu m'ais appelé pour grimper ensemble, plutôt qu'uniquement pour me sauter, même si au final on a réussi à faire les deux »
Gou.N
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